Si On Jouait - A vélo en Asie

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vendredi, juin 25 2010

Tadjikistan 4 : Boucle pamirie : du 15 au 25 juin 2010

16/06 : Khorog - hameau 53 km en 3h52'
17/06 : Hameau - Jelandy 79 km en 5h24'
18/06 : Jelandy - YeshilKul 98 km en 7h16'
19/06 : YeshilKul - Khargush 77 km en 6h50'
20/06 : Khargush - Vrang 94 km en 7h11'
21/06 : Vrang - Ishkashim 95 km en 6h06'
22/06 : Ishkashim - Khorog 98 km en 5h42'
23/06 : Khorog - Dushanbe en jeep

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Mon voyage prend une tournure particulière ces derniers temps, une tournure imprévue, dictée par les contraintes administratives et les événements politiques.

N'ayant pas pu obtenir de visa chinois ici, a Dushanbe, j'avais décidé de me rendre au Kirghizistan, d'y passer un mois ou deux et, éventuellement, d'y faire une nouvelle demande de visa chinois, via une agence, a Bishkek. Mais voilà que moins de quinze jours avant mon entrée prévue au Kirghizistan, des affrontements violents ont débutés dans le sud-ouest du pays, dans la région de Osh et Jalal Abad, deux villes que traverse la seule route menant du Tadjikistan a Bishkek. Ouzbeks et Kirghizes, qui vivent depuis des décennies ensemble dans cette région, se mettent soudainement à s'entretuer. Le pays est aux portes de la guerre civile. La porte kirghize vient de se refermer brutalement devant moi.

Mon visa tadjik se terminant le 27 juin et n'ayant aucun visa pour les pays voisins, je n'ai d'autre choix que de rebrousser chemin et de quitter le pays en avion. Mais avant cela, je m'offre une dernière semaine de vélo dans les montagnes du Pamir...

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En cherchant une jeep pouvant me ramener à Khorog, j’aperçois, sur le toit d’un 4x4, un enchevêtrement de vélos et de sacoches multicolores ne laissant pas de doute sur la nature de leurs propriétaires. Je m’approche. Les trois cyclistes sont en train de discuter le prix du voyage avec leur chauffeur tout en cherchant un ou deux passagers supplémentaires. J’arrive juste au bon moment !

Le temps de faire le plein, de déposer la femme du chauffeur et son bébé, de serrer les paluches de tous les potes du voisinage, de trouver une dernière passagère et de nous soumettre à une demi-douzaine de contrôles de police et nous voilà en route !

Les 24 heures d’un chemin chaotique me permettent de faire plus ample connaissance avec mes compagnons de voyage. Il y a d’abord Julia, une blondinette d’outre-rhin âgée de tout juste 23 ans, partie de Berlin il y a moins de trois mois. A Samarqand, elle s’est séparée de son ami allemand pour suivre les roues de deux Vosgiens : Ben et Nicou. Ces derniers sont le genre de mecs avec qui on ne s’ennuie pas ! Deux joyeux lurons qui se sont donnés huit mois pour rejoindre la Mongolie. Et s’ils se trouvent avec moi dans cette jeep, c’est que, comme moi, ils ont été « refroidis » par les évènements kirghizes et ont changés leurs plans à la dernière minute. Plus question de traverser le Kirghizistan à l’heure actuelle, mais le Pamir étant une priorité de leur voyage, ils ont choisi le compromis de venir faire une petite boucle sur ce « toit du monde » - comme l’appellent les Tadjikes – quitte à faire un aller en jeep pour parcourir le chemin du retour à vélo.

Nous arrivons à Khorog de bon matin, après une nuit bien secouée où nous n’avons pu fermer l’œil qu’entre deux nids de poule… Nous n’avons cependant pas le temps de flâner – ah, ces fichus visas ! – et nous nous mettons rapidement en route, tous les quatre, pour une boucle d’une semaine, de la Pamir Highway à la vallée du Wakhan.

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Une lente et longue ascension nous attend. Trois jours nous seront nécessaires pour franchir le col de Koitezek. Trois jours assez difficiles pour moi, qui ai du mal à suivre le rythme de mes trois nouveaux compagnons, plus légers et plus affûtés que moi après plus d’un mois sans vélo ! Trois jours où nous suivons la rivière Gunt, un torrent capricieux qui se faufile bruyamment dans les méandres d’une vallée cernée par des sommets grandioses. Trois jours qui nous permettent de quitter en douceur les vallées verdoyantes et douces pour entrer dans un univers aride et inhospitalier. Trois jours pour profiter encore et encore de l’accueil pamiri qui, ici comme ailleurs, ne se dément pas. Trois jours enfin pour nous acclimater et permettre à nos corps d’emmagasiner quelques globules, étape essentielle pour nous préparer à goûter sereinement et à nous enivrer avec délice de ce parfum délicieux, « le parfum des hauteurs »…

Col de Koitezek, 4272 mètres d’altitude. La porte des étoiles. Une neige immaculée recouvre encore les paysages qu’un vent glacial se charge de garder purs. Dans les derniers kilomètres de l’ascension, les montagnes se sont arrondies, les reliefs se sont adoucis. Nos souffles se sont faits de plus en plus courts. Nous avons eu la sensation d’entrer avec douceur dans un autre monde : le monde de l’altitude, celui du soleil d’or et de l’air pur, celui du vent glacial et des espaces infinis, celui de la lumière aveuglante et des ciels étoilés...

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Le soleil brûlant peine à réchauffer l’air ambiant. Nous nous lançons avec délice dans une descente qui n’en est pourtant pas vraiment une. Nous roulons désormais sur le « Bam-i dunya », le toit du monde…

Quelques paquets de nuages noirs laissent échapper, par intermittence, de fins flocons de neige. La gifle solaire qui s’ensuit n’en est que plus piquante. Mais tout cela ne semble pas perturber les allées et venues virevoltantes des nombreuses marmottes, déjà bien grassouillettes, qui nous observent passer du coin de l’œil. Les montagnes effilées et les prairies gorgées de chlorophylle de la vallée de Gunt sont désormais bien loin derrière nous. Ici, la rondeur des reliefs et la douceur des courbes contraste avec la rudesse du climat. Rares sont les plantes qui parviennent à subsister dans cet environnement aride où l’oxygène se fait rare et où les températures nocturnes descendent largement sous zéro la quasi-totalité de l’année.

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La M41, la Pamir Highway – qui n’a, cela va sans dire, de « highway » que le nom –, nous mène jusqu'à Alichur, un village perdu sur cet immense plateau dénudé. Nous y croisons quelques bergers, de retour au bercail après une rude journée dans les vents glacés du Pamir. Mais notre journée à nous est loin d’être terminée… Il est déjà plus de 17h quand nous quittons la M41 pour nous engager sur une étroite piste de terre et de cailloux filant plein ouest, en direction du lac Yeshilkul. Le souffle d’Eole, qui jusque là nous donnait des ailes, vient maintenant nous clouer au sol et nous assèche de nos dernières forces en un rien de temps. Nous voulons avancer jusqu’au « geyser » indiqué sur nos cartes. Mais plus nous avançons, plus cet objectif semble s’éloigner de nous…

J’ai de plus en plus de mal à suivre le rythme de mes compagnons de route. Je les laisse filer. Je les ai presque perdus de vue quand, derrière une courbe du terrain, surgissent soudain deux garçons, courant dans ma direction, une roue de bicyclette à la main ! Ils sont allés faire réparer la roue de leur vélo au village et rentrent maintenant chez eux. Ils habitent dans un « gheshlagh » isolé, à quelques dizaines de minutes de marche d’ici. Et comme je ne vais guère plus vite à vélo qu’eux à pied, ils m’accompagnent. Nous ne tardons pas à retrouver Nicou, Ben et Julia, qui m’attendaient un peu plus loin. Ensemble, nous poursuivons donc jusqu’au « gheshlagh ».

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Nous y sommes accueillis avec toute la chaleur dont nous avions besoin. Nous sommes ici dans un village kirghize – environ la moitié des habitants du plateau du Pamir sont kirghizes. Seuls les deux fils les plus âgés de la famille baragouinent le tadjik – car ils sont allés à l’école. Cela nous permet de communiquer un minimum.

La maison est très rudimentaire et sensiblement différente des maisons pamiries que j’ai pu voir auparavant. Pas de piliers ni de fosse centrale dans la pièce principale. Pas d’ouverture dans le toit non plus. Le sol est recouvert de tapis et la minuscule pièce à l’entrée de la maison fait office de cuisine. C’est d’ailleurs ici que nos hotes s’entasseront pour dormir cette nuit, réservant la pièce principale pour leurs invités… L’électricité – qui ne sert qu’à l’éclairage – est fournie par un petit panneau solaire disposé sur le toit. L’eau, il faut aller la chercher dans une petite rivière qui passe tout près. On la stocke ensuite dans de grand sceaux à l’entrée de la maison. Derrière cette dernière, une yourte est installée – nous n’aurons malheureusement pas l’occasion de la visiter. Et à chaque extrémité du hameau, une tête de yak décapité accueille les visiteurs…

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Leur seule richesse et principale source de nourriture, c’est leur bétail. Une cinquantaine de chèvres et de moutons ainsi qu’une trentaine de yaks se partagent entre les deux familles qui vivent ici. Le bois est inexistant sur ces plateaux d’altitude et la cuisine se fait à la bouse de yak séchée. C’est aussi le seul – et maigre – moyen de chauffage… Soir comme matin, notre repas sera le même : « shir choy » (thé salé au lait de yak) accompagné de petits pains frais faits sur place et de yaourt au lait de yak sucré, suivi de thé noir. Un délice… même si je ne me verrais pas manger ça tous les jours de l’année…

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Au petit matin, nous sortons et avons la surprise de découvrir deux nouveaux-nés : deux petits yaks tenant à peine sur leur pattes sont venus au monde dans la nuit…

Le chemin de terre et de sable nous mène ensuite de lac en lac, dans des paysages me rappelant parfois ceux de l’Altiplano bolivien, jusqu’au pied du col de Khargush, porte d’entrée de la vallée du Wakhan.

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4344 mètres d’altitude. Voici le point culminant de mon voyage jusqu'à présent. Une longue descente s’ensuit, dotée de points de vue fantastiques sur les sommets du massif du Wakhan et de l’Hindou Kusch. Les bergers et leurs troupeaux ont désormais pris possession des lieux. Les « yaylagh » grouillent de vie. Trois mois de bonheur en perspective pour les bêtes qui se délectent des quelques brins d’herbe qu’elles arrivent à dénicher dans la caillasse…

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Nous retrouvons ensuite la vallée du Wakhan, que j’avais parcourue quelques semaines plus tôt, à pied, en compagnie de Farnaz. L’accueil y est toujours le même, les paysages aussi… La seule différence notable réside dans les villages, qui sont comme qui dirait en train de se refaire une petite beauté… Nous sommes en effet à quelques jours de la fête de l’Unité et de l’Entente Nationale. Un jour chômé qui, cette année, revêt une importance toute particulière pour cette région du pays car le Président Rakhmon ainsi que l’Aga Khan y sont attendus… Chacun s’affaire donc à donner à son village l’aspect le plus clinquant possible : on repeint les murs ici, on termine la construction d’un nouveau bâtiment là, on fixe des posters a l’effigie du Président, on bouche les trous sur la route et on y passe la niveleuse – ça c’est plutôt une bonne chose pour nous ! Les enfants des écoles répètent leur défilé, une fleur a la main, sous le regard attendri de leurs parents.

Nous retrouvons Khorog une semaine tout juste après notre départ. Il est l’heure pour moi de quitter mes nouveaux amis. Ils retournent à Dushanbe à bicyclette par la route que j’ai déjà parcourue, dans l’autre sens, il y a un mois et demi. Quant à moi, je dois refaire une dernière fois ce même trajet en jeep – mon visa tadjike se termine dans seulement trois jours.

Je quitte donc les montagnes après avoir seulement goûté quelques bribes de leur parfum. L’est du Pamir restera inconnu pour moi, tout comme les montagnes kirghizes. Je m’en vais retrouver les plaines, à contrecoeur.

De retour à Dushanbe, je me replonge dans le monde détestable de l’administration. J’ai deux jours pour obtenir un visa iranien. Je fais la navette entre l’ambassade et une agence de voyage iranienne qui gère mon dossier – qui semble n’avoir guère avance depuis une semaine… Mais après un interrogatoire plutôt tendu dans le bureau du consul, l’ambiance se détend. On m’offre un thé et me dit de patienter. Deux heures plus tard, j’ai mon visa en poche ! Inespéré !

Je m’apprête donc à quitter l’Asie Centrale avec un sentiment d’inachevé. Le Kirghizistan, tout comme le Xinjiang, resteront pour moi des rêves inaccessibles. L’Asie Centrale m’a usé. Je suis fatigué de toutes ces contraintes administratives. Je n’en peux plus de passer mon temps à courir les bureaux pour me faire renvoyer paître une fois sur deux. Je n’en peux plus de ces contrôles de police incessants et parfois malhonnêtes. Tout cela a quelque peu gâché mon voyage dans cette région du monde. Je m’attendais à autre chose. J’étais venu y chercher les grands espaces des steppes et l’air pur des montagnes. Je reste un peu sur ma faim… même si j’ai quand même passé d’excellents moments ici aussi. Je retiendrai surtout l’exceptionnel accueil que j’ai reçu ici, au Tadjikistan, et plus particulièrement dans le Pamir, tout comme les fabuleux paysages de montagnes tout au long de ma traversée du pays.

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L’Iran sera donc ma prochaine destination. Je pense y passer l’été – bien au chaud – avec pour objectif d’apprendre la langue farsi, mais aussi de prendre le temps de réfléchir à la suite de mon voyage…

dimanche, juin 13 2010

Question de la semaine : Tajikistan 3

Deux questions

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Tadjikistan 3 : Corridor de Wakhan : du 15 mai au 13 juin 2010

Frontiere naturelle entre le massif du pamirau nord et celui de l'Hindu Kuch au sud, la vallee de Wakhan apparait comme un etroit corridor, un axe de vie taille au coeur de sommets dechiquetes. La riviere Panj qui y coule, tantot paisiblement, tantot avec furie, n'est autre que le haut Amu Darya et marqe la frontiere administrative entre le Tajikistan et l'Afghanistan. Cette vallee reculee constitue aussi l'un des itineraires les plus anciens de la route de la soie. Quelques forts en ruines attestent encore du passage des caravanes de marchands. Marco Polo lui-meme a traverse cette vallee en 1274.

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Khorog, principale agglomeration du Pamir, en est le point de depart. Mon velo restera en pension ici encore quelques semaines, puisque c'est a pied et en compagnie de Farnaz, rencontree a Teheran et venue me rejoindre pour un mois, que je choisis de decouvrir ce corridor de Wakhan.

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Dans le premier village que nous traversons, un homme vient a notre rencontre :
- Vous avez faim ?
- Heu... Non, merci, ca va.
- Mais si, vous avez faim ! Allez, asseyez-vous la, on vous apporte quelque chose.
Trente secondes plus tard, nous nous retrouvons donc assis dans un abri-bus - qui n'a plus vu passer de bus depuis bien longtemps - avec une table installee devant nous et une enorme assiette remplie d'une montagne de pommes de terre sur laquelle sont poses deux oeufs au plat.

Aujourd'hui, c'est un jour special nous explique-t-on ensuite. C'est un jour ferie pour nous. C'est la fete de l'Aga Khan. Les peuples du Pamir sont en grande majorite ismaeliens. Cette religion, introduite dans la region au XIe siecle, est une branche minoritaire de l'Islam chiite qui n'utilise pas les mosquees, mais des salles de reunion denomees "janoat khane". Chaque village est dirige par un "khalifa", chef religieux qui dirige les prieres et dispense ses conseils, assiste par un "rais", le chef de la communaute. Le chef spirituel des Ismaeliens est l'Aga Khan. Karin Aga Khan IV, est ne en 1936 en Suisse et est considere par les Pamiris comme un veritable dieu vivant en sa qualite de 49eme Imam - il est un descendant direct du prophète Mahomet, par le biais de son cousin et gendre Ali (1er Imam) et de sa fille Fatima. Dans toutes les maisons que nous avons visitees, le portrait de l'Aga Khan etait present, et a chaque fois, notre hote nous precisait qui il etait et a quel point cet homme etait important pour eux. En effet, l'Aga Khan est loin d'etre une divinite abstraite car son intervention pendant la guerre civile qui secoua le pays au lendemain de son independance, dans les annees 90, a permis d'eloigner la famine qui menacait la region, grace a une aide humanitaire.

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Nous reprenons notre chemin le ventre bien plein et charges en plus d'un pain frais que l'on nous a offert. Cette premiere rencontre est a l'image de ce que l'on vivra les jours suivrants : un accueil formidable et des rencontres incoryables avec des Pamiris d'une generosite incroyable. Chaque jour, nous avons du refuser d'innombrables invitations a boire le the ou meme a passer la nuit chez des Pamiris curieux et heureux d'accueillir chez eux des etrangers... et qui plus est une Iranienne partageant leur langue - meme si, dans les vallees isolees du Pamir, de nombreux dialectes coexistent, comme par exemple le "chugnani" a Khorog ou le Wakhangi dans le Wakhan, tout le monde ou presque parle aussi le tadjiki, une langue extremement proche du persan. Et chaque fois que nous avons accepte l'invitation, l'accueil a ete excellent, sincere et fraternel, meme si la question religieuse etait parfois un peu trop presente a notre gout... Le the est ici encore la boisson par excellence, mais elle se decline en deux version : le the noir ou vert classique, consomme abondamment dans le reste de l'Asie Centrale, et le "shir choy", un the au lait (de vache ou de chevre) fortement sale, dans lequel on rajoute de l'huile figee (a defaut de beurre). Et c'est pas si mauvais que ca...

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Dans le Wakhan, ce n'est que le debut du printemps et l'alimentation est encore basee sur les reserves de l'hiver : pommes de terre, farine de ble (pain), viande et produits laitiers produits par la famille a quoi l'on ajoute du riz achete au bazar de khorog, c'est pratiquement tout ce que l'on mange ici. Les fruits et les legumes, qu'il serait trop long et couteux d'importer, ne sortiront pas de terre avant plusieurs semaines encore...

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Toutes les maisons dans lesquelles sont sommes entres sont baties selon la meme architecture. La maison pamirie traditionnelle s'organise autour d'une vaste piece centrale dotee de 5 piliers et de parties surelevees bordant les quatre cotes d'une fosse centrale. La cuisine est parfois inseree dans un angle, ou peut se trouver dans une piece attenante. Il y a aussi souvent une autres piece reservee aux invites. La piece centrale comporte peu de fenetres (souvent une seule), afin de s'isoler au mieux des rigueures de l'hiver, et la lumiere provient d'une lucarne inseree au centre du toit plat, ce dernier se composant de 4 carres concentriques representant les 4 elements du zoroastrianisme : la terre, l'air, l'air et le feu. L'ameublement se compose de tapis et de matelas - c'est la piece ou l'on dort, installant chaque soir matelas et couvertures sur le sol - d'une ou deux armoires et bien souvent d'une tele ! Les murs sont decores de photos de la famille - nombreuse, avec souvent plusieurs enfants exiles a Moscou - et de l'Aga Khan.

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Tout au long de notre remontee de la vallee de Wakhan, nous alternons marche a pied et auto-stop, profitant au maximum des fabuleux paysages qui nous entourent. Cote afghan, les sommets de l'Hindu Kuch, marquant la frontiere pakistanaise, s'elevent allegrement au-dessus de la barre des 7 000m. Dans le fond de la vallee, de nombreux cours d'eau alimentant la Panj sont autant de sources de vie autour desquelles sont installes de petits villages millenaires ou l'irrigation permet de cultiver les rares terres arables et d'elever quelques vaches, moutons et chevres.

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Beaucoup de Wakhangis nous ont parle avec regret de l'epoque sovietique. La vie y etait plus facile, les magasins mieux approvisionnes, les ventres plus remplis. Chacun avait un travail : il y avait des cultivateurs, des eleveurs, des professeurs, des macons... Chacun avait un role precis et un salaire. Aujourd'hui, chacun fait un peu tout ca a la fois pour essayer de survivre. Les magasins sont vides et chaque famille mange ce qu'elle produit. Les conditions de vie se degradent peu a peu, a l'image de la route, construite par les russes... et se degradant peu a peu pour dans un avenir proche, disparaitre totalement...

Langar, a 2800m d'altitude, est le dernier village de la vallee. Nous continuons a pied, avec l'idee de rejoindre la vallee de Chokh Dara en franchissant un col a 4400m d'altitude. Une journee de marche dans des paysages somptueux nous mene a Mitz, ou une batisse une ruines nous permet de nous abriter du vent qui souffle fort cette nuit-la.

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Nous devons ensuite bifurquer vers le nord et suivre une valle adjascente, dans laquelle une ancienne piste de 4x4 devrait nous guider vers Chokh Dara... Mais cette piste a pratiquement totalement disparue sous les eboulements et, de plus, traverse a plusieurs reprise un torrent furieux. La premiere traversee s'avere perilleuse et nous prend beaucoup de temps. Nous craignons de ne pas avoir le temps de franchir le col aujourd'hui et voyons le mauvais temps arriver, de lourds nuages noirs s'accrochant aux plus hauts sommets. Qui plus est, nous n'avons pas de carte precise de la zone - nous pensions que la piste de 4x4 serait evidente a suivre - et de la nourriture pour deux jours tout au plus. Nous prenons alors la sage decision de rebrousser chemin...

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Apres avoir marche deux bonnes heures en direction de Langar, nous appercevons, en contrebas de la route, une maison - qui semblait la veille abandonnee - grouillant de monde. Nous nous approchons. Autour d'un "shir choy", on nous explique que cette maison est un "yaylagh", une residence d'ete, pres des verts paturages de montagne. Aujourd'hui, plusieurs familles de Langar partageant ce "yaylagh" menent leurs troupeaux ici ; plus d'une centaine de betes au total, qui passeront 4 mois ici, jusqu'a fin septembre, gardees par 2 hommes, 2 femmes et deux enfants, qui resteront ici tout l'ete. Dans certains cas, ce sont les femmes et les enfants qui restent dans le "Yaylagh", tandis que les hommes restent au village pour travailler dans les champs.

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Un camion est la pour les ramener a Langar. Nous profitons de l'aubaine et grimpons dans la benne en compagnie de 35 autres personnes pour une tour de grand huit au-dessus des precipices. Le soir, alors que l'orage eclate sur les montagnes de l'Hindu Kuch, nous sommes invites par le chauffeur du camion et goutons une derniere fois a cette merveilleuse hospitalite pamirie.

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samedi, mai 15 2010

Tajikistan 2 : Dushanbe - Khorog

07/05 : Dushanbe - Farizobod 57 km en 3h32'
08/05 : Farizobod - croisement A372/M41 96 km en 8h00'
09/05 : croisement A372/M41 - route du col de Sagirdasht 80 km en 8h23'
10/05 : route du col de Sagirdasht - Darvaz 73 km en 7h15'
11/05 : Darvaz - Vallee de Vishcharb 82 km en 6h33'
12/05 : Vallee de Vishcharb - Pastchuv 92 km en 6h44'
13/05 : Pastchuv - Khorog 56 km en 4h21'
14/05 : Khorog - Dushanbe 18h de jeep !!!

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J'ai passe quatre jours a Dushanbe. Quatre jours a courrir d'une ambassade a l'autre, a faire la queue, a attendre, a perdre patience, a desesperer. Quatre jours pour rien... ou presque. Mon visa kirghize est en cours, mais n'est pas encore pret. Le consul du Pakistan m'a gentillement explique qu'etant donne qu'il n'existe pas de liaison aerienne directe entre de Tajikistan et le Pakistan, l'ambassade pakistanaise de Dushanbe ne delivre aucun visa touristique aux etrangers de passage. "Va a Beijing ou Hong Kong si tu passes par la Chine" m'a-t-il conseille ! La Chine, justement : apres trois bonnes heures d'attente sur le trottoir devant la porte de l'ambassade, j'ai enfin pu m'adresser a une aimable fonctionnaire qui, en moins de trente secondes, a regle mon dossier : "Pas de billet d'avion ? Pas de visa !". J'apprends par ailleurs que la Karakorum Highway, route qui relie le Pakistan a la Chine, est bloquee par une immense glissement de terrain qui a cree un lac de 3 km de long dans la vallee, coupant la route pour tout l'ete (au moins). Mes plans s'en retrouvent une nouvelle fois totalement chamboules. Je me retrouve dans une impasse. Il m'est desormais impossible de rejoindre l'Inde et le Nepal par voie de terre comme je l'avais initialement prevu. Prendre l'avion pour regagner l'Inde ferait perdre son sens a ce voyage. Tout ceci, ajoute a d'autres facteurs plus personnels, me fait envisager la possibilite d'un retour premature en France, a la fin de l'ete...

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Je repars donc de Dushanbe avec seulement mon permis GBAO en poche, sesame a 55 euros pour avoir acces a la region du Pamir. Heureusement, durant ces quatre jours, j'ai ete accueilli royalement par Nico et Ilona, deux Francais installes ici pour une annee. Ils m'ont permis d'oublier un peu tous ces tracas et de passer de bons moments dans la capitale tadjike.

Je quitte donc Dushanbe pour une semaine, avec l'objectif de parcourir la route me separant de Khorog, avant de revenir a Dushanbe...

Des la sortie de la capitale, la route se glisse dans des paysages montagneux d'une beaute epoustouflante. Les deux premiers jours, j'evolue dans une large vallee verdoyante. Bovins et ovins s'y delectent de l'herbe printanniere gorgee de chlorophyle, sous la surveillance attentive des bergers. Ces derniers sont souvent de jeunes enfants qui, en me voyant arriver, delaissent leur troupeau le temps d'un sprint dans ma direction, juste pour le plaisir de me saluer d'un "As salam" avec la main sur le coeur.

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La route M41 est une des principale route du pays. Elle constitue la seule voie d'acces a la region du Pamir et a la Chine. Pourtant, cette M41 n'est bien souvent qu'un maigre chemin caillouteux ou boueux taille a flanc de montagne. Je dois negocier beaucoup de passages a gue. Les torrents sont, a cette saison, gonfles par la fonte des neiges et certaines traversees se revelent perilleuses. Au milieu de l'un de ces gues, que j'avais decide de passer en poussant mon velo, le violent courant a commence a arracher mon velo du sol et a l'emporter dans ses flots dechaines. J'ai juste eu le temps de reculer pour eviter le pire. Quatre aller-retour m'ont ensuite ete necaissaires pour porter toutes mes saccoches, puis mon velo sur l'epaule, avec de l'eau glacee jusqu'a mi-cuisse.

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Dans le village de Tavildara, comme bien souvent, des enfants accourent a ma rencontre, s'approchent au plus pres et m'observent sans toutefois oser me parler, sachant que les etrangers ne comprennent pas leur langue. L'un d'eux se decide tout de meme a me demander d'ou je viens et, a sa plus grande surprise, je reponds a sa question, lui expliquant que je viens de France et que je suis parti il y a 10 mois. "Et de Dushanbe, tu as mis combien de temps ?" "3 jours". Tous les enfants me regardent alors avec des grands yeux : "Il comprend le tadjik !!! ..."

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La M41 me reserve mon premier haut col du Pamir, le col de Sagirdasht, perche a quelques 3252 metres d'altitude. La piste y est en tres mauvais etat, rendue tres boueuse par la fonte des neiges, mais les paysages qui s'offrent a moi valent largement toutes ces difficultes. J'y croise quelques marmottes et de nombreux bergers...

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De l'autre cote du col, une longue descente me mene, presque 2000 metres plus bas, dans la vallee de la riviere Panj, qui constitue la frontiere naturelle entre le Tadjikistan et l'Afghanistan. Je vais ensuite suivre cette riviere, qui n'est autre que le haut Amu-Darya, sur pres de 250 km, jusqu'a Khorog.

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La vallee est souvent etroite et extremement encaissee, herisee de pics aceres drapes de neige fraiche culminant parfois a plus de 5000 metres d'altitude. Les paysages y sont grandioses... Mais ils peuvent rapidement tourner au lugubre lorsque de lourds nuages noirs viennent s'accrocher aux sommets, plongeant la vallee dans l'ombre inquietante de ces immenses masses noires qui la dominent.

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Le l'autre cote de la Panj, parfois a a peine 50 metres de la route que je suis, se dressent de jolis petits villages afghans, batis de terre ou de pierres. Ils sont bien differents de leurs homologues tadjiks, aux maisons qui semblent plus grandes et au style architectural tres different. Cote afghan, aucune route ne relie ces petits villages. Un simple sentier, parfois taille a meme la falaise, permet aux villageois de se deplacer.

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J'y vois beaucoup de bergers guidant leurs troupeaux de chevres ou de moutons, mais aussi des "porteurs", qui remplacent les jeeps presentes du cote tadjik, ou encore des ecoliers et des ecolieres qui doivent parfois marcher plusieurs heures pour se rendre a l'ecole.

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Sur toute cette route, je recois un accueil excellent. Pour les Tadjiks, comme pour les Turcs ou les Iraniens, l'accueil de l'etranger (et du voyageur) reste ancre de la culture. Un soir, alors que je campais a l'ecart de toute habitation, un berger, qui avait du me reperer de loin avant la tombee de la nuit, est venu pour m'offrir un grand verre de lait encore chaud. Il me l'a tendu sans mot dire, a attendu que je le boive entierement, que je le remercie, puis s'en est retourne sans ouvrir la bouche.

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Un autre jour, ce sont des ouvriers qui travaillaient a la construction d'une maison dans un petit village qui m'ont invite a partager leur repas de midi : de la shorba (une soupe assez grasse avec quelques morceaux de viande de mouton, que l'on mange avec quantite de pain), accompagne de choy, mais aussi de quelques verres de vodka !!!

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J'arrive a Khorog, seule "ville" a des centaines de kilometres a la ronde, apres 7 journees de route. J'y laisse mon velo pour quelques jours, le temps de revenir a Dushanbe pour recuperer mon visa kirghize... et retrouver un etre cher...

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mercredi, mai 5 2010

Tadjikistan 1 : sur la route de Dushanbe : du 30 avril au 5 mai 2010

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Je fais mon entree au tadjikistan le 30 avril 2010, apres un passage houleux a la douane ouzbeque. La route qui doit me mener a Dushanbe remonte la vallee du Zarafchon. Des la frontiere franchie, les montagnes se redressent et la vallee devient de plus en plus etroite. Le contraste avec les vastes plaines ouzbeques est rude et je suis ravi de ratrouver les montagnes ! L'etroite route, ou alternent bitume defonce et gros galets, se fraye un passage entre la riviere et les montagnes aux pentes abruptes. En levant la tete, je peux apercevoir, jouant a cache-cache avec les nuages, des sommets culminant a plus de 5000 metres. Ici chaque parcelle de terre plus ou moins plate est cultivee et de petits villages s'eparpillent sur ces zones de verdure. L'accueil que j'y recois est excellent.

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Deux gosses d'a peine dix ans me suivent durant plusieurs kilometres, galopant a mes cotes sur leurs anes. Ils rient a en perdre haleine. Quel bonheur ! Plus loin, c'est un vieillard edente qui dans une longue cote, me suit aussi. Le rythme des anes me convient plutot bien !

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Alors que je fais une petite pause pres d'un petit village, une femme et sa fille viennent a ma rencontre. La jeune fille me tend une boule de fromage frais que je devore en quelques minutes. Elle repart alors chez elle pour m'en amener une deuxieme "pour la route".

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Les tajiks sont d'origine parsane et parlent le farsi, comme en Iran ou en Afghanistan. Ils se distinguent donc de leurs voisins ouzbeks, Turkmenes ou Kirghizes, qui sont d'origine turco-mongole et parlent des langues d'origine turque. Je parviens donc a communiquer avec les quelques mots de farsi que j'ai appris en Iran, et les tajiks sont tres surpris de voir que je peux comprendre et parler un peu leur langue, car normalement la langue de communication avec les etrangers est le russe (langue parlee par une grande majorite de la population, surtout dans les villes).

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A Aini, deux gosses me sautent dessus a l'entree du village pour me dire que deux cyclistes viennent d'arriver juste avant moi et qu'ils sont alles dans une guesthouse pour dormir. L'orage menacant, je decide de les suivre. Je fais alors la connaissance de Elyas et Reinert, un Autrichien et un Allemand. Le premier est parti en janvier dernier d'Allemagne et le second l'a rejoint recemment a Tachkent. Nous nous regalons d'un petit festin de cycliste !

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Le lendemain matin, il tombe des cordes. Nous decidons de rester a l'abri et d'attendre l'accalmie. Celle-ci arrive vers 11 heure et nous reprenons la route tous les trois. La vallee est de plus en plus etroite et aride. Les village se font de plus en plus rares. Les sommets enneiges nous surveillent du coin de l'oeil. Au village de Zarafchon, nous nous separons. Elyas et Reinart prennent une autre route que moi pour aller voir un lac dans les montagnes. Moi, je choisis de me rendre directement a Dushanbe.

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Une haute chaine de montagne me separe encore de la capitale tadjike. L'ancienne route gravit un col a 3372 metres d'altitude. Mais ce col n'a toujours pas ete ouvert depuis l'hiver et il serait trop dangereux de s'y aventurer avec mon velo. La seule autre option pour rejoindre Dushanbe est d'emprunter la nouvelle route, qui passe par un tunnel creuse sous la montagne, a quelques 2700m.

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La route s'eleve brutalement. Les paysages deviennent grandioses. La neige fait son apparition sur la bord de la chaussee. Je campe ce soir-la a 2550 metres d'altitude. Je retrouve alors la fraicheur hivernale et le ciel pur des montagnes...

Le lendemain, je dois franchir le tunnel : 6 km d'une route defoncee creusee dans la roche avec d'enormes flaques boueueses et un eclairage plus que precaire. Terrifiant ! L'air est sature de gaz d'echappement et par endroit, l'obscurite est totale. Le maigre faisceau de ma lampe frontale n'eclaire pas plus que les 2 ou 3 metres a l'avant de mon guidon. Je pedale a tatons, essayant d'eviter les plus gros trous, le coeur battant la chamade. Heureusement, la route est tellement mauvaise que les rares vehicules qui circulent ici vont tres lentement et ne representent pas le danger que je craignais en entrant dans ce tunnel. Je suis quand meme soulage lorsque je vois enfin poindre la lumiere au loin.

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Je debouche alors dans la vallee de Varzob et d'immenses montagnes enneigees me font face. Je n'ai maintenant plus qu'a me laisser descendre jusqu'a Dushanbe. Par endroits, des vestiges de coulees d'avalanches forment d'impressionnants murs de neige de plusieurs metres de haut de chaque cote de la route !

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Me voici donc a Dushanbe, la petite capitale tadjike. J'y suis accueillis par Nicolas et Ilona, deux francais installes ici depuis quelques mois. Et apres ces quatre jour de velo, le quotidien du voyageur en Asie Centrale reprend le dessus : la galere des visas ! Kirghizistan et Chine. Il me faut imperativement ces deux visas ici. Le premier est tres facile a obtenir et ne pose pas de probleme, mais pour le second, c'est une autre paire de manches ! Pour l'instant, on ma dit NIET. Mais je vais retenter ma chance vendredi... IMG_9894.JPG