05/08 : Cortina d'Ampezzo (IT) - biv. pres de Gundersheim (AUT) 114 km en 6h40'
06/08 : Gundersheim (AUT) - Bivak Pod Luknjo (SLO) 107 km en 6h25' + 1h30 de marche
07/08 : Bivak Pod Luknjo - Triglav - biv. avt Jesenice 14 km en 50' + 8h de marche
08/08 : biv. avt Jesenice - biv. pres de Bohinjska Bistrica 74 km en 4h33'
09/08 : biv. pres de Bohinjska Bistrica - Ljubljana 100 km en 6h38'
10/08 : Ljubljana
Mercredi 5 aout 2009, cela fait tout juste un mois que mon voyage a débuté et je quitte aujourd'hui a la fois Cortina d'Ampezzo et l'Italie. Mes parents, qui étaient venus me rejoindre quelques jours a Cortina, m'accompagnent jusqu'au col de Cimabianche, ou je leur dis cette fois au revoir pour de bon...

Quelques tours de roues plus tard, j'entre en Autriche, pour une breve traversée de ce beau pays. De ma courte incursion en territoire autrichien, j'en retiendrai certainement le vert, cette couleur tendre et vive a la fois qui colore les alpages qui bordent la vallée du Gail, que j'ai suivie durant presque toute ma traversée. J'en retiendrai aussi les petits villages aux chalets de bois joliment décorés avec leurs balcons débordant de fleurs. J'en rentiendrai également ces élégantes églises aux clochers surmontés d'un bulbe souvent vert comme les prés. J'en retiendrai enfin l'odeur de l'herbe coupée, car on fauche les prés et on met le foin a sécher ces jours-ci dans la vallée du Gail. Et puis je retiendrai enfin ce joli bivouac en bord de riviere, pres de la piste cyclable qui descend la vallée.

Ma rapide traversée de l'Autriche aura duré a peine plus de 24 heures. Jeudi a midi, je suis au sommet du Wurzen pass, qui garde la frontiere Slovène avec ses terribles pentes a 18 %. Dans la descente qui suit, les sommets des alpes juliennes et du massif du Triglav m'apparaissent, véritables lances de calcaire dressées vers le ciel. Je fais une halte a Kranjska Gora puis poursuis jusqu'au bout de la route qui monte dans le vallée de Vrata, jusqu'a venir buter contre la face nord du Triglav : un véritable rampart de plus de 1500 metres de haut quasiment vertical !!!

En arrivant ici, je comprends le véritable culte qu'e vouent les Slovènes a cette montagne. En slovène, son nom signifie « montagne à trois têtes » (il porte le nom de Monte Tricorno en italien ou Dreikopf en allemad). Le Triglav représente pour les Slovènes un symbole lié à la conscience nationale, figurant d’ailleurs sur leur drapeau ou sur leur nouvelle pièce de 0,50 € (l'Euro est la monnaie officielle de Slovénie depuis le 1er janvier 2007). A vrai dire, il semble difficile en Europe de trouver un autre pays qui honore de cette manière sa plus haute montagne. D’autant que cela est loin d’être nouveau puisque les ancêtres des Slovènes considéraient que le Triglav était la demeure des dieux. La montagne incarne en effet une vieille divinité slave dénommée Svarog ou Triglav, le dieu « à trois têtes ». Avec sa première tête, il possederait le ciel, avec la deuxième la terre et avec la troisième, inclinée vers le bas, le monde souterrain. Il serait ainsi le père de toutes les divinités slaves.

Cette région est également à l'origine de la légende slovène de Zlatorog, le chamois blanc aux cornes d'or, gardien des trésors des Vieux-Slaves. Cette légende raconte que le chamois vivait dans les vallées et sur les sommets du Triglav, dans un jardin paradisiaque, et était le gardien d'un trésor caché. Un jour, un chasseur vint pour voler le trésor et tira sur Zlatorog. Du sang s'échappa de sa blessure, ce qui fit sortir de terre de magnifiques fleurs rouges. Zlatorog en mangea une et revint alors à la vie. De rage, il tua le chasseur et détruisit son paradis, puis il disparut à jamais en emportant le secret de son trésor.

"Le Triglav n'est pas seulement une montagne, c'est un royaume." Voici ce qu'en a dit Julius Kugy, célèbre écrivain slovène, dans son livre Iz mojega življenja v gorah (« De ma vie dans les montagnes »). Cette phrase résume assez bien ce que représente cette montagne ici. D'après une vieille coutume, chaque Slovène doit y monter au moins une fois dans sa vie, vœu qu'aurait reformulé Milan Kučan, premier président de la république slovène, en 1991.
Il n’est donc pas étonnant que cette majestueuse montagne fut une des premières des Alpes à être gravie, huit ans avant la première ascension du Mont Blanc, en 1778, et qu'elle continue a etre l'une des montagnes les plus gravies d'Europe.
Arrivé au bout de la route, je laisse donc Yana au refuge d'Aljazev Dom et grimpe a pied jusqu'au "bivak Pod Luknjo", une cabane installée a 1500 mètres d'altitude, dans la foret qui jouxte la face nord. Je trouve la deux Hongrois et un couple de Tchèques déja installés, en trek pour quelques jours dans le massif. Nous faisons connaissance autour de leurs fioles de gnoles locales, a la lueur de la lune montante (et moi, je n'ai que de l'eau a leur proposer !). Nous échangeons quelques informations sur le massifs et blaguons a propos des ours qui pourraient venir nous rendre visite cette nuit...

Étant donné qu'ils sont dëja quatre dans le petit intétieur, et que j'ai monté mon matelas et ma bache, je décide de dormir a la belle étoile... Il serait dommage de ne pas profiter de ce beau ciel étoilé...
1h15 : un buit de branches cassées me réveille en sursaut. J'entends des pas, les pas d'un animal qui se dirige vers moi, les pas d'un gros animal qui descend de la montagne ! Des roches roulent dans le pierrier tout proche, des branches craquent... Et si c'était un ours ! Je bondis hors de mon duvet (si tant est que l'on puisse bondir d'un duvet... en fait on rampe plutot lamentablement !), pret a rentrer a l'intérieur de la cabane. J'éclaire la zone d'ou viennent les bruits. Rien. Les pas semblent s'éloigner vers la vallée... Je reste une bonne dizaine de minutes la, debout, a attendre que les bruits cessentm que l'animal s'éloigne, hésitant a rentrer mais refusant de céder a la peur. Je me rassure en me disant qu'il y a tres peu de chances que ce soit un ours et encore moi pour qu'il m'attaque. Je me recouche donc, mais quand meme un peu plus pres de la porte de la cabane, histoire de pouvoir m'y réfugier rapidement en cas de visite impromptue. Je mets plus d'une heure a retrouver le sommeil malgré la fatigue, sursautant au moindre vol d'insecte... (je suis pas encore tout a fait pret pour la Sibérie !).
5h00, le jour pointe enfin. Je me leve sans tarder, déjeune et me mets en marche. J'atteins rapidement le col de Luknja, ou je rejoins une arete rocheuse que je dois désormais suivre. Le sentier est tres aérien, avec des portions cablées. Sur un replat herbeux, je croise un groupe d'une quinzaine de bouquetins remontant paisiblement vers les hauteurs... C'était peut-etre tout simplement eux que j'ai entendu cette nuit.

Alors que je n'ai vu que six personnes depuis ce matin, en débouchant au sommet, j'y trouve une cinquantaine de gus montés par l'autre coté. Ca fait du bruit, ca s'énerve, ca se félicite, ca téléphone. Chacun crie sa victoire en atteingant le sommet. Les uns font la queue pour se faire photographier devant la cabane plantée au sommet, tandis que les autres achetent des bieres pour savourer leur exploit a un vendeur improvisé qui a flairé la bonne affaire ! Les Slovenes sont fideles a leur montagne !
Sur la route de Ljubljana, je passe par les lacs de Bled (un bled bien trop touristique a mon gout) et de Bohinjsko Jezero. Les paysages de montagnes boisées et de rivieres aux eaux cristallines sont idylliques.

A Ljubljana, la petite capitale slovene, je suis accueilli par Robin, un cycliste passionné qui parcourt le monde a bicyclette par petites touches de quelques semaines, depuis des années. Je reste une journée ici pour me reposer et visiter la ville, avant de reprendre la route vers la Croatie, puis la Bosnie.