4/11 : Harran (TR) - Zinbak (SY) 35 km en 2h19'
5/11 : Zinbak - biv. ap. Euphrate 113 km en 5h28'
6/11 : biv. ap. Euphrate - Alep 116 km en 5h35'
du 7 au 9/11 : Alep
10/11 : Alep - Al Rafadeh 47 km en 2h59'
11/11 : Al Rafadeh - Saraqib 95 km en 5h14'
12/11 : Saraqib - Ariha 33km en 2h35'
13/11 : Ariha - Al Haffeh 84 km en 4h52'
14/11 : Al Haffeh - Chatha al Tahta 61 km en 5h10'
15/11 : Chatha al Tahta - Ein Hlaqin 93 km en 5h42'
16/11 : Ein Hlaqin (SY) - Tripoli (LB) 101 km en 5h51'

J'entre en Syrie sous un ciel gris et freine par un fort vent du sud. Apres pres de deux mois passes en Turquie, je dois repartir de zero : nouvelle langue, l'arabe, nouvelle culture, nouveaux codes, nouvelle monnaie... Je me demande bien quel accueil je vais recevoir ici... et surtout comment je vais me debrouiller en arabe, moi qui me retrouve analphabete devant les premiers panneaux que je croise !

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Une partie de la reponse m'est donnee apres moins de vingt kilometres, quand Hussein, coiffe d'un keffieh rouge et vetu de l'habit traditionnel, m'invite a passer la nuit chez lui, dans sa maison d'adobe. L'un de ses six enfants, Ahmed, 20 ans, parle quelques mots d'anglais, ce qui nous permet de discuter un peu. Il me presente quelques-uns de ses cousins (tres nombreux). Ismail, l'un d'eux, me dit avoir seize freres et soeurs !!! Les familles syriennes sont en general tres nombreuses, d'autant plus que la polygamie est encore d'actualite ici... Pour cette premiere soiree - toujours en territoire kurde - l'accueil que je recois est aussi bon qu'en Turquie, me voila rassure.

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Jusqu'a Alep, la route file droit dans le desert. Quelques villages aux etonnantes maisons de terre aux toits en dome jalonnent mon avancee. Dans l'un d'eux, je m'arrete a l'ecole ou je suis recu par Yusef, l'instituteur, et Mustafa, le "maire" du village. Ce dernier me demande combien vaut une femme en France... La sienne est vieille et malade et il en voudrait une nouvelle. Pour une jeune Francaise d'une vingtaine d'annees, il serait pret a mettre un bon prix !!!

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La polygamie est tout a fait commune en Syrie. Beaucoup d'hommes ont deux ou trois femmes, voire meme quatre, limite autorisee par le Coran. Les femmes s'achetent et peuvent couter tres cher : jusqu'a six a dix mille dollars, une petite fortune quand on sait que le salaire moyen en Syrie est de 200 dollars mensuels.

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Le soleil est de retour pour mon arrivee a Alep, une ville fourmillante de vie. Je suis accueilli par Christophe, expat' francais habitant dans une splendide demeure perdue dans le dedalle de ruelles du quartier armenien.

Le souk d'Alep est sans doute l'un des plus beaux et des plus traditionnels du Moyen Orient. Vendeurs d'epices, de tapis, de foulards, de tissus, de viande, de vetements, de bijoux en or ou en argent, de savons et de cosmetiques, de cordes, de chaussures, de cannes ou de balais, de poissons ou de fruits et legumes, tous se melangent dans ce souk dont les allees couvertes forment un labyrinthe de plus de 6 kilometres. De quoi se perdre plusieurs heures ! J'y croise beaucoup de femmes vetues de la burqa. Je n'en avais vu que tres rarement en Turquie, mais ici beaucoup de femmes sont entierement couvertes de noir. Certaines ont seulement les yeux apparents, d'autres une plus grande partie du visage... La religion semble ici bien plus severe qu'en Turquie.

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Je quitte Alep par de riches quartiers residentiels... qui s'arretent net sur une decharge ou quelques tentes de toile de jute abritent ceux que la ville a rejetes, mais a laquelle ils semblent tout de meme vouloir s'accrocher... Plus loin, je traverse des villages crasseux ou des camions toussotant defoncent un peu plus la route a chacun de leur passage tout en m'envoyant dans les narines des nuages noirs de mazout. Desagreable sensation... Heureusement, la route s'eleve bientot dans un massif calcaire de toute beaute. Les paysages deviennent mediterraneens avec leurs collines couvertes de garrigue et leurs plantations d'oliviers. C'est au milieu de ces paysages que se dressent les ruines de l'eglise de Saint Simeon, datant du Veme siecle. Dans cette eglise aurait vecu Saint Simeon, qui serait reste durant 37 ans au sommet d'une colonne pour mediter. Les vestiges de cette colonne sont toujours visibles aujourd'hui sur le site.

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Le lendemain, je me reveille dans une ambiance feutree. Un discret voile de brume enveloppe la "ville morte" qui m'a servi de lieu de bivouac. Au loin, je distingue la vallee noyee sous une mer de nuages. Mais ici, les premiers rayons du soleil viennent timidement me rechauffer. Une etroite piste de terre rouge bordee de murets de pierres blanches me mene vers d'autres ruines, puis jusqu'a un village ou je suis invite par Ahmed a prendre le petit dejeuner. Ce dernier parle un petit peu anglais et m'explique que sa femme est agee et qu'il en voudrait une autre, si possible parlant anglais et francais. Elle lui serait alors tres utile pour son projet de construire une guesthouse ici. Et puis, il n'a que huit enfants, ce n'est pas suffisant. Il en veut beaucoup plus !!!

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Dans la campagne syrienne, la recolte des olives, un des principaux produits agricoles du pays, bat son plein. Des familles entieres passent leurs journees a cueillir ces fruits qui permettront de produire, entre autres, une huile de qualite.

Dans la petite ville de Saraqib, je suis accueilli par Iyas et ses cousins, Kinan et Hasan. Encore un accueil exceptionnel chez ces jeunes syriens desireux de voyager eux aussi dans le monde entier.

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Entre Saraqib et Latakie, une autoroute est en construction. Certaines portions sont presque terminees. Il ne manque que les finitions... et certains ne se genent pour pour l'emprunter, roulant a droite ou a gauche de la chaussee, sans se soucier de ceux qui font de meme et peuvent arriver en face ! Mais que fait la police ??? Ben la meme chose !!! Il est etonnant de remarquer, dans un pays si controle et ou les libertes individuelles sont souvent reduites, qu'il existe cependant une totale absence de controle des que l'on tient un volant dans les mains. L'anarchie devient la seule regle et les Syriens, pourtant si courtois, souriants et attentionnes, peuvent devenir de vrais monstres sans scrupules lorsqu'ils tiennent un volant. Plus question de faire de courtoisies. C'est le plus gros (ou celui qui a le plus puissant klaxon) qui passera le premier... autant dire que j'ai peu de chances de me faire respecter !

La Syrie est un pays superbe, dont le peuple, si accueillant, en fait toute la richesse. Ici, on me l'a dit a plusieurs reprises, je ne suis pas considere comme un touriste, ni meme comme un ami, mais comme un frere. Le vernis est beau et l'on aurait envie d'en rester la. Mais des que l'on cherche a creuser un peu et que le vernis cede, on decouvre de grandes zones d'ombre qui viennent noircir le tableau.

Il y a tout d'abord cette odeur de mazout brut qui flotte sur toutes les routes du pays. Beaucoup de vehicules crachent derriere eux de lourds nuages noirs et asphyxiants et, meme en pleine campagne, l'air semble sature par cette horrible odeur. La pollution atteint par endroits des proportions terribles. Partout, les ordures s'entassent : le long des routes, dans les champs et les vergers, pres des maisons et dans les cours des ecoles, aux entrees et sorties de villages. Pas un endroit ne semble etre epargne. Si cela continue ainsi, la terre sera bientot asphyxiee elle aussi, noyee sous les dechets. Les cours d'eau me donnent la nausee. Une odeur repugnante se degage du filet noireatre qui y coule. Mais tout cela ne semble inquieter personne et chacun continue a jeter ses poubelles derriere sa maison ou par la vitre de sa voiture... Je ne parviens pas a comprendre...

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La Syrie est un des pays les plus surs du monde. Le risque de se faire voler est quasi nul. Mais c'est aussi un pays ou le conrole de la population est tres strict. Le "President" Bachar El Assad, est partout. Son portrait trone dans chaque magasin, cafe ou habitation. Tous les Syriens semblent l'aimer, en tout cas c'est ce qu'ils disent. El Assad a ete reeulu en 2007 avec 97 pourcent des voix. Mais la liberte de parole semble ne pas etre totale a ce sujet... Les polices plus ou moins secretes sont nombreuses et quadrillent le pays. Plusieurs fois, j'ai vu des motards m'observer avec attention, puis s'arreter, me redoubler, s'arreter a nouveau, passer un coup de fil et me redoubler enfin, un revolver attache a la ceinture. Ce sont des policiers en civil qui me surveillent de pres. Je me suis fait aussi controle par une voiture de flics en civil sur la route d'Alep...

Apres Saraqib, je prends la direction du massif montagneux qui separe la cote mediterraneenne du desert syrien. Dans ces reliefs escarpes se nichent plusieurs merveilles dont le Chateau de Saladdin, perche sur un eperon rocheux entre deux profonds canyons qui lui servirent de protection naturelle.

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La route s'eleve ensuite dans le massif calcaire des Monts Al Sahel. En bien des endroits, des terrasses ont ete taillees dans les pentes abruptes pour permettre de cultiver la terre. En m'arretant dans un petit village pour manger un morceau, je suis intrigue par la boisson aux allures qui me sont familieres que boivent mes voisins de table. Je crois me tromper et regarde de plus pres, puis leur demande confirmation pour en avoir le coeur net. C'est bien ca. Ils boivent du mate ! Le meme qu'en Argentine, avec la bombilla et tout ! Je n'en crois pas mes yeux et file en acheter dans l'epicerie la plus proche !!! J'apprendrai plus tard comment cette boisson sud-americaine a pu parvenir jusqu'ici... Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, l’immigration arabe en Amérique latine a constitue un phénomène important par sa quantité, et particulier par sa nature. Fuyant le régime et les discriminations en vigueur dans l’Empire Ottoman venu les envahir, des Arabes – pour la majorité des Chrétiens – partirent de Tripoli ou Beyrouth pour le Brésil, la Colombie, le Chili ou l’Argentine. Quittant un empire turc où le the se boit un peu a la maniere du mate en argentine et ou le narguilé était répandu partout, ils trouvèrent peut-être dans le maté, la calebasse qui le contient et la bombilla (paille de métal) qui sert à l’ingurgiter, une version miniature de la pipe à eau, et tout l’attirail d’objets et de rituels qui l’accompagnent. A leur retour au Moyen-Orient, les fils des premiers colons ont trouvé de nouveaux pays qu’ils durent, à leur tour, reapprendre à coloniser. Les turcs partis, ils conserverent le maté, emporté avec eux pour les rappeler au souvenir des Amériques. Un souvenir aux saveurs ameres comme l'herbe du mate, mais qu'ils savent rendre plus doux en lui ajoutant beaucoup de sucre...

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Ce soir la, apres avoir franchi un impressionnant col qui m'a permis de rejoindre la Vallee d'Al Ghab, je m'installe pour bivouaquer dans une foret a l'ecart de la route. Comme bien souvent, quelqu'un vient a ma rencontre et me dit que c'est dangereux de dormir ici tout seul... parce qu'il y a des animaux sauvages ! Ben je suis bien content qu'il en reste encore quelques-uns malgre la pollution qui regne ici !!! Je lui dis que je suis habitue a dormir ainsi et qu'il n'y a pas de probleme. Il s'en va... Pour revenir trente minutes plus tard, accompagne de deux hommes, dont l'un parle anglais et me repete que c'est dangereux de dormir ici, que je suis tout seul et qu'il y a des animaux. Je serais mieux dans le village... Devant mon insistance, ils me laissent et s'en vont. Mais alors que j'allais me coucher et qu'il fait deja nuit noire, deux hommes arrivent en moto et me crient "Police, Police !". Les deux lascars, d'un QI inferieur a la moyenne de leur congeneres, m'ordonnent de sortir de ma tente et de leur donner mon passeport. Ils me repetent encore une fois qu'il y a des animaux sauvages (que j'ai effectivement entendu quelques minutes auparavant, hurlant a la tombee de la nuit). Ils me disent que ce sont des loups, des hyenes, des chacals et meme des lions !!! (Je dirais plus vraisemblablement des chacals). Je ne peux m'empecher de laisser echapper un petit rire a l'enonciation de ce dernier animal.... ce qui ne leur a guere plu. Ils appellent leur chef au telephone et ce dernier me dit, avec les trois mots d'anglais qu'il connait : "vous devez obeir et les suivre". Impossible de les faire changer d'avis. Ils ont confisque mon passeport et refusent de me le rendre si je ne les suis pas. Je me vois donc dans l'obligation de ranger toutes mes affaires, de plier ma tente (en prenant bien soin de prendre mon tremps) et de charger Yana pour les suivre en pleine nuit, jusqu'au village, ou ils me font replanter ma tente dans la cour de la maison des gardes forestiers, avec un spot allume toute la nuit sur ma tente pour ma securite !!! Quelle belle nuit j'ai passe la !! C'etait pour votre securite me repetent-ils... mais je me demande si ce n'etait pas aussi un peu pour me surveiller... Les Syriens n'aiment pas trop que l'on sorte des sentiers batus et le premier homme qui m'a vu n'a pas hesite a appeler la police pour me faire decamper... et il a reussi son coup !

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Je quitte la Syrie le lendemain, avec le sentiment de ne pas cerner totalement ce pays aux multiples facettes. Je pars donc pour un court sejour au Liban avant de revenir en Syrie du cote de Damas, dans quelques jours...