Si On Jouait - A vélo en Asie

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dimanche, janvier 3 2010

Question de la semaine : Syrie 3 : du 19 au 30 décembre 2009

Une petite innovation pour cette nouvelle année...

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jeudi, décembre 31 2009

Syrie 3 : du 20 au 30 décembre 2009 : Sous l'oeil de Bachar

20/12 : Amman (JOR) - Syda (SYR) 127 km en 6h16'
21/12 : Syda - Mallah 70 km en 4h35'
22/12 : Mallah - Suweidah City 98 km en 4h19'
23/12 : Suweidah City - biv. avt Dmeir 101 km en 5h02'
24/12 : biv. avt Dmeir - Palmyra 65 km en 3h24' (+ 160 km en camping car !)
25/12 : Palmyra - Chateau sur l'Euphrate en camping-car !!
26/12 : Chateau sur l'Euphrate - biv. ap. Deir Ezzor 82 km en 4h11'
27/12 : biv. ap. Deir Ezzor - biv. avt Ash Sadaadah 87 km en 4h24'
28/12 : biv. avt Ash Sadaadah - biv. avt Al Hasakah 74 km en 4h20'
29/12 : biv. avt Al Hasakah - maison avt Al Qamishli 89 km en 4h40'
30/12 : maison avt Al Qamishli (SYR) - biv avt Mardin (TR) 92 km en 5h09'


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Il est partout. Omniprésent, omnipotent, omniscient. Peint, dessiné, photographié, sculpté, gravé. A l'entrée des villages, dans les restaurants, les salons de thé ou les épiceries, sur les enseignes des magasins et des mécaniciens, sur les vitres des voitures et les places des villages, sur les frontons des écoles et dans les salles de classe. Il est la. Ou que l'on soit il est la. Tantot seul, tantot avec son papa, tantot souriant, tantot le regard menaçant, en tenue de militaire ou d'homme d'affaires, un fusil d'assaut ou sa femme a la main, il trone sur son pays. Chacun de ses sujets se doit de l'aimer. Non, ce n'est pas un roi, c'est pire que cela... A son service, un nombre incalculable d'hommes en arme (et parfois sans arme) sillone le pays avec pour mission de faire regner l'ordre. Chacun doit se sentir étroitement surveillé, c'est la la clé de la sécurité... Je me retrouve alors moi aussi sous l'oeil de Bachar...

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Alors qu'en Turquie lorsque je demandais mon chemin, on s'empressait de m'inviter a boire un thé, qu'en Jordanie les policiers préféraient me prendre en photo aux checkpoints plutot que de me demander mon passeport, ici, en Syrie, lorsque je m'arrete dans un village pour demander mon chemin, bien souvent, un motard arrive et me demande mon passeport, se le mets dans la poche et me dit de le suivre jusqu'au commissariat. Parfois la plaisanterie dure 5 minutes, d'autres fois pres d'une heure ! On m'explique que c'est pour ma sécurité... Et une fois mon identité vérifiée, on me dit avec un grand sourire - un sourire du meme genre que celui qui trone, encardé au-dessus du bureau - "Welcome to Syria" et on se met a me proposer du thé et des biscuits alors que quelques minutes plus tot l'accueil était plutot glacial. Quelquesfois on vérifie que je n'aies pas rendu visite a l'ennemi, en prenant garde toutefois de ne jamais prononcer son nom : " Es-tu allé en Palestine ? " (Ce qui ımplıque d'entrer sur le territoire israélien). Israel est un mot tabou ici et meme les backpakers qui s'y rendent parlent entre-eux de "Dısneyland" ! Drole de parc d'attraction...

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Je suis entré en Syrie il y a deux jours et j'ai déja subit plusieurs controles. Mais aujourd'hui, s'en est trop. Je n'ai pas fait 500 metres depuis le commnissariat (ou j'ai passé une heure) qu'un mec a l'air louche, juché sur une vieille moto, un mégot au coın du bec, me klaxonne et se met a me suivre. Je le salue et continue ma route. L'homme me double et s'arrete. Je lui passe devant sans meme le regarder. Il me crie quelques mots que je ne comprends pas, visiblement énervé, redémarre, me redouble et s'arrete a nouveau, cette fois de maniere a me bloquer le passage. Je m'arrete.
- Ou vas-tu, me demande-t-il en arabe ?
- Mallah.
Il me pose d'autres questions que je ne comprends pas. Je lui dis que je suis français, touriste, et que je vais a Mallah.
- Passport, me répond-il.
- Pourquoi ?
- Police.
Et il me fait signe de le suivre au commissariat.
- Non ! J'en viens du commissariat. J'y ai passé une heure, je vais pas y retourner ! Je vais a Mallah, lui dis-je d'un ton décidé en remontant sur mon vélo. Mais il me bloque le passage. Il ne comprends pas un mot d'anglais le bougre. J'essaye de lui explıquer en arabe, mais il ne semble pas mieux comprendre... Je commence a m'énerver. Lui aussi. Je lui dit d'appeler le commissariat pour vérifier. Il semble comprendre et sort son téléphone, échange quelques mots... puis s'en va sans me dire quoi que se soit. Pas une excuse, rien ! Je suis sidéré !

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Je repars, cette fois pour de bon. Cette 1ere journée d'hiver avait pourtant bien débuté, sous un beau ciel bleu et avec les montagnes enneigées de l'anti Liban en toile de fond. Mais je suis maintenant passablement énervé. En colere contre ce pays tout entier ou je me sans sous étroite surveillance, une surveillance qui devient méfiance lorsque je m'éloigne des routes touristiques.

Ce soir, pour bivouaquer, je m'éloigne soigneuse de toute route ou habitation, et je peux enfin gouter a un peu de liberté face au soleil couchant, un maté brulant a la main...

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Heureusement, la suite de mon parcours sera moins cahotique... quoique... Sur ma carte, une belle route coupe a travers le désert dans le sud-est du pays, pour rejoindre la région de Palmyre et constitue un raccourcis de plus de 100 km par rapport a la route principale. Je choisis de l'emprunter. Au moins, dans le désert, je devrais etre tranquille !

Premiere surprise, c'est une route nouvellement asphaltée ! Elle descend progressivement vers un incroyable désert de basalte. Des pierres noires d'étendent a l'infini. Spectacle incroyable ! Le vent me pousse. Je suis aux anges.

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Mais c'était trop beau. Arrivé a Az Zalaf, le bel asphalte disparait comme par magie et la route se transforme en piste, puis en piste défoncée. Le village que j'attendais ici n'est composée que de ruines... Un camp de nomades est installé sur l'horizon, au milieu des pierres noires. Puis je vois une habitation. Je m'approche. C'est un puits, comme j'en ai vu d'autres sur la route. L'eau souterraine est captée ici pour abreuver une partie de la Syrie. Des ouvriers sont en train de le réparer. Je m'arrete. Il me disent alors que la route s'arrete la ! Au dela, ce n'est qu'une multitude de pistes de pierres qui se perdent dans le désert. Si je continue, au mieux j'arriverai a la frontiere irakienne, au pire je me ferai dévorer par une hyene... Ils me proposent de me ramener a Suweida en camion le soir meme. J'accepte et passe l'apres-midi avec eux, a boire du thé et du maté !

Me revoici donc sur la route principale. Je remonte plein nord et décide d'éviter Damas - que j'ai déja visitée il y a un mois - et d'emprunter un petit raccourci qui me mettra sur la route de Palmyre - apres avoir bien vérifié que ca passe pour de bon ! La route est parfaitement plate et bordée de petits villages anımés. Les espaces libres sont cultivés ou occupés par les Bédouins, qui se sédentarisent peu a peu, au plus pres de la capitale. En continuant vers le nord, ces villages sont remplacés par des camps militaires garnis de jeunes soldats qui viennent y accomplir leur service - un service duquel les juifs sont exemptés...

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Je traverse la poussiereuse Dmeir, y fais le plein de victuailles et m'enfonce a nouveau dans le désert, un désert de pierres et de sable qui se perd dans les brumes. Je m'apprete a passer un Noel en solitaire au coeur du désert... Mais voıla, l'imprévu va encore frapper a la porte !

Alors que je suis perdu dans mes pensées, pédalant sur une ligne droite infinie, un camping-car me double. Instinctivement, je jette un oeil a la plaque d'immatriculation. Des Français ! Je leur fais un signe de la main et leve les yeux. Je vois alors écrit sur le haut du véhicule : www.latortueselene.com ! Incroyable ! J'agite alors mon bras dans tous les sens et crie. Le camping-car s'immobilise. J'arrive a sa hauteur et le conducteur ouvre sa vitre :
- Salut.
- Salut ! Vous me reconnaissez ?
- Heu...
- Je suis Gael, on s'est croisé au Pérou il y a deux ans, a Arequipa et on avait feté mon anniversaire ensemble la-bas !

Denis, Nanou et leurs enfants Océane et Timothée, que j'avais donc rencontrés au Pérou, alors que je voyageais avec Yves autour de l'Amérique du Sud, voyagent en famille autour du monde depuis déja 3 ans a bord de leur "tortue". Lors de notre premiere rencontre, il en étaient au tout début de leur périple et nous nous retrouvons ici, en plein coeur du désert syrien, par le plus grand des hasards ! Ah, le monde est petit ! La preuve : on peut en faire le tour a vélo !!!

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Je monte dans leur "tortue" et nous roulons jusqu'a Palmyre. Nous fetons donc Noel ensemble, au milieu des ruines romaines de l'oasis de Palmyre, autour d'un merveilleux poulet aux patates - oui, difficile de trouver mieux par ici ! - mais avec quand meme du vin et du Champagne !!!

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Nous restons ensemble encore jusqu'au chateau d'Helabiye, sur la rive sud de l'Euphrate. Les Sélénites - c'est comme ça qu'ils s'appellent - filent jusqu'a Alep, tandis que je prends la direction opposée, cap au nord-est, vers la Turquie.

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Je descends l'Euphrate sur la rive gauche et je plonge dans l'histoire. Dans cette Mésopotamie qui a vu s'élever les premieres civilisations, la vie rurale le long du fleuve mythique semble n'avoir guere changé depuis des siecles. Dans les cours des maisons d'adobe, les femmes cuisent leur pain dans des fours a bois. Dans les champs les hommes re-confectionnent les canaux d'irrigation. Les enfants, en ce samedi, ne sont pas a l'école et aident leurs parents. Ils gardent les moutons ou ramassent du bois de chauffe. Quel bonheur de pédaler ici !

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Je passe dans les faubourgs de Deir Ezzor et quitte le cours de l'Euphrate pour mettre cap plein nord, a nouveau dans le désert. J'installe mon bivouac a l'écart de la route, dans une steppe infinie. Au loin brillent les feux de quelques puits de pétrole. Silence absolu.

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Le matin suıvant, je me réveille sous un ciel gris et terne. Le désert n'ne est que plus profond. Je repars a l'azimut a travers la steppe, tirant tout droit, parallelement a la route sur une dizaine de kilometres. Je rejoins ensuite la riviere Nahr Al Khabur, l'un des principaux affluants de l'Euphrate en Syrie. Je remonte son cours plein nord. Le long de cet axe de vie, les maisons de pierre ou d'adobe s'égrainent en un chapelet irrégulier. En irriguant la steppe le long du cours d'eau, les hommes y cultivent le coton ou le blé, ainsi que quelques légumes. Un ruban d'asphalte défoncé se déroule sur cette steppe sablonneuse. Je retrouve ici l'accueil cordial et franc que j'avais trouvé lors de ma premiere entrée en Syrie.

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Le filet sérucitaire de Bachar semble se distendre dans ce Far East syrien. Ici, on m'offre le pain que je veux acheter et on me régale de thé et d'aubergines farcies. On me salue et me sourie. Meme les femmes n'hésitent pas a me regarder dans les yeux, a me sourire et quelquefois meme a me parler ! Icı, elles portent des vetements et des voiles colorés. La vie semble ici heureuse, quoique rude et laborieuse...

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Ce soir, je m'éloigne de l'asphalte et trace plein est dans la steppe pour installer mon bivouac a une quarantaine de kilometres de la frontiere irakienne. A 16h, le soleil disparait derriere la ligne d'horizon. La nuit et le froid s'installent pour de longues heures...

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Le brouillard est tombé durant la nuit. Une nappe épaisse recouvre les steppes de Mésopotamie. Il fait trois degrés... Je me rapproche de l'hiver. je sors ma boussole pour retrouver la route de laquelle je m'étais éloigné de plusieurs kilometres la veille (j'avais pris soin de noter le cap a suivre pour la retrouver). Cap nord-ouest. Les pneus de Yana accrochent le sable humide. J'ai la sensation de ne pas avancer, de faire su sur-place dans ce décor uniforme. Un bruit de moteur me signale pourtant que j'ai avancé dans la bonne direction, maşis je ne vois la route que lorsque je suis a une dizaine de metres d'elle. Un homme vetu d'un long manteau noir lui decsendant jusqu'aux chevilles et la tete emmitouflée dans un cheich rouge me regarde sortir du néant. Je reprends ma route sans mot dire.

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Quelques éclats de vois me parviennent de temps a autre. Je tourne alors la tete dans leur direction et aperçois une masse rectangulaire qui se détache dans la grisaille : une habitation...

Ash Shadaadah, 1er village depuis Deir Ezzor. Il y regne une agitation anarchique. Quand je pose pied a terre, une foule de curieux s'empresse de m'entourer et de m'aaillir de questions. Pour acheter du pain, il faut trouver la boulangerie, tache parfois difficile par ici. Ma technique conciste a repérer les gens portant un sac de pain et a repérer d'ou ils viennent. J'arrive alors devant un endroit ou quelques personnent s'agglutinent devant une mınuscule fenetre percée dans un mur gris : la boulangerie ! Je fais la queue. On ne se gene pas pour me bousculer et me passer allegrement devant. Et quand vient mon tour, des bras posent des billets par dessus mon épaule, et le boulanger ne prete absolument pas attention a moi... Il me faut presque lui crier dessus pour qu'il me voie...

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Une centaine de kılometres plus au nord, j'arrive a Al Hasakah. A l'entrée de la ville, je reğere le merché et vais y faire un tour. Mais a peine ai-je fais quelques metres que me voıla encerclé par une foule de curieux qui s'entassent autour de moi jusqu'a ce que je ne puisse plus bouger ! On me met dans la main un verre de thé brulant.

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Chacun observe ma monture avec étonnement, tatant les pneus et touchant ma carte (que personne ne sait lire mais que tout le monde regarde avec attention). Lorsque je parviens a m'extirper de cette foule, on me tend des pommes et plus loin un gosse me demande si c'est bien moi qui viens de France !

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Ambiance du marché d'Al Hasakah : marche_syrie.WAV

En ville, c'est le meme cinéma. Lorsque je m'arrete pour acheter des figues et de l'huile, les gens - ou plutot les hommes car de femmes il n'y a pas - m'observent, plantés a 10 cm tout autour de moi ! Est-ce un avant gout de l'Inde ? En tout cas, je n'aime pas trop ça...

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Je reprends la route plein nord. Quelques gouttes s'échapent de la masse nuageuse. Au moment de trouver un lieu de bivouac (chose difficile dans ces plaines de Mésopotamie ou les fermes sont disséminées a ıntervalle régulier et ou aucune végétation ne me permet de m'abriter du vent ou des regards), un homme, me voyant chercher, m'invite chez lui pour la nuit ! C'est étonnant, les deux seules fois ou j'ai été invité en Syrie auront été mes premiere et derniere nuits dans ce pays. Et a chaque fois, c'étaient des Kurdes...

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Mercredi 30 décembre, je quitte la Syrie sous une pluie glaciale et je retrouve avec plaisir la Turquie... ou je m'apprete a affronter les rigueures de l'hiver...

lundi, novembre 30 2009

Syrie 2 : Damas et sa région : du 19 au 24 novembre 2009

19/11 : Anjar (LIB) - Damas (SYR) 62 km en 3h17'
20 et 21/11 : Damas
22/11 : Damas - Shahba 95 km en 4h34'
23/11 : Shahba - Dar'a 84 km en 4h16'
24/11 / Dar'a (SYR) - Amman (JOR) 130 km en 8h15'

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Damas est considérée comme la plus vieille ville au monde et regorge de monuments magnifiques dont le plus emblématique est sans aucun doute la grande mosquée des Omeyyades. Bâtie en 705, il s'agirait de la plus ancienne mosquée avec le Dôme du Rocher de Jerusalem a être encore dans son état initial. Cette mosquée, située au coeur de la vieille ville, est très fréquentée et sa grande cour intérieur est un des rares lieux calmes du centre-ville. Tout autour, s'étend le souk, presque aussi impressionnant que celui d'Alep. Je m'y promène des heures durant, tout en me régalant de petite spécialités locales, comme ces crèmes glacée tant réputées, faites à base de sahlep, une farine de tapioca qui lui assure un liant incomparable...

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Au sud de Damas, je retrouve les plateaux basaltiques désertiques semblables à ceux que j'avais vus plus au nord et en Turquie. Mais ici, les villages sont plus nombreux et l'accueil est toujours excellent. Lorsque je m'arrête pour prendre de l'eau ou faire quelques provisions, on m'offre souvent non pas du thé comme j'en avais pris l'habitude, mais du café, servi dans de minuscules dés à coudre et parfumé à la cardamone. C'est la boisson que l'on offre traditionnellement aux invités.

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A Bosra, un théâtre romain parfaitement conservé est l'occasion d'une petite pause touristique sur la route de la Jordanie et sous un soleil resplendissant. Je bivouaque quelques kilomètres plus loin, dans une oliveraie.

Le lendemain, je quitte la Syrie et file vers Amman, capitale jordanienne, sous l'oeil étonné de quelques dromadaires...

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samedi, novembre 21 2009

Question de la semaine : Syrie 1

A quoi sert cette corde...

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vendredi, novembre 20 2009

Syrie 1 : du 4 au 16 novembre 2009 :

4/11 : Harran (TR) - Zinbak (SY) 35 km en 2h19'
5/11 : Zinbak - biv. ap. Euphrate 113 km en 5h28'
6/11 : biv. ap. Euphrate - Alep 116 km en 5h35'
du 7 au 9/11 : Alep
10/11 : Alep - Al Rafadeh 47 km en 2h59'
11/11 : Al Rafadeh - Saraqib 95 km en 5h14'
12/11 : Saraqib - Ariha 33km en 2h35'
13/11 : Ariha - Al Haffeh 84 km en 4h52'
14/11 : Al Haffeh - Chatha al Tahta 61 km en 5h10'
15/11 : Chatha al Tahta - Ein Hlaqin 93 km en 5h42'
16/11 : Ein Hlaqin (SY) - Tripoli (LB) 101 km en 5h51'

J'entre en Syrie sous un ciel gris et freine par un fort vent du sud. Apres pres de deux mois passes en Turquie, je dois repartir de zero : nouvelle langue, l'arabe, nouvelle culture, nouveaux codes, nouvelle monnaie... Je me demande bien quel accueil je vais recevoir ici... et surtout comment je vais me debrouiller en arabe, moi qui me retrouve analphabete devant les premiers panneaux que je croise !

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Une partie de la reponse m'est donnee apres moins de vingt kilometres, quand Hussein, coiffe d'un keffieh rouge et vetu de l'habit traditionnel, m'invite a passer la nuit chez lui, dans sa maison d'adobe. L'un de ses six enfants, Ahmed, 20 ans, parle quelques mots d'anglais, ce qui nous permet de discuter un peu. Il me presente quelques-uns de ses cousins (tres nombreux). Ismail, l'un d'eux, me dit avoir seize freres et soeurs !!! Les familles syriennes sont en general tres nombreuses, d'autant plus que la polygamie est encore d'actualite ici... Pour cette premiere soiree - toujours en territoire kurde - l'accueil que je recois est aussi bon qu'en Turquie, me voila rassure.

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Jusqu'a Alep, la route file droit dans le desert. Quelques villages aux etonnantes maisons de terre aux toits en dome jalonnent mon avancee. Dans l'un d'eux, je m'arrete a l'ecole ou je suis recu par Yusef, l'instituteur, et Mustafa, le "maire" du village. Ce dernier me demande combien vaut une femme en France... La sienne est vieille et malade et il en voudrait une nouvelle. Pour une jeune Francaise d'une vingtaine d'annees, il serait pret a mettre un bon prix !!!

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La polygamie est tout a fait commune en Syrie. Beaucoup d'hommes ont deux ou trois femmes, voire meme quatre, limite autorisee par le Coran. Les femmes s'achetent et peuvent couter tres cher : jusqu'a six a dix mille dollars, une petite fortune quand on sait que le salaire moyen en Syrie est de 200 dollars mensuels.

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Le soleil est de retour pour mon arrivee a Alep, une ville fourmillante de vie. Je suis accueilli par Christophe, expat' francais habitant dans une splendide demeure perdue dans le dedalle de ruelles du quartier armenien.

Le souk d'Alep est sans doute l'un des plus beaux et des plus traditionnels du Moyen Orient. Vendeurs d'epices, de tapis, de foulards, de tissus, de viande, de vetements, de bijoux en or ou en argent, de savons et de cosmetiques, de cordes, de chaussures, de cannes ou de balais, de poissons ou de fruits et legumes, tous se melangent dans ce souk dont les allees couvertes forment un labyrinthe de plus de 6 kilometres. De quoi se perdre plusieurs heures ! J'y croise beaucoup de femmes vetues de la burqa. Je n'en avais vu que tres rarement en Turquie, mais ici beaucoup de femmes sont entierement couvertes de noir. Certaines ont seulement les yeux apparents, d'autres une plus grande partie du visage... La religion semble ici bien plus severe qu'en Turquie.

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Je quitte Alep par de riches quartiers residentiels... qui s'arretent net sur une decharge ou quelques tentes de toile de jute abritent ceux que la ville a rejetes, mais a laquelle ils semblent tout de meme vouloir s'accrocher... Plus loin, je traverse des villages crasseux ou des camions toussotant defoncent un peu plus la route a chacun de leur passage tout en m'envoyant dans les narines des nuages noirs de mazout. Desagreable sensation... Heureusement, la route s'eleve bientot dans un massif calcaire de toute beaute. Les paysages deviennent mediterraneens avec leurs collines couvertes de garrigue et leurs plantations d'oliviers. C'est au milieu de ces paysages que se dressent les ruines de l'eglise de Saint Simeon, datant du Veme siecle. Dans cette eglise aurait vecu Saint Simeon, qui serait reste durant 37 ans au sommet d'une colonne pour mediter. Les vestiges de cette colonne sont toujours visibles aujourd'hui sur le site.

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Le lendemain, je me reveille dans une ambiance feutree. Un discret voile de brume enveloppe la "ville morte" qui m'a servi de lieu de bivouac. Au loin, je distingue la vallee noyee sous une mer de nuages. Mais ici, les premiers rayons du soleil viennent timidement me rechauffer. Une etroite piste de terre rouge bordee de murets de pierres blanches me mene vers d'autres ruines, puis jusqu'a un village ou je suis invite par Ahmed a prendre le petit dejeuner. Ce dernier parle un petit peu anglais et m'explique que sa femme est agee et qu'il en voudrait une autre, si possible parlant anglais et francais. Elle lui serait alors tres utile pour son projet de construire une guesthouse ici. Et puis, il n'a que huit enfants, ce n'est pas suffisant. Il en veut beaucoup plus !!!

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Dans la campagne syrienne, la recolte des olives, un des principaux produits agricoles du pays, bat son plein. Des familles entieres passent leurs journees a cueillir ces fruits qui permettront de produire, entre autres, une huile de qualite.

Dans la petite ville de Saraqib, je suis accueilli par Iyas et ses cousins, Kinan et Hasan. Encore un accueil exceptionnel chez ces jeunes syriens desireux de voyager eux aussi dans le monde entier.

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Entre Saraqib et Latakie, une autoroute est en construction. Certaines portions sont presque terminees. Il ne manque que les finitions... et certains ne se genent pour pour l'emprunter, roulant a droite ou a gauche de la chaussee, sans se soucier de ceux qui font de meme et peuvent arriver en face ! Mais que fait la police ??? Ben la meme chose !!! Il est etonnant de remarquer, dans un pays si controle et ou les libertes individuelles sont souvent reduites, qu'il existe cependant une totale absence de controle des que l'on tient un volant dans les mains. L'anarchie devient la seule regle et les Syriens, pourtant si courtois, souriants et attentionnes, peuvent devenir de vrais monstres sans scrupules lorsqu'ils tiennent un volant. Plus question de faire de courtoisies. C'est le plus gros (ou celui qui a le plus puissant klaxon) qui passera le premier... autant dire que j'ai peu de chances de me faire respecter !

La Syrie est un pays superbe, dont le peuple, si accueillant, en fait toute la richesse. Ici, on me l'a dit a plusieurs reprises, je ne suis pas considere comme un touriste, ni meme comme un ami, mais comme un frere. Le vernis est beau et l'on aurait envie d'en rester la. Mais des que l'on cherche a creuser un peu et que le vernis cede, on decouvre de grandes zones d'ombre qui viennent noircir le tableau.

Il y a tout d'abord cette odeur de mazout brut qui flotte sur toutes les routes du pays. Beaucoup de vehicules crachent derriere eux de lourds nuages noirs et asphyxiants et, meme en pleine campagne, l'air semble sature par cette horrible odeur. La pollution atteint par endroits des proportions terribles. Partout, les ordures s'entassent : le long des routes, dans les champs et les vergers, pres des maisons et dans les cours des ecoles, aux entrees et sorties de villages. Pas un endroit ne semble etre epargne. Si cela continue ainsi, la terre sera bientot asphyxiee elle aussi, noyee sous les dechets. Les cours d'eau me donnent la nausee. Une odeur repugnante se degage du filet noireatre qui y coule. Mais tout cela ne semble inquieter personne et chacun continue a jeter ses poubelles derriere sa maison ou par la vitre de sa voiture... Je ne parviens pas a comprendre...

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La Syrie est un des pays les plus surs du monde. Le risque de se faire voler est quasi nul. Mais c'est aussi un pays ou le conrole de la population est tres strict. Le "President" Bachar El Assad, est partout. Son portrait trone dans chaque magasin, cafe ou habitation. Tous les Syriens semblent l'aimer, en tout cas c'est ce qu'ils disent. El Assad a ete reeulu en 2007 avec 97 pourcent des voix. Mais la liberte de parole semble ne pas etre totale a ce sujet... Les polices plus ou moins secretes sont nombreuses et quadrillent le pays. Plusieurs fois, j'ai vu des motards m'observer avec attention, puis s'arreter, me redoubler, s'arreter a nouveau, passer un coup de fil et me redoubler enfin, un revolver attache a la ceinture. Ce sont des policiers en civil qui me surveillent de pres. Je me suis fait aussi controle par une voiture de flics en civil sur la route d'Alep...

Apres Saraqib, je prends la direction du massif montagneux qui separe la cote mediterraneenne du desert syrien. Dans ces reliefs escarpes se nichent plusieurs merveilles dont le Chateau de Saladdin, perche sur un eperon rocheux entre deux profonds canyons qui lui servirent de protection naturelle.

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La route s'eleve ensuite dans le massif calcaire des Monts Al Sahel. En bien des endroits, des terrasses ont ete taillees dans les pentes abruptes pour permettre de cultiver la terre. En m'arretant dans un petit village pour manger un morceau, je suis intrigue par la boisson aux allures qui me sont familieres que boivent mes voisins de table. Je crois me tromper et regarde de plus pres, puis leur demande confirmation pour en avoir le coeur net. C'est bien ca. Ils boivent du mate ! Le meme qu'en Argentine, avec la bombilla et tout ! Je n'en crois pas mes yeux et file en acheter dans l'epicerie la plus proche !!! J'apprendrai plus tard comment cette boisson sud-americaine a pu parvenir jusqu'ici... Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, l’immigration arabe en Amérique latine a constitue un phénomène important par sa quantité, et particulier par sa nature. Fuyant le régime et les discriminations en vigueur dans l’Empire Ottoman venu les envahir, des Arabes – pour la majorité des Chrétiens – partirent de Tripoli ou Beyrouth pour le Brésil, la Colombie, le Chili ou l’Argentine. Quittant un empire turc où le the se boit un peu a la maniere du mate en argentine et ou le narguilé était répandu partout, ils trouvèrent peut-être dans le maté, la calebasse qui le contient et la bombilla (paille de métal) qui sert à l’ingurgiter, une version miniature de la pipe à eau, et tout l’attirail d’objets et de rituels qui l’accompagnent. A leur retour au Moyen-Orient, les fils des premiers colons ont trouvé de nouveaux pays qu’ils durent, à leur tour, reapprendre à coloniser. Les turcs partis, ils conserverent le maté, emporté avec eux pour les rappeler au souvenir des Amériques. Un souvenir aux saveurs ameres comme l'herbe du mate, mais qu'ils savent rendre plus doux en lui ajoutant beaucoup de sucre...

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Ce soir la, apres avoir franchi un impressionnant col qui m'a permis de rejoindre la Vallee d'Al Ghab, je m'installe pour bivouaquer dans une foret a l'ecart de la route. Comme bien souvent, quelqu'un vient a ma rencontre et me dit que c'est dangereux de dormir ici tout seul... parce qu'il y a des animaux sauvages ! Ben je suis bien content qu'il en reste encore quelques-uns malgre la pollution qui regne ici !!! Je lui dis que je suis habitue a dormir ainsi et qu'il n'y a pas de probleme. Il s'en va... Pour revenir trente minutes plus tard, accompagne de deux hommes, dont l'un parle anglais et me repete que c'est dangereux de dormir ici, que je suis tout seul et qu'il y a des animaux. Je serais mieux dans le village... Devant mon insistance, ils me laissent et s'en vont. Mais alors que j'allais me coucher et qu'il fait deja nuit noire, deux hommes arrivent en moto et me crient "Police, Police !". Les deux lascars, d'un QI inferieur a la moyenne de leur congeneres, m'ordonnent de sortir de ma tente et de leur donner mon passeport. Ils me repetent encore une fois qu'il y a des animaux sauvages (que j'ai effectivement entendu quelques minutes auparavant, hurlant a la tombee de la nuit). Ils me disent que ce sont des loups, des hyenes, des chacals et meme des lions !!! (Je dirais plus vraisemblablement des chacals). Je ne peux m'empecher de laisser echapper un petit rire a l'enonciation de ce dernier animal.... ce qui ne leur a guere plu. Ils appellent leur chef au telephone et ce dernier me dit, avec les trois mots d'anglais qu'il connait : "vous devez obeir et les suivre". Impossible de les faire changer d'avis. Ils ont confisque mon passeport et refusent de me le rendre si je ne les suis pas. Je me vois donc dans l'obligation de ranger toutes mes affaires, de plier ma tente (en prenant bien soin de prendre mon tremps) et de charger Yana pour les suivre en pleine nuit, jusqu'au village, ou ils me font replanter ma tente dans la cour de la maison des gardes forestiers, avec un spot allume toute la nuit sur ma tente pour ma securite !!! Quelle belle nuit j'ai passe la !! C'etait pour votre securite me repetent-ils... mais je me demande si ce n'etait pas aussi un peu pour me surveiller... Les Syriens n'aiment pas trop que l'on sorte des sentiers batus et le premier homme qui m'a vu n'a pas hesite a appeler la police pour me faire decamper... et il a reussi son coup !

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Je quitte la Syrie le lendemain, avec le sentiment de ne pas cerner totalement ce pays aux multiples facettes. Je pars donc pour un court sejour au Liban avant de revenir en Syrie du cote de Damas, dans quelques jours...