Mardi 14/07 : Chamonix (FR) - Vercorin (CH) 91 km en 5h25'
Mercredi 15/07 : Vercorin - Bivouac avant Sankt Niklaus 84 km en 5h35'
Jeudi 16/07 : biv. avt St Niklaus - Zermatt 31 km en 2h43' + 5h30 de randonnée
Vendredi 17/07 : Zermatt (repos sous la pluie)
Samedi 18/07 : Zermatt - biv. près de la Gandegghütte 3h45 de randonnée
Dimanche 19/07 : biv. près de la Gandegghütte - Zermatt - biv. avt St Niklaus 9h30 de randonnée en montagne + 25 km de vélo en 1h03'
Lundi 20/07 : biv. avt St Niklaus - biv. ap. Ambri 110 km en 7h07'
Mardi 21/07 : biv. ap. Ambri - Colle del San Bernardino 98 km en 7h02'
Mercredi 22/07 : Colle del San Bernardino - biv. 6km avant l'Albulapass 88 km en 5h52'
Jeudi 23/07 : biv. 6km avant l'Albulapass - Pontresina 46 km en 3h17' + 1h30 de randonnée

C'est le 14 juillet, jour de la fête nationale, que je choisis de quitter la France... En sortant de Chamonix, quelques gouttes viennnet me rafraîchir pour gravir le col des Montets avant que je ne plonge vers la Suisse. Adios Francia ! Je ne reviendrai que dans un bout de temps !
Le col de la Forclaz, première difficulté de mon parcours suisse, me permet de basculer dans la vallée du Rhône, où je me retrouve accablé par les 36 degrés qu'affiche mon thermomètre. La vallée est parfaitement plate et bordée de cultures fruitières. C'est la saison des abricots. Tous les cinq cents mètres, un stand improvisé sur le bord de la chaussée propose ses abricots fraîchement cueillis, tous plus beaux les uns que les autres.
Mon objectif du jour était de grimper dans le Val d’Anniviers, afin de bivouaquer avec vue sur les sommets. Mais la chaleur me fusille et un orage arrivé subitement vient me stopper net dans l’ascension, à 950 mètres d’altitude. Je plante ma tente en quatrième vitesse, mais suis tout de même trempé… Heureusement, il fait encore bien chaud !

Une atmosphère orageuse m’accompagne le lendemain jusqu’à Grimentz. Les 4000 du Val d’Anniviers restent perdus dans les nuages, dommage. Mais le détour jusqu’à Grimentz valait le coup, rien que pour admirer les chalets de bois aux balcons fleuris de ce petit village de montagne.
Le beau temps ne voulant pas venir, je redescends pour aller dans la vallée suivante, celle de Zermatt.
Zermatt attire de nombreux touristes car, au-dessus de ce petit village jadis paisible, se trouve le Cervin, montagne à la silhouette pyramidale parfaite, sommet le plus connu de Suisse. Ici, il est appelé Matterhorn, car je suis désormais en Suisse alémanique. Le premier à en atteindre la cime fut l’alpiniste britannique Edward Whymper, le 12 juillet 1865, au cours d'une ascension qui prit un air tragique au cours de la descente, où quatre de ses compagnons d'ascension firent une chute mortelle. Aujourd’hui, de nombreux alpinistes amateurs s’attaquent à ses pentes rocheuses.

Lorsque j’arrive à Zermatt, le temps est radieux et je prends juste le temps de poser mon vélo au camping et de prendre mon sac à dos avant de partir marcher vers les sommets. Le Matterhorn ne se laisse pas voir longtemps, se dissimulant bientôt derrière une cape nuageuse. Les autres sommets du massif, en revanche, se laissent admirer, allant du Mont Rose au Weisshorn, en passant par le Liskam, le Breitorhn ou le Zinalrothorn.

La pluie martèle le toit de ma tente qui vacille sous les rafales de vent. Un nouveau coup de tonnerre rugit et résonne dans toute la vallée. Je reste dans mon duvet… Je comptais monter au Breithorn aujourd’hui, un sommet de plus de 4000m… dommage. J’attendrai demain.
Lorsque la pluie a cessé, je pars faire un tour dans Zermatt, qui me montre son visage des jours capricieux. Les sommets sont absents, dissimulés par les nuages. Les touristes en revanche, sont bel et bien là, fouinant dans les boutiques Rolex ou Tissot. Beaucoup de gens très différents se côtoient ici, un peu comme à Chamonix : les touristes de la haute société, se partagent le pavé avec les japonais en tour organisé, les randonneurs et les alpinistes… mais plus rares sont les routards dans ces contrées où tout est si cher ! Je croise tout de même au camping, un Japonais à l’allure différente. Son sac à dos rafistolé et ses vêtements pas de première jeunesse le font sortir du lot. Effectivement, le jeune homme parcours le monde avec son sac à dos comme seul compagnon depuis déjà trois ans. Nous échangeons quelques impressions.

Dès 18 heures, la pluie se remet à tomber, avec un lenteur qui dit qu’elle vient pour s’installer. Toute la nuit, je suis bercé par le tintement des gouttes sur ma toile de tente et au matin le ciel est toujours aussi sombre. La neige est tombée très bas, à quelques centaines de mètres au-dessus de Zermatt. La météo, cependant, annonce une amélioration pour la fin de journée et du beau temps pour le lendemain... J'hésite. Je décide d'attendre encore un peu pour voir s'il y a une petite amélioration.
A midi, la pluie tombe toujours. Je suis prêt à plier bagages et à redescendre quand je croise trois polonais rencontrés au camping, sac au dos. Ils montent vers le refuge pour tenter l'ascension du Breithorn demain. Je leur dis alors sans hésiter : "Je vais faire la même chose !". Et voilà. Une heure plus tard, me voici moi aussi en route vers les sommets, alors que la pluie peine à cesser.
Mon sac est très lourd, avec tente, réchaud, duvet, vivres et matériel de montagne, mais plus je monte et plus le temps semble s'améliorer : les nuages s'effilochent les uns après les autres et lorsque j'arrive au pied du glacier Theodulo, tous les sommets sont dégagés. La neige tombée cette nuit recouvre tout à partir de 2500 mètres. Ambiance hivernale pour le bivouac de ce soir, sur le glacier, avec un panorama à 360 degrés sur les 4000... Au coucher du soleil, il n'y a presque plus un nuage dans le ciel et le Mont Rose porte ce soir merveilleusement bien son nom... Je ne regrette vraiment pas mon choix de midi, quand je me disais qu'au pire, j'allais passer une nuit pourrie, dans le brouillard et la neige... mais "qui ne tente rien n'a rien" m'étais-je dit !

Lorsque le soleil a jeté ses dernières forces sur le Pointe Dufour du Mont Rose, je me glisse dans mon duvet. Mon thermomètre affiche, moins six degrés. La nuit s'annonce fraîche...

Mais finalement la température ne descendra pas plus bas. Elle grimpera même durant la nuit et lorsque je me réveille, à 4h30, il fait seulement moins trois degrés. Ce n'est pas bon signe. Je sors le tête de ma tente et y découvre un ciel voilé de nuages bas. Les sommets ont disparus. Je décide tout de même de partir.
Le plafond nuageux descend à mesure que je m'élève, jusqu'à ce que ce qui devait arriver arriva : je me rerouve dans la purée de pois. Le vent se lève à son tour et soulève des vagues de neige fraîche qu'il me jette à la figure... ça me rappelle le Mont Blanc ! Mais cette fois, je veux continuer.

Arrivé au col du breithorn, à 3820m, quelques brèves trouées de ciel bleu me font espérer. Le sommet n'est plus qu'à 250 mètres au-dessus de moi, mais reste invisible. Ce n'est que lorsque j'arrive sur l'arrête sommitale que le ciel se déchire, laissant apparaître tous les plus hauts sommets. Magique ! Me voilà à 4164 mètres, seul au sommet du Breithorn. Quel bonheur !

De retour dans la vallée, je retrouve Yana pour une courte traversée de la Suisse vers l'est. Le soleil levant m'indique la route à suivre... et celle-ci passe par le Nufenenpass, un col difficle qui me mène jusqu'en Suisse italienne, avant que je ne retrouve la Suisse allemande derrière le Passo del San Bernardino.
Des bleues, des noires, des jaunes, des rouges, des oranges... qu'est-ce que j'en vois ces jours-ci des sacoches de cyclotouristes ! Je suis vraiment surpris par leur nombre par ici. J'en croise une bonne douzaine, plus ou moins chargées, chaque jour. Mais croiser un cyclo ici ou au fin fond de la Bolivie, c'est très différent. Si là-bas, on s'arrêtait, on discutait, voire on restait des heures ou des jours ensemble, ici, on se fait à peine un petit signe de la main... trop de cyclos !

Jeudi 23 juillet, après avoir franchi l'Albulapasss je rejoins Pontresina, où mes parents me rejoignent pour quelques jours...