Ouzbekistan : du 02 au 29 avril 2010 : sur la route de la soie
Par Gael JEANNET le mardi, avril 27 2010, 15:28 - Ouzbékistan - Lien permanent

Voyager en Asie Centrale sur la route de la soie n'a jamais ete chose facile. Et meme au XXIeme siecle, la tache reste ardue. Dans cette region du monde, ce sont davantage les contraintes administratives et politiques que mes propres envies qui m'imposent mon parcours et me dictent le tempo a respecter. J'ai l'impression, depuis deux mois, d'avoir passe plus de temps a courrir les ambassades qu'a faire du velo. Ca m'epuise et ca m'irrite. Et en plus de toutes les difficultes a obtenir des visas, voila que mon passeport se retrouve plein ! Tous les pages sont remplies de visas. Je dois m'en procurer un nouveau. Je multiplie donc les aller-retour a l'ambassade de France de Tachkent et crains de ne pas obtenir ce fameux passeport avant l'expiration de mon visa ouzbek...

Apres ma traversee express du Turkmenistan en cinq jours (car mon visa de transit etait limite a cinq jours), je dois rester 30 jours en Ouzbekistan, pas un de plus, pas un de moins. Dans ce pays, il est theoriquement interdit de camper ou de dormir chez l'habitant. Tous les soirs, les etrangers doivent s'enregistrer dans un hotel afin que le pouvoir puisse en surveiller tous les deplacements. Meme si certains touristes ne suivent pas cette regle, j'ai entendu trop d'histoires de voyageurs ayant eu de graves problemes pour prendre des risques, d'autant plus que j'ai moi-meme eu quelques demeles avec l'OVIR (la police des etrangers) lors de mes premiers jours en Ouzbekistan...
- Registration !
- Comment ?
- Registration ! Tickets ?!
- Mais je veux juste acheter un billet de train...
- Tickets niet ? OVIR !
Je reste plante devant le guichet de la gare de Tachkent sans bien comprendre. On me demande des tickets d'hotel pour acheter un billet de train ! La guichetiere me lance un regard noir et me fait signe de partir. Derriere-moi, on commence a me bousculer pour prendre ma place. Je sors de la file et me dirige vers le bureau de l'OVIR : la police des etrangers. Un flic puant la corruption a des kilometres a la ronde m'accueille sechement : "Passport ! Registration !". Je lui explique que je n'ai pas de tickets d'hotel, car les deux premieres nuits que j'ai passe en Ouzbekistan, je suis alle dans un B&B a Bukhara, mais que les proprietaire n'avaient plus de tickets et ne m'en ont pas donne. Ils me les donneront ce soir, quand je retournerai chez eux. Je veux justement acheter un billet de train pour retourner a Boukhara ! Et la troisieme nuit, je l'ai passee dans le train. C'est un train de nuit qui part a 19h et arrive a 7h le lendemain matin. Je lui montre ce ticket de train, mais cela ne le satisfait pas. Il s'enerve. Il ne comprend rien a ce que je lui raconte. Car cet officier de la police des etrangers ne parle que le russe ! Je lui donne la carte du B&B de Boukhara. Il me fusille du regard et me dit "This card, no registration". Je parviens finalement a lui faire comprendre que je veux qu'il appelle le B&B pour avoir confirmation que j'ai bien dormi la-bas. La conversation telephonique est houleuse. Ils se hurlent dessus plus qu'ils ne se parlent. Mais lorsqu'il repose son telephone, il me retend mon passeport et me fait signe de partir, comme on dirait a un chien de deguerpir d'un lieu ou il n'a pas de doit d'entrer.
Je retourne donc au guichet, re-fait la queue une vingtaine de minutes et peut enfin acheter mon billet de train. 2 heures au total. Bienvenue en Ouzbekistan !

La jeune republique ouzbeke, nee en 1991 a la suite de la dislocation de l'URSS, reste tres marquee par l'empreinte russe, dont l'occupation dura plus d'un siecle. Cette nouvelle "republique presidentielle, democratique et laique" est certes clairement laique, mais n'a de democratique que le nom, le pays etant tenu d'une main de fer depuis son independance par Islam Karimov. Toute opposition est fermement reprimee, tous les medias sont etroitement controles et la presence policiere est telle que l'on se sent en permanence surveille.

Mais l'Ouzbekistan, c'est aussi trois noms, trois villes mythiques qui nourrissent depuis des siecles l'imaginaire des voyageurs. Samarqand, Boukhara, Khiva, trois noms qui font surgir dans nos esprits des images de caravanes sillonnant les sables du desert et parcourant la route de la soie au lent rythme de la marche. Trois villes qui restent encore aujourd'hui de comptueux joyaux proteges par leur isolement, au coeur de l'Asie Centrale.

Je fais mon entree dans ce pays le 2 avril, peu apres avoir franchi l'Amou Darya. La route menant a Boukhara est parfaitement plate et bordee d'habitations paysanes et de champs verdoyants. L'irrigation, amorcee ici par les russes pour produire en masse du coton, et qui donne vie a ces steppes jadis desertiques, est responsable de la mort, quelques centaines de kilometres en aval, de la mer d'Aral, que le fleuve Amou Darya n'atteint plus que periodiquement.

Un haut minaret dresse vers le ciel tel un phare antique m'indique que j'approche de la ville de Boukhara. Il s'agit du minaret Kalon, bati des le XIIe siecle. Il domine aujourd'hui le vieille ville qui regorge de mosquees et de madreseh (ecoles coraniques) dont la plupart ont ete abandonnees durant la periode sovietique (ou toutes les religions etaient interdites). Aujourd'hui, beaucoup ont ete transformees en musees et quelques mosquees et madresehs reprennent leur activite, comme partout en Ouzbekistan.

En arrivant a Boukhara, j'ai la surprise d'entendre parler persan dans les rues de la ville. J'apprends alors que la ville (tout comme celle de Samarqand), est a majorite tadjik et la langue persane y est donc largement pratiquee. Ici, beaucoup de gens sont trilingues, parlant a la fois tajik, ouzbek et russe ! Historiquement, les villes de Samarqand et Boukhara etaient peuplees par des Tadjiks, mais lorsque Staline a donne naissance aux nouvelles RSS (Republiques Socialistes Sovietiques) d'Asie Centrale en 1924, il s'est attache a divise les peuples. Le decoupage de ces republiques visait alors a englober plusieurs groupes de nationalites differentes qui se disputaient le meme territoire depuis longtemps. Ainsi, tout le monde s'est vu oblige d'admettre que seul un gouvernement central fort pouvait maintenir l'ordre. La physionomie actuelle de l'Asie Centrale, avec ses frontieres trotueuses et totalement illogiques d'un point de vue geographique, date de cette periode la et est le resultat de cette technique stalinienne du "diviser pour mieux regnier".

De Boukhara, je fais un aller-retour express en train a l'ambassade de France de Tachkent, pour engager mes demarches de renouvellement de passeport. C'est en revenant a Boukhara que m'est arrive la mesaventure que je vous ai decrite plus haut.

Je pedale ensuite de Boukhara a Samarqand en deux jours, puis retourne a Tachkent pour accueillir mes parents, venus me rendre visite pour une quinzaine de jours. Au milieu de toutes ces galeres administratives, ils m'apporte l'oxygene dont j'avais grand besoin. Ensemble, nous partons a la visite des merveilles architecturales de la route de la soie, de Samarqand a Khiva, en passant par Boukhara, et faisons aussi deux belles randonnees dans les montagnes proches de Samarqand.

L'accueil recu en Ouzbekistan est loin d'egaler celui auquel je m'etais habitue depuis la Turquie, et surtout en Iran. Meme si j'ai rencontre beaucoup de gens d'une extreme gentillesse, je regrete le fait qu'ici, bien souvent, seul l'argent semblait interesser mes interlocuteurs. Pour prendre un taxi, un bus ou une chambre d'hotel, il faut souvent longuement negocier pour simplement atteindre un prix correct (certainement souvent encore superieur a ce que paierait un ouzbek). Cela me fatigue et me fait regretter l'Iran, ou ce genre de choses n'existe pas (ou si peu)...

Le 26 avril, soit 4 jours seulement avant l'expiration de mon visa ouzbek, j'ai pu recuperer mon nouveau passeport a l'ambassade de France. Je suis maintenant prets a reprendre la route en direction du Tadjikistan et des montagnes du Pamir, heureux d'enfin quitter la steppe et de reprende un peu de hauteur...


Commentaires
Salut Gael !
Toujours passionnées par tes aventures, même si on ne laisse pas systématiquement un petit mot !
ce devait être super d'avoir une présence familiale et un parfum de France...
Bon courage pour la suite...on te sent un peu agacé par ces tracasseries administratives !
bonjour gael,
merci pour ce blog, un bonheur tes lignes, tes photos, façon de connaitre de l'intérieur ces pays d'asie central ..
j'ai rencontré tes parents à l'aéroport de moscou, en zone transit, le 10/04 j'attendais mon avion pour delhi (étape intermédiaire pour gagner katmandu et faire un treck d'une dizaine de jours dans le langtang), le 23/04 au retour surprise je tombe à nouveau sur tes parents (hasard .. du fait des 3 heures de retard de mon avion delhi moscou, j'avais loupé l'avion pour paris initialement prévu), j'ai donc eu des nouvelles de toi, de l'ouzbekistan, je m'étais bien promise d'aller sur ton site en savoir un peu plus ... c'est chose faite. bravo pour cette aventure et bonne route à toi, je viendrais pour d'autres visites et commentaires. amitiés
j'ai mis sur mon blog (taper centimetres6 dans google) les photos prises à l'aeroport avec tes parents