Diyarbakir - Akcakale : du 28 octobre au 3 novembre 2009
Par Gael JEANNET le dimanche, novembre 8 2009, 22:23 - Turquie - Lien permanent
28/10 : Diyabakir
29/10 : Diyarbakir - biv ap. Ovabag 63 km en 4h28'
30/10 : biv ap. Ovabag - Viransehir 48 km en 2h19'
31/10 : Viransehir - Sanliurfa 104 km en 6h16'
01 et 02/11 : Sanliurfa
03/11 : Sanliurfa - Harran 60 km en 3h01'

Diyarbakir est consideree par les Kurdes comme leur capitale en Turquie, mais c'est surtout une ville a l'atmosphere incomparable. Cerclee par de hauts remparts de basalte, elle est tout a la fois rude, mysterieuse et envoutante. Je la decouvre sous la pluie et un ciel gris et triste qui en renforce la noirceur et le cote mysterieux. Dans la cour de la grande mosquee, des hommes aux moustaches soignees vetus de salvar (larges pantalons traditionnels arabes) et coiffes de foulards mauves palabrent entre les deux sadirvans (fontaines a ablutions). En me perdant dans le dedalle de ruelles labyrinthique, je fais quelques rencontres etonnantes : Ahmet, l'ex taulard qui fume du hashish et m'invite a boire quelques thes chez lui ; Firat le guide touristique qui me parle de ses problemes de coeurs avec une Americaine tout en sirotant un ou deux verres de the dans l'atelier de son oncle qui repare et vend des antiquites.

Au detour d'une ruelle, une delicieuse odeur de pain frais me mene jusque dans une petite boulangerie ou l'on m'offre un pain encore brulant agremente d'une ribambelle de sourires et de "bienvenue mon ami". Un peu plus loin, un jeune vendeur de simits deambule avec ses petits pains ronds au sesame disposes sur un plateau qu'il tient en equilibre sur la tete...

C'est sous un ciel aussi noir que les murs d'enceinte de la ville que je quitte Diyarbakir. Une route boueuse longe le Tigre, qui n'est ici encore qu'un maigre cours d'eau, avant de s'elever vers le plateau basaltique. Quelques villages sont plantes sur ces immensites ou seules les pierres semblent pouvoir sortir de terre dans les champs de glaise. Quelques troupeaux de vaches, moutons ou chevres y trouvent pourtant leur subsistance.

Dans un de ces villages austeres aux maisons de basalate cerclees de murs noirs, on m'invite a boire un cay et a manger un bout de fromage et de pain. Les hommes y portent le foulard mauve typique de la region kurde et les femmes des vetements tres colores. Un militaire, kalachnikov en bandouliere, est la aussi... pour proteger ou surveiller le village, je ne sais pas trop... En quittant ce hameau, une dizaine d'enfants me suivent en galopant joyeusement a mes cotes.

Un peu plus loin, le plateau devient desert et la pluie se met a tomber. Je plante ma tente a quelques 1500 metres d'altitude alors que l'orage eclate. Ma tente "made in China" achetee a Kayseri montre ses limites et prend l'eau de toutes parts !!!
Au petit matin, je suis trempe et mes affaires aussi. Il fait 5 degres et un brouillard epais est tombe sur la region. L'hiver arrive doucement sur la Turquie... Je repars sur la piste boueuse qui me mene jusqu'a Viransehir ou je me refugie dans le premier hotel venu pour me secher et prendre une douche bien chaude, regardant les informations televisees qui montrent les importantes chutes de neiges qui ont eut lieu dans l'est du pays...

Le lendemain, j'arrive a Sanliurfa, toujours sous un ciel gris et triste. Sanliurfa se trouve a seulement 50 km de la frontiere syrienne, et l'influence arabe y est deja bien perceptible. Le bazar, avec ses ruelles animees et son plan labyrinthique m'emmene dans un monde hors du temps. Apres avoir deambule etre les vendeurs d'epices ou de fruits secs, entre les ferrailleurs, les couturiers et les menuisiers, les bouchers, les cordonniers et les vendeurs de textiles et de chaussures, je debouche dans la cour d'un ancien caravanserail ou des dizaines d'hommes moustachus jouent au backgammon, aux dames ou aux dominos tout en ingurgitant des litres de the.
A Sanliurfa, je suis accueilli par Celen et Martam. Le premier est sculpteur et dessinateur, la seconde est etudiante en musique. Je decouvre chez eux une autre facette de la Turquie, celle d'une jeunesse qui veut vivre a l'occidentale s'eloignant des codes et des interdits dictes par la religion.

La region qui s'etend au sud-est de Sanliurfa etait, il y a quelques annees encore, un desert. Mais le barrage Ataturk, construit sur le cours de l'Euphrate, a permis d'irriguer toute la region et l'on y cultive aujourd'hui coton et mais principalement. Pres de Harran, sans doute l'un des villages les plus vieux du monde, je suis accueilli par Mehmet et sa famille. Ils invitent pour l'accosion un autre Mehmet, parlant anglais, pour faire la traduction ! Ce dernier est prof de turc a l'ecole du village et m'apprend beaucoup de choses sur le systeme scolaire ici et notamment que si, theoriquement, l'ecole est obligatoire pour tous les enfants de 6 a 14 ans, ici, beaucoup d'enfants doivent aider leurs parents a travailler dans les champs durant un bonne partie de l'annee et ne suivent les cours que pendant les mois d'hiver. C'est ainsi que sur 45 inscrits dans sa classe, ils ne sont qu'une quinzaine a venir actuellement. C'est une difference importante entre l'est et l'ouest de la Turquie, ou tous les enfants ou presque sont scolarises toute l'annee.

Je quitte donc la Turquie apres cette derniere nuit en tant que "misafir" et je me dirige vers la Syrie. Je reviendrai en Turquie a la fin du mois de decembre si tout va bien. Ce sera alors l'hiver qui m'accueillera et qui m'accompagnera sur les routes montagneuses et enneigees et l'est de l'Anatolie...
Commentaires
Ce qu'il y a de bien dans tes écrits de ton carnet de voyage, c'est que les ambiances, les paysages et les humains y sont très bien décrits. Les photos, même si elles doivent être superbes, ne sont pas forcément nécessaires.
Bon vent à toi Gaël et et que roule ta bicyclette.
Cordialement