Van - Dogubeyazit : du 10 au 18 janvier 2010 : Dans un ecrin de diamants
Par Gael JEANNET le lundi, janvier 18 2010, 14:01 - Turquie - Lien permanent
10/01 : Van - Muradiye 96 km en 5h24'
11/01 : Muradiye - Dogubeyazit 91 km en 5h12'
du 12 au 18/01 : Dogubeyazit - Trabzon - Erzurum - Dogubeyazit en bus.

Malgre son isolement geographique, Van est etonnament une ville moderne et active. Sa forte population estudiantine y est certainement pour quelque chose. J'y vois moins de voiles et beaucoup plus de couples main dans la main ou de jeunes gens se promenant dans les rues - pourtant glaciales - que partout ailleurs dans le sud-est anatolien. Les garcons arborent des coupes de cheveux "a la footballeur italien" et les filles tentent d'etre sexy tout en se protegeant du froid...

En quittant Van, quelques soucis mecaniques me permettent de faire la rencontre de Ramazan et Ferhat, deux mecanos qui m'aident a reparer puis m'invitent a boire quelques thes et a partager leur kahvalti (petit dejeuener). Ils sont kurdes et, comme bien souvent, la conversation se dirige sur le terrain politique. Ils me parlent de leur "president" Ocalan emprisonne et de tout le mepris qu'ils ont pour le gouvernement turc.

La route entre Van et Dogubeyazit est une pure merveille, encore embellie ces jours-ci par la neige et un beau soleil d'hiver. Je traverse ici des paysages d'une purete exceptionnelle. Je pedale dans un ecrin de diamants...

Sur ma droite s'etire une longue chaine montagneuse aux formes douces, scintillant sous un soleil de glace. Sur ma gauche, les eaux outremer du lac de Van refletent l'imposante silhouette du Volcan Suphan. De temps a autres, quelques herbes d'or percent la neige pour briller de mille feux au premier plan du tableau. Devant moi, la route file droit vers des sommets immacules...

C'est pour ces moments-la que j'aime voyager ainsi, pour ces instants de plenitude, ces fragments de bonheur, d'un bonheur simple qui me fait oublier le reste du monde et me permet de m'evader dans ces paysages d'une serenite absolue. J'en apprecie meme le froid vif qui me tire les joues et me brule le bout des doigts. Je ne vois plus les vehicules qui circulent sur la route. Je suis seul. Je suis bien.

Lorsque je plante ma tente dans la vallee de Muradiye, a l'extremite nord du lac, le soleil est en train de se coucher et il fait deja -5 degres. Le vent se leve... Un homme passant sur le chemin pres duquel je m'installe m'invite a passer la nuit chez lui, au chaud et avec un bon repas. Mais je decline son invitation, preferant rester seul cette nuit et dormir berce par le murmure du vent qui souffle une douce melodie sur les hauteurs de la vallee.

-10.0 degres. C'est ce que mon thermometre affiche ce matin. Il ne descend pas plus bas de toute facon ! Il fait peut etre -13 ou -15 en realite, mais -10, c'est mieux pour le moral. J'ai quitte mon bivouac il y a deux heures deja et j'ai l'impression qu'il fait de plus en plus froid. Un petit vent du nord givre tout sur son passage. Des vagues de neige dansent sur l'asphalte gele. La riviere que je remonte est figee et en arrivant dans le village de Caldiran, je vois des gosses jouer sur la glace... Quand le boulanger chez qui je m'arrete pour acheter du pain m'invite a boire un the et a me rechauffer pres du fournil, je ne dis pas non cette fois-ci...
Peu apres Caldiran, le soleil se montre un peu plus vaillant et fait remonter le mercure a -5 degres. J'ai presque chaud ! La route s'eleve lentement vers le col de Tendurek (2644m) et traverse de petits villages aux maisons camouflees derriere d'enormes meules de foin.
De l'autre cote du col se devoile l'enorme, l'immense Mont Ararat qui, avec son petit frere, domine la vallee de Dogubeyazit.

"Dans le centre de l'Armenie se dresse une montagne excessivement large et haute sur laquelle, dit-on, se serait echoue l'Arche de Noe" (Marco Polo, Les Voyages de Marco Polo).
Culminant a 5165 metres d'altitude, le Mont Ararat est le plus haut sommet de Turquie. Selon la legende biblique c'est sur le sommet de ce volcan que l'Arche de Noe se serait echoue apres le deluge.
Dans le livre de La Genese, l'histoire de l'arche de Noé, commence lorsque Dieu observe la méchanceté et la perversité des hommes, et décide de faire tomber un Déluge sur la terre pour y détruire toute vie, « depuis l'homme, jusqu'aux bestiaux, aux bestioles et aux oiseaux du ciel ». Un homme, Noé, trouve toutefois grâce aux yeux de Dieu. Il est choisi pour survivre et perpétuer sa lignée. Dieu, pour cette raison, dit à Noé de construire une arche et d'emmener avec lui sa femme, ses fils ainsi que leurs épouses, sans oublier des spécimens de toutes les espèces animales existantes. Une fois l'arche terminée, Noé monta à bord avec toute sa famille et les animaux, et la pluie tomba ensuite sans discontinuer sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. Les eaux finirent par couvrir même les plus hautes montagnes. Toutes les créatures vivantes s'éteignirent, et seuls Noé et les siens purent survivre. Finalement, au bout d'environ 220 jours de navigation, l'arche vint s'échouer sur les monts d'Ararat.
Cette legende de l'Arche de Noe n'est finalement pas si bucolique que ca... Le premier genocide de l'humanite ce Deluge ???

Au pied du Mont Ararat est posee la petite cite de Dogubeyazit, a 1650 metres d'altitude et a seulement 35 km de la frontiere iranienne. Mais pour obtenir le precieux sesame d'entree en Iran, je dois aller au consulat de Trabzon, a quelques 600 km de la, sur la cote de la Mer Noire. Je m'y rends en bus et obtiens un visa de 30 jours en moins de 2 heures.
Sur le chemin du retour, je fais une halte a Erzurum, la plus grande ville de l'est de la Turquie, sise a quelques 1950 metres d'altitude, dans un environnement glacial... si glacial que l'on peut y skier ! La station de ski de Palandoken, a 5 km du centre-ville, est la plus grande du pays avec huit remontees mecaniques pour une trentaine de pistes. J'y taille quelques courbes en compagnie de Mahmud, un membre de l'equipe nationale de slalom, qui se prepare pour une competition le lendemain. Malheureusement la meteo plutot "auvergnate" (= brouillard et gros vent) ne me permet pas de voir cette station sous son plus beau profil...

Erzurum, comme Trabzon ou Van sont des villes actives, jeunes et modernes. Le contraste entre la Turquie des villes et la Turquie des campagnes et souvent extreme. La vie dans les villages reste pronfondement traditionnelle - et d'autant plus ici, dans l'est anatolien - avec une separation stricte entre hommes et femmes, des revenus minimes et pour beaucoup de rudes travaux dans de petites exploitations agricoles familiales ou les enfants doivent souvent aider leurs parents des leur plus jeune age et ne peuvent ainsi pas suivre une scolarite complete. Dans les villes, au contraire, l'evolution est rapide et les moeurs changent. Les etudiants y sont pour beaucoup et la jeunesse turque semblent vouloir de plus en plus vivre "a l'occidentale".

De retour a Dogubeyazit, je m'apprete a quitter la Turquie, cette fois definitivement, pour poursuivre ma route vers l'est, a travers un Iran qui me fascine deja...

Commentaires
Iran es uno de los paises que más interesantes, ganas de leer tus historias.
Pásalo bien!
Bravo, cousin!
Continues ton fabuleux voyage ! nous te lisons attentivement ...Tu ne semble pas souffrir du froid?
Nous aurions bien des questions à te poser, mais est-ce le bon endroit ? tes photos sont superbes!
encore bravo, bon courage, on a hate de te lire!
de la neige et encore de la neige....
bonne route toujours!
biz!