Jordanie : du 24 novembre au 19 décembre 2009 : perles du désert
Par Gael JEANNET le samedi, décembre 19 2009, 10:36 - Jordanie - Lien permanent
24/11 : biv. avt Daraa (SYR) - Amman (JOR) 130 km en 8h30'
25 et 26/11 : Amman
27/11 : Amman - biv. vue sur la mer morte 82 km en 4h01'
28/11 : biv. vue sur la mer morte - Wadi Karak 83 km en 4h57'
29/11 : Wadi Karak - At Tafita 80 km en 5h39'
30/11 : At Tafita - Dana 37 km en 2h38'
01/12 : Dana - Wadi Musa (Petra) 58 km en 3h20'
02 et 03/12 : Wadi Musa (Petra)
04/12 : Wadi Musa - Ar Rahadiyya 92 km en 5h21'
05/12 : Ar Rahadiyya - Rum Village (Wadi Rum) 29 km en 1h56'
06 - 13/12 : Wadi Rum
14/12 : Rum Village - biv. dans le désert 77 km en 4h09'
15/12 : biv. dans le désert - Biv. avt Al Jafr 134 km en 5h52'
16/12 : Biv. avt Al Jafr - biv. avt Azraq 180 km en 6h18'
17/12 : biv. avt Azraq - Qasr Amra 94 km en 5h41'
18/12 : Qasr Amra - Amman 93 km en 8h06'

J'entre en Jordanie sous un ciel chargé de nuages noirs qui ne tardent par à laisser échapper une pluie épaisse et froide alors que j'entre dans les faubourgs d'Amman. J'y suis accueilli par Myriam et sa colloc' Hélène, pour quelques jours dans cette capitale plutôt désorientante avec son "downtown" étriqué et traditionnel dans le bas de la cité et les quartiers riches "à l'américaine" parcourus de larges boulevards menant des centres commerciaux aux hotels luxueux où règne une circulation anarchique sur les hauteurs d'Amman ouest.
Je ne reste que deux jours à Amman, pressé que je suis d'aller découvrir les merveilles du sud du pays. Je commence cette large boucle en me rendant au Mont Nebo, étape obligée sur la route des montagnes sacrées d'Asie. En effet, ce serait sur cette colline dominant la vallée du Jourdain et où la vue porte jusqu'à Jéricho et Jerusalem par temps clair que la Terre Promise a été révélée à Moïse juste avant la mort. Un petit mémorial y est érigé et la vue sur la vallée est effectivement superbe malgré le temps brumeux.

La route plonge ensuite littéralement vers les eaux bleu sombre de la mer Morte. Moins 408 mètres : me voici au point le plus bas du globe. Une plage de galets s'étend en contrebas de la route. C'est l'heure pour moi de prendre le bain le plus étonnant et le plus amusant de ma vie ! Je flotte comme un bouchon ! Et quand j'essaie de faire quelques mouvements de brasse, mes pieds remontent à la surface et sortent inévitablement de l'eau, comme si j'avais des bouées autour des chevilles !!! Ce qui explique cette extrême flottabilité est l'extraordinaire teneur en sel de cette mer. La salinité y est en effet neuf fois plus importante que dans les océans. Et si la mer Morte est aussi salée, c'est parce que, dans ce lieu surchauffé durant l'été, l'évaporation y est extrême.

Et cette mer, déjà morte, disparait un peu plus chaque jour. Le Jourdain, le principal fleuve qui se jette dans la mer Morte perd chaque année un peu plus de son débit. Seuls 10% de l'eau du Jourdain atteint aujouird'hui la mer Morte à cause du développement incontrôlé de l'irrigation dans la vallée du Jourdain, côté jordanien comme israélien. Le niveau de l'eau de la mer baisse ainsi de 50 cm chaque année et certains scientifiques prévoient sa disparition avant la fin du siècle...
Après ce petit bain, je quitte la "Dead Sea Highway" et remonte sur le plateau, à Karak, où je rejoins la route du Roi. Cette dernière plonge bientôt vers le Wadi Hasa, un canyon aride aux formes ondulées. 800 mètres de descente et autant de remontée ensuite. Les wadis jordaniens sont en quelque sorte des cols à l'envers !

Plus loin, le Wadi Dana est pour moi l'occasion d'une nouvelle pause. Je laisse Yana au village et pars randonner quelques heures dans cette vallée encaissée qui plonge vers le Wadi Araba. Les falaises de grès rouge s'élèvent haut au-dessusdu lit asséché du wadi et présentent des formes étonnantes avec des stries, des lignes et des cavités de toutes parts. Quelques bédouins guident leurs chèvres vers l'aval, d'autres se font balloter par leur âne à la recherche d'un touriste à promener...

L'étape suivante sur la Route du Roi est Wadi Musa, la ville située à l'entrée du site de Petra. J'y rencontre Bertrand, un cyclo-voyageur toulousain. Ensemble, nous visitons longuement le formidable site de Petra deux jours durant. Merveille archéologique, Petra est avant tout un chef-d'oeuvre de la nature. Son nom même, qui signifie "pierre" en grec, rend hommage à ses incroyables formations géologiques. Façonnés par les mouvements tectoniques, le vent ou l'eau, les paysages du site de Petra sont d'un beauté étourdissante. Et ces au coeur des ramparts naturels formés par les étroits canyons et les hautes falaises que les Nabatéens, peuple venu du désert d'Arabie au sixième siècle avant notre ère, établirent leur capitale, taillant dans la roche tendre des centaines de tombeaux rupestres. Le plus connu d'entre-eux - et certainement le plus beau - est le Khazneh, ou "Trésor", qui se dévoile au terme d'une marche de plusieurs kilomètres dans l'étroit canyon du siq. Mais il y a beaucoup d'autres choses à y voir et il est terriblement agréable de se promener sur les étroits sentiers qui sillonnent ce site naturel exceptionnel.

Le 4 décembre, je reprends la route en compagnie de Bertrand, en direction du Wadi Rum. La King's Highway s'élève vers des crêtes désertes et arrondies qui dominent de profonds canyons plongeant vers le Wadi Araba, à la frontière israélienne. Quelques champs de pierres et de poussière sont disséminés ça et là le long de la route. Je me demande bien ce qui peut y pousser... Les villages se font de plus en plus rares, le désert s'installe peu à peu sous nos roues...

Le sable vient parfois mordre la chaussée et des montagnes de grès s'élèvent maintenant au-dessus d'une mer de sable ponctuée de petits buissons épineux. Nous bivouaquons à la belle étoile à quelques kilomètres de l'entrée du parc du Wadi Rum. Quelques dromadaires brisent le silence nocturne de leur râle rauque. Nous nous endormons paisiblement sous un plafond scintillant d'étoiles.

Une trentaine de kilomètres d'une belle route nous mènent jusqu'à Rum Village, un village de Bédouins sédentarisés devenu l'accès touristique du Wadi Rum. En compagnie de Bertrand, je me mets en quête de matériel d'escalade pour essayer de grimper un peu. Mais nous ne parvenons à dégoter qu'une corde ! Nous décidons donc de partir randonner quelques jours dans le désert.
Nous partons pour trois jours, en autonomie, sans tente ni matelas pour être plus légers. Nous quittons Rum en milieu de matinée et débutons cette randonnée par la traversée d'un cayon qui cizaille la montagne bordant la vallée à l'est du village. Au programme : recherche d'itinéraire et crapahutage dans les rochers.

De l'autre côté du canyon, nous débouchons sur un petit cordon de dunes de sable rouge. Le soleil est resplendissant et nous marchons maintenant plein nord, vers un autre massif. La marche dans le sable du désert est usante, mais c'est la meilleure manière de mesurer l'immensité de ces étendues de sable et d'en apprécier toute la beauté - ainsi que son âpreté ! Nous contournons ainsi un long massif de grès et installons notre bivouac au sommet d'une dune. Le vue s'étend vers les immensité de ce désert si harmonieux, parsemé de montagnes de grès.

Nous entamons notre seconde journée de marche par la traversée d'une nouveau canyon, beaucoup plus large que le précédent et bordé de parois majestueuses. Au fil de la journée, le ciel se couvre de nuages de plus en plus menaçants et, alors que nous atteignons le massif éloigné de Burdah, une petite pluie fine se met à tomber sur le sable du désert ! Nous trouvons un abri rocheux pour nous installer pour la nuit et allumons un feu pour nous réchauffer.
Au matin du troisième jour, le ciel est encore lourdement chargé, mais il ne pleut plus. Le sable mouillé est plus compact, ce qui rend la marche plus aisée. Avant de prendre le chemin du retour vers le village, nous grimpons jusqu'à une arche de pierre qui se cache au coeur du massif de Burdah. De là-haut, la vue sur le désert est tout simplement fantastique. Le ciel noir cisaillé de brèves trouées de soleil donne une autre dimension aux paysages, plus froide et austère...
De retour au village, nous rencontrons quelques grimpeurs, dont deux qui nous prêtent leur matériel le temps d'une journée ! Nous nous essayons donc à l'escalade sur ce grès tant particulier. Mais ces quelques mois de voyages à vélo nous ont vidés les bras de toute énergie et nous sommes bien incapables de grimper correctement !
Les sommets rocheux du Wadi Rum, pourtant si impressionnants vu d'en bas, ont été gravis depuis très longtemps par les Bédouins vivant ici, principalement pour aller chasser sur les plateaux sommitaux ou pour aller y ramasser des plantes médicinales. Ces anciennes voies sont aujourd'hui connues comme "voies bédouines" et représentent les accès les plus aisés aux principaux sommets de la région. Elles n'en sont pas pour autant vraiment faciles et si les Bédouins les parcouraient sans corde ni aucun équipement, elles comportent des passages très exposés. Nous nous donnons pour objectif d'effectuer la traversée ouest-est du Jebel Rum, le plus haut sommet de la région avec ses 1754 mètres d'altitude. Nous empruntons une corde d'esclade pour la descente en rappel, nous nous confectionnons des baudriers avec une sangle et un mousqueton et partons pour cette traversée en deux jours.

Deux heures trente de marche dans le sable du désert nous mènent au pied de la face ouest du Jebel Rum. L'ascension débute par un pierrier qui nous conduit dans un étroit canyon que nous remontons lentement. Mais le maigre topo que nous avons récupéré avant de partir est avare en informations et nous suivons tant bien que mal quelques cairns qui partent en rive gauche du canyon et gravissent la paroi par un système complexe de vires et quelques pas d'escalade facile quoique assez exposée. Les indications de notre topo ne correspondent pas du tout au terrain dans lequel nous évoluons et nous commençons à douter d'être dans la bonne voie. Cependant, nous poursuivons notre ascension.
Nous devons alors escalader cinquante mètres très exposés en 4+, sans assurage, puis traverser d'étroites vires où il nous faut parfois ramper pour passer. Nous débouchons alors sur une large plate-forme où nous perdons plus d'une heure à trouver la suite de l'itinéraire, essayer de grimper d'un côté ou de l'autre, pour finalement trouver un passage qui nous conduit à une traversée en 3+ extrêmement exposée (avec 200 mètres de gaz !) et toute en adhérence. Nous décidons de sortir notre corde et nos baudriers et sommes bien heureux de trouver quelques spits qui nous permettent de nous assurer.

En arrivant au bout de cette traversée périlleuse, nous arrivons enfin sur les dômes qui conduisent au plateau sommital. Le soleil disparait derrière l'horizon alors que nous frachissons de nouveaux pas d'escalade exposés, et nous trouvons avec bonheur un lieu de bivouac alors que nous commençons à être à bout, tant physiquement que nerveusement.
Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises... A peine deux heures après notre arrivée et alors que nous terminons de dîner au coin du feu, il se met à pleuvoir !!! Et notre lieu de bivouac n'est pas pourvu d'abri digne de ce nom ! Nous nous blotissons donc dans le creux d'une paroi en attendant la fin de l'averse, puis nous nous couchons à l'endroit qui nous semble le mieux abrité.

Mais vers 22h30, l'orage que j'entendais approcher sournoisement, éclate au-dessus de nos tête... et une rivière se met subitement à couler sous nos duvets ! Nous nous réfugions précipitemment sous un lieu mieux abriter et passons là, assis en boule, près d'une heure en attendant que l'orage cesse !!! Le reste de la nuit, heureusement, a été plus calme et nous a permi de nous reposer un peu...

Nous nous levons dès l'aube pour aller admirer le lever du soleil depuis le sommet du Jebel Rum. Le ciel est dégagé et le spectacle sublime. Sur le plateau sommital du Jebel Rum, une infinité de dômes de grès se colore de rose tendre, dominant les vallées de sable encore dans la pénombre.

Maintenant que nous sommes au sommet, il nous faut redescendre. C'est la voie d'Hammad que nous devons suivre et cette fois-ci, nous ne voulons pas faire d'erreur. Nous peinons une bonne heure à trouver le début de la descente, dans ce dédale de dôme et de profonds canyons, puis suivons la cairns qui cheminent sur ces dômes vers l'est, jusqu'à venir à l'aplomb de la face est. Une série de quatre rappels nous permet de descendre dans le fond du grand siq, une profond canyon. Mais au moment de tirer la corde du troisième rappel de 40 mètres, celle-ci refuse de venir et se coince ! Il nous faut remonter pour la décoincer. C'est Bertrand qui s'y colle et ce n'est pas facile avec le peu de matériel que nous avons à notre disposition !
Il est déjà 14h30 quand nous récupérons enfin les cordes. Nous descendons le canyon, en partie inondée par l'orage de la nuit... et perdons à nouveau notre chemin... pour le retrouver enfin sans être sûr qu'il s'agisse bien du bon. Nous cheminons sur une crête qui file vers le nord et tirons trois nouveaux rappels pour enfin prendre pied sur le pierrier et retrouver ensuite le village. Il est 16h quand nous arrivons. Le soleil est sur le point de se coucher. Nous sommes épuisés après ces deux éprouvantes journées, mais heureux de ce que nous venons de réaliser (cette traversée est en réalité côtée AD).
Je quitte le Wadi Rum deux jours plus tard, et je me sépare par la même occasion de Bertrand, qui file lui vers Israël et les territoires palestiniens. Quant à moi, je reste dans le désert et m'élance sur une petite route défoncée qui me permet de rejoindre la route n°5, qui traverse l'inhospilaier Badia, le désert de pierre jordanien.

Les sommets de grès perdent peu à peu de la hauteurs et finissent par s'effacer complètement. Le sable lui aussi disparait sous les galets de basalte qui recouvrent désormais une plaine uniforme et nue. Durant les trois premiers jours de cette traversée, le vent du sud me pousse et le ciel est radieux. C'est un vrai plaisir que de pédaler dans de telles conditions. Chaque soir, je dors à la belle étoile et je brûle quelques brindilles pour me réchauffer un peu - car les nuits sont glaciales, j'ai même droit à mes premières gelées blanches.

Aux rares checkpoints, qui contrôlent cette route menant en Arabie Saoudite, je me fais immanquablement arrêter... pour que l'on m'offre du thé ou quelques mandarines, parfois même pour que l'on me prenne en photo... mais jamais on ne m'a demandé mon passeport !!!
Chaque jour le vent semble souffler plus fort et le quatrième, alors que j'arrive dans l'oasis d'Azraq, c'est une petite tempete de sable qui couvre le désert... Le vent tourne à l'ouest... et c'est justement la direction que je dois maintenant suivre pour rejoindre Amman. Cent kilomètres de lutte, parfois à moins de 8km/h sur du plat, font ressurgir en mois des sensations patagones... Le désert me dévoile toute sa rudesse.

J'arrive à Amman totalement épuise, après une journée de plus de huit heures de vélo et je m'y accorde une nouvelle journée de repos avant de poursuivre ma route vers le nord qui doit me reconduire en Turquie, après une traversée du désert syrien.
Après cette boucle de quatre semaine, je ne sais toujours pas quoi penser du peuple jordanien. L'attitude des Jordaniens envers moi a oscillé entre le très bon et le beaucoup moins bon. Je serais plutôt tenté de dire qu'ils sont très chaleureux et accueillants, comme le laisserait paraître le nombre incalculable de "welcome" que l'on me dit chaque jour. De plus, un grand nombre de conducteurs me saluent en me croisant ou en me doublant. Maisà côté de cela, il y a aussi quelques abrutis qui hurlent comme des demeurés lorsqu'ils me doublent ou me voient passer. Et puis il y a ces sales gosses lanceurs de cailloux ! J'avais lu plusieurs récits de voyageurs à vélo qui racontaient cela, mais je ne voulais pas y croire. C'est pourtant vrai. La majorité des jordaniens entre 4 et 14 ans a pour habitue de jeter des pierres sur les cyclistes ! Mais des adultes m'ont expliqué de c'était normal, ce sont des enfants ! Ah bon ??!! Au final, j'ai reçu un accueil ici beaucoup plus mitigé qu'en Turquie ou même qu'en Syrie. Les invitations ont été rares. Seuls les bédouins qui continuent à vivre dans le désert de manière simple semble avoir conservé leur sens de l'hospitalité...

Commentaires
Coucou Gaël,
Je te souhaite de passer de belles fêtes en Jordanie ou bien où tu es rendu!!
Nous, on va faire des compétitions de glisette extrême en passant à toi au Québec!!
Bisous et à bientôt quelque part dans le monde!!
Van et Bertrand