Tout d'abord, voici les reponses aux dernieres questions...
Turkménistan
vendredi, avril 9 2010
Question de la semaine (ou du mois...) Iran et Turkmenistan
Par Gael JEANNET le vendredi, avril 9 2010, 14:23
dimanche, avril 4 2010
TURKMENISTAN : en transit " du 29 mars au 02 avril 2010
Par Gael JEANNET le dimanche, avril 4 2010, 08:09
29/03 : Sarakhs (IR) - pres de Hanhowduz (TKM) 119 km en 7h09'
30/03 : pres de Hanhowduz - Kyrkisik 141 km en 6h45'
31/03 : Kyrkisik - Garagum desert 113 km en 5h36'
01/04 : Garagum desert - Farap 118 km en 6h12'
02/04 : Farap (TKM) - Bukhara (UZB) 125 km en 6h05'

Je suis triste ce matin en quittant l'Iran, pour plein de raisons. C'est un pays qui m'aura profondement marque et, meme si je n'aimerais pas y vivre, j'aurais aime pouvoir y rester plus longtemps.
Les formalites de sortie du pays sont expediees en quelques minutes, dans un poste de douane absolument desert... ou je crois avoir reveille le douanier au beau milieu d'une sieste monumentale ! Cote turkmene, changement de decor. De jeunes douaniers aux visages tantot russes, tantot turkmenes, chapka vissee sur la tete, me serrent la main un a un et m'invitent a venir me rechauffer pres du poele. Ils appellent la seule personne parlant anglais : une femme... sans voile ! Elle me pose plus de questions concernant mon voyage a velo que de questions d'ordre strictement professionnel, et me gratifie d'une large sourire en me souhaitant la bienvenue au Turkmenistan.

Je n'ai pas fait 15 km qu'un homme m'arrete pour me demander : "Turkmenistan guzelme ?" (Le Turkmenistan, c'est beau ?). Et je lui reponds comme par reflexe : "Tchok guzel !" (Tres beau). La langue turkmene est tres proche du turc... et ca va grandement faciliter ma communication ici !

Premier village. Maisons alignees le long d'une rue boueuse. Ambiance sovietique. Un homme en treillis me fait signe de m'arreter. - As salam aleikoum. Je cherche une epicerie. Il y en a ici ? Je voudrais acheter a manger. Il y a du pain ? lui dis-je dans un turc approximatif. - Vodka ? - Heu, non. Je voudrais plutot du pain ! - Vodka. - Non, du pain ! - Vodka ! Viens ! me dit'il en m'attrapant le bras. Il commence a m'enerver le bougre ! - Non, je n'ai pas soif. J'ai faim. Lache-moi ! Au meme instant, un gosse arrive et m'indique l'epicerie. Je m'y precipite.

La route file droit a travers la steppe. Pas le moindre relief a l'horizon, pas le moindre village pour se distraire, rien. Seulement deux alignements de poteaux electriques de part et d'autre d'une chaussee constellee de nids de poules.
Apres 80 km d'ennui, une etroite route part sur la droite. D'apres ma carte, elle constitue un joli raccourci pour rejoindre Mary. Seulement, je ne suis pas sur que ca passe vraiment... et j'ai deja eu quelques mesaventures par le passe qui m'ont appris a me mefier des cartes ! Je demande donc a une femme qui attend un moyen de transport a l'intersection. Elle me repond "oui, oui", mais j'ai l'impression que c'est plus pour se debarraser de moi qu'autre chose. Tant pis, j'y vais quand meme. Plus loin, un homme me confirme que ca passe.

L'etroit fil d'asphalte defonce longe un canal qui permet de cultiver ces terres desertiques. De petites habitations paysanes jalonnent mon avancee... et l'asphalte disparait bientot sous la boue pour 10 kilometres assez difficiles. Heureusement, le bitume reapparait bientot pour me ramener sur la route principale.
Les fleurs ont envahit la steppe en ce debut de printemps. Coquelicots et paquerettes se la coulent douce sous un soleil deja puissant, mais pas encore brulant. Je profite de la douceur de l'herbe verte pour oublier un peu les cahots de la route defoncee...

Mary est la premiere ville que je traverse (apres plus de 200 km !). Mais c'est une cite bien etrange que je decouvre (comme l'ensemble du pays d'ailleurs). Elle debute par des faubourgs delaves ou, soigneusement alignees, des centaines de bicoques de briques aux toits de tole regardent passer le temps. Devant chacune d'entre-elles, un petit lopin de terre permet a chacun de cultiver son potager. Plus loin, les habitations individuelles laissent place a d'odieuses barres de beton crasseuses ployant sous les paraboles. C'est dans ces batiments datant de la periode sovietique que semblent s'entasser aujourd'hui une bonne partie du peuple turkmene. Encore quelques tours de roues et l'avenue s'elargit. Une mosquee monumentale me fait face. Son dome d'azur semble delicatement pose sur une base d'un blanc immacule.

Tout autour d'eparpillent les batiments officiels : banques, administrations, hotels, musees... Tous exhibent une architecture titanesque, robuste, imposante, demesuree. Ici, pour garantir la proprete des lieux, des dizaines de femmes aux visages entierement voile (sans doute autant pour se proteger du soleil que du regard d'autrui) balayent les rues et les trottoirs sans relache. Et quelques centaines de metres plus loin, ce sont les memes immeubles atroces qui reprennent le pouvoir...

Mais le contraste le plus frappant lorsque l'on vient d'Iran, ce sont les couleurs ! Les femmes portent ici des vetement tres colores. La tenue la plus adorable est sans doute celle des ecolieres avec leurs longues robes vertes parees de motifs colores et leurs chapeaux brodes desquels s'echappent deux tres longues nattes ou baut desquelles sont attaches deux "pompons" blancs.

Apres la monnaie iranienne et ces petites subtilites de rials et tomans, me voici confronte aux manats turkmenes. Le premier jour, je n'ai rien compris. L'epicier me dit que je lui dois 49 manats. Je lui tends donc 2 billets de 20 et un de 10. Il me dit : "Non, non, c'est trop", prend le billet de 10 et me rend deux pieces de 10 (centimes j'imagine) ! Le deuxieme jour, j'achete des biscuits, 5500 me dit le vendeur. Il me prend un billet de 1 manat et une piece de 10 centimes. La, je comprends vraiment plus rien du tout !!! Je demande alors explication. En fait, le Turkmenistan a recemment change de monnaie, passant de l'ancien au nouveau manat. Le taux de change est de 1 pour 5000. Donc quand on me demande 5 (ou 5000), je dois donner 1. Logique, non ?

Le desert du Garagum, qui constitue la majeure partie du territoire turkmene, est vert en ce printemps, recouvert d;une herbe tendre sortie du sable a la faveur des maigres pluies de ces derniers jours. De petits rongeurs au pelage creme batifolent dans cette prairie ephemere. Mais lorsque l'ombre d'un rapace s'immice sur leur terrain de jeux, un sifflement saccade les propulse tous dans leurs trous ! Plus loin, un troupeau de dromadaires se balade nonchalamment.

Les villages se font rares. Les habitants y sont chaleureux et souriants. Lorsque je m'arrete pour prendre de l'eau (tiree d'un puits), on m'offre l'eternel tchay, a l'ombre, sur un "tapis sureleve" comme on en trouve souvent en Iran.

Turkmenabad, deuxieme et derniere ville de ma traversee du pays. Je m'y arrete pour faire quelques courses dans un epicerie. Les deux vendeuses y font leur pause dejeuner... qu'elles m'invitent a partager : du "plov". Je prends ici une bonne dose de bonne humeur !
Me voici deja a la frontiere ouzbeke apres seulement 5 jours passes dans cet etrange pays...
