Mardin - Van : du 30/12/09 au 09/01/10 : Soğuk, soğuk !
Par Gael JEANNET le samedi, janvier 9 2010, 16:30 - Turquie - Lien permanent
31/12 : biv. avt Mardin - Mardin 14 km en 1h36'
01/01 : Mardin - Savur 61 km en 3h41'
02/01 : Savur - Mar Yakub 60 km en 3h47'
03/01 : Mar Yakub - Batman 83 km en 4h18'
04/01 : Natman - Baykan 96 km en 5h08'
05/01 : Baykan - Bitlis 48 km en 3h37'
06/01 : Bitlis - Nemrut Dağı 59 km en 4h10'
07/01 : Nemrut Dağı 13 km en 1h33'
08/01 : Nemrut Dağı - Balaban 91 km en 5h44'
09/01 : Balaban - Van 65 km en 3h24'
Apres une petite escapade de deux mois dans le monde arabe, entre Syrie, Liban et Jordanie, je retrouve avec bonheur un pays que j'ai beaucoup apprécié : La Turquie. Mais si je l'avais quittée au milieu de l'automne, je la retrouve cette fois-ci plongée au coeur de l'hiver...

C'est le 30 décembre, a Nusaybin, que je franchis la frontiere. Une pluie glaciale m'accueille. Elle me tiendra compagnie cinq jours durant, ne me laissant qu'une journée de répit du coté de Mardin.
Mardin est un petit joyau accroché tel un nid d'aigle sur les pentes d'une colline dominée par un citadelle. La ville toute entiere regarde vers le sud et semble veiller sur les plaines fertiles de Mésopotamie quelques 700 metres en contrebas. Dans le coeur de cette cité couleur de miel, un petit bazar s'étire dans le dédalle des ruelles escarpées... tellement escarpées que seuls les anes peuvent venir ravitailler certaines échoppes.

Je sens souffler ici un vent de fraicheur et de liberté en me laissant porter par le flot des passants dans la rue principale. J'y vois des couples se promenant main dans la main et de jeunes femmes souriantes osant dévoiler leurs cheveux. Pas l'ombre d'une burqa ou d'un tchador. Je suis pourtant dans l'une des régions les plus conservatrices de Turquie. Mais en venant de Syrie et Jordanie, le contraste est frappant !
Sur la route de Savur, je me rends compte que l'hiver est bel et bien arrivé. Lorsque j'avais quitté la Turquie il y a deux mois, les arbres étaient encore partiellement recouverts de feuilles jaunes ou orangées. Désormais, ils sont nus comme des vers ! L'air est froid et humide et la route suit le cours d'un ruisseau qui a retrouvé toute la vigueur.
Brouillard, pluie et température dépassant guere les cinq degrés sont mon lot pour les trois jours suivants. Heureusement, je retrouve l'incroyable hospitalité turque (ou plutot kurde) et peux régulierement me réchauffer avec quelques verres de thé, du pain, du miel ou du fromage. A chaque fois, on me demande ou je vais et lorsque je réponds que je me rends a Van, on me répond invariablement : "Van ? Il fait tres froid la bas, et il y a beaucoup de neige !" et certains ajoutent meme quelques gestes pour me montrer que j'aurai de la neige jusqu'aux genoux !!!

Hasankeyf est une autre perle de la région, mais une perle en péril. Elle surgit au beau milieu d'un paysage terne, surplombant la vallée du Tigre avec sa citadelle et ses habitations troglodytiques. Mais la mort du village est programmée. Dans quelques années, cette perle sera engloutie sous les eaux du barrage d'Ilisu, dans le cadre du projet GAP: Ce barrage innondera toute la vallée sur une centaine de kilometres et provoquera le déplacement de 37 villages. Et malgré les protestations qui ont retardé le début des travaux, rien ne semble pouvoir inverser la tendance...
Chaque soir, il tombe des trombes d'eau. Mes bivouacs sont de plus en plus boueux. Apres etre passé pres de Batman (oui, oui, Batman !!!), je rejoins le cours de la riviere Bitlis, qui a pris des allures de fleuve amazonien. Je le remonte le long d'une vallée encaissée et lugubre. De rares villages s'accrochent aux pentes boueuses et les petites maisons de pierres semblent se blottir les unes contre les autres pour se protéger du froid et de la pluie. Au-dessus, les pentes se perdent dans les nuages. Le vent souffle encore fort ce soir la et je m'arrete pour bivouaquer a l'abri d'une foret de coniferes.
Apres la pluie vient le beau temps a-t-on coutume de dire. Mais parfois ce n'est pas le cas...

Lorsque je me leve ce mardi 5 janvier, apres qu'il ait encore plu une bonne partie de la nuit, il ne tombe plus que quelques petites gouttelettes. Je crois voir venir une accalmie. C'était un leurre ! Le ciel reste désespérement gris. Je remonte en selle et reprends ma lente remontée de la vallée de Bitlis. Sur ma droite rugit un torrent boueux. La température fléchit a mesure que je m'éleve et les premiers flocons apparaissent vers 1000 metres d'altitude. La vallée blanchit a vue d'oeil. Tous les véhicules que je croise sont recouverts d'une épaisse couche de neige et les conducteurs me regardent d'un air effaré. Certains ouvent leur vitre et me crient : "Soğuk, soğuk !" (Froid, froid !).

La chaussée commence a blanchir lorsque j'arrive a Bitlis. Je décide d'en rester la pour aujourd'hui et trouve un petit hotel pour me réchauffer.
Le lendemain matin, le ciel est clair et je me hate a reprendre la route... mais celle-ci est une véritable patinoire ! Il est tombé 20 a 30cm de neige. Je négocie au mieux quelques glissades et parviens a maintenir le cap. Mais rapidement, le brouillard tombe. Un brouillard ou il regne une température de moins cinq degrés. Tout est blanc, y compris la route ! Je franchis ainsi le col me séparant du lac de Van et descends prudemment vers Tatvan. Je me réfugie dans la premiere maison de thé venue pour me réchauffer.

Le soleil pointe le bout de ses rayons en début d'apres-midi et j'en profite pour reprendre la route le long du lac, puis en direction du volcan Nemrut Dağı, dont je m'étais promis de faire l'ascension. Une petites route verglacée en gravis les premieres pentes. Mais je me vois obligé de m'arreter plus tot que prévu. Yana est victime du gel : dérailleur, freins et chaine sont pris dans la glace ! J'installe donc ma tente dans la poudreuse, par moins huit degrés...

Je reprends mon ascension le lendemain quand le soleil a eu raison de la glace. La route est en grande partie enneigée, mais je suis surpris de l'adhérence que je peux avoir et parviens a avancer tant bien que mal. Dans le village de Şentee, des gosses font de la luge dans les rues. Je les croise en souriant. Un homme qui déneige le toit de sa maison me crie : "Soğuk, soğuk !"

Yana me conduit jusqu'au bout de la route, a 2240 metres d'altıtude, ou une station de ski est en voie de construction. Je poursuis l'ascension a pied en direction du sommet.

En 2 heures, j'arrive au bord du cratere, au fond duquel se niche un lac en forme de demi-lune. Tout autour de moi se déloie un paysages de montagnes immaculées flottant au-dessus d'une mer de nuages qui dissmule le lac de Van.

Au nord, le volcan Süphan Dağı domine tous les autres sommets du haut de ses 4000 metres.

De retour pres du lac, je bivouaque au meme endroit que la veille.

Peu avant le coucher du soleil, un viel homme vient a ma rencontre et me dit que c'est dangereux de dormir ici, qu'il va faire tres froid et qu'il y a des loups. Je lui dis qu'il n'y a pas de probleme, que je suis bien équipé et que j'aimerais bien en voir un, de loup ! Mais je le vois, en s'éloignant, sortir son téléphone portable. Ca n'a pas loupé, vingt minutes plus tard, je vois les gendarmes arriver. Heureusement, ils sont moins cons que leurs collegues syriens. Ils me mettent en garde contre les loups qui descendent chasser par ici la nuit et le froid, puis finissent par me souhaiter une bonne nuit et meme par se prendre en photo avec moi avant de partir !

Pour rejoindre Van, j'emprunte la route qui contourne le lac par le sud, s'enfonçant dans des vallées glaciales et franchissant un col a 2235 metres avant de rejoindre la cote jusqu'a Van.

Je m'offre un nouveau bivouac enneigé aux pieds de sommets a plus de 3000 metres avant d'arriver a Van.

Commentaires
Bravo Gael! et dire qu'on se plaint avec nos petites chutes de neige en France ! j'ai presque honte ! beaucoup d'admiration pour cette extraordinaire expédition, nous sommes de fidèles lectrices...j'ai même imprimé tes commentaires pour que Fifille puisse bien les lire !
Hello Gael.
Bonne année et tt ce qui va avec pour les qq tours de pedalles qui te reste a fair. Ici on a enfin la neige et les glaçons pour nos activitées hivernal aux pieds de nos petites maisons. Que la force soit avec toi, profite en bien pour nous.
Max
et ben quel début d'année plein de surprises climatiques à braver pour toi...les photos sont magnifiques: je ne me rendais pas compte que le massif montagneux était si élevé dans ce pays!
je te souhaite encore des milliers de coups de pédales pour découvrir des coins magiques!