16/11 : Ein Hlaqim (SYR) - Tripoli (LIB) 101 km en 5h51'
17/11 : Tripoli - Beirut 104 km en 5h39'
18/11 : Beirut - Anjar 58 km en 4h35'
19/11 : Anjar (LIB) - Damas (SYR) 62 km en 3h17'
Je n'avais pas prévu de traverser le Liban. Mais a Alep, j'ai rencontré beaucoup de voyageurs qui m'ont incité a faire un crochet par ce petit pays, coincé entre la Syrie et Israël. Malgré la taille réduite de cet état (deux fois plus petit que l'Auvergne), il possède des visages très contrastés et j'ai vraiment eu l'impression de traverser trois pays totalement différents...
Je franchis la frontière près de la côte méditerranéenne, a l'extrême nord du pays. La route trace droit entre les orangeraies sur un fond de sommets enneigés. Ma première vision du Liban est plutôt agréable. Au détour d'un virage, la mer m'apparait, une mer d'huile sous un ciel de plomb. La route s'approche de la rive, mais sur la plage de galets que je longe désormais s'entassent les ordures. L'odeur y est insupportable. Quelques rats courent entre les détritus. Voila ce que les hommes ont fait de la Méditerranée...

Un peu plus loin, des bidonvilles sont posés au milieu des ordures. Des gosses crasseux me demandent des dollars tandis qu'un camion me noie dans un nuage de mazout. La route à deux fois deux voies qui me conduit à Tripoli est horrible. La circulation y est anarchique et elle est bordée d'autant de décharges que de carcasses de véhicules ou de maisons en piteux état. Avec la mer à droite et les montagnes enneigées à gauche, le tableau pourrait pourtant être idyllique...
Les faubourgs de Tripoli sont faits d'immeubles crasseux sur lesquels les marques de la guerre sont encore bien visibles (la dernière guerre entre Israël et le Liban date de l'été 2006). Dans les rues de la ville, les militaires sont omniprésents. Je dois franchir plusieurs check-points pour arriver enfin dans le centre-ville, crasseux et peu accueillant... Il me faudra près de deux heures pour trouver un hotel qui m'accepte avec mon vélo !

Entre Tripoli et Beyrouth, la route longe la côte. Le ciel est bleu, la mer turquoise par endroits, mais les bords de mer sont bétonnés, barricadés ou, lorsqu'ils sont libres, croulent sous les ordures. Plus je m'approche de la capitale et plus la circulation s'intensifie. Au dela de Byblos, station balnéaire réputée, tout change. Le traffic d'abord : le vieilles mercedes cabossées sont remplacées par des 4x4 rutilants et les voitures de luxe ne sont pas rares. Le long des 40 derniers kilomètres avant Beyrouth, s'alignent hotel et night clubs plus ou moins louches...
Beyrouth m'offre un accueil glacial. Je m'extrais tant bien que mal des énormes avenues encombrées pour déboucher dans le centre-ville... qui semble peuplé uniquement d'agents de sécuité. Ces derniers veillent sur chaque batiment flambant neuf : banques et administrations, boutiques de luxe et hotels cinq étoiles. Tout est dans la démeuse et le tape-à-l'oeil. Pas un passant, seulesdes voitures de luxe sillonnent les rues trop propres ! Je peine à trouver un endroit pour la nuit et doit rebrousser chemin sur plusieurs kilomètres pour finalement atterrir dans un hotel glauque à souhait et bien au-dessus de mon budget à la nuit tombée. J'y passe une nuit horrible et me réveil avec une seule idée en tête : fuir cette ville au plus vite et rejoindre les montagnes où, je l'espère, je verrai un autre visage du pays.
Pour me remonter le moral, je m'offre un petit déjeuner "à la française" avec café, croissants et pains au chocolat. Alors que je m'empiffre d'un quatrière pain au chocolat, je vois passer par la fenêtre un cyclo-voyageur qui part dans la même direction que moi ! J'engloutis les dernières bouchées et fonce pour le rattraper.

Dan est anglais et est en route pour Cape Town : un voyage qui devrais durer une année environ. Nous faisons route ensemble et gravissons un col à 1500 mètres d'altitude, qui nous mène jusque dans la superbe vallée de la Bekaa, cernée de sommets coiffées de neige fraiche. Ici, les paysages sont somptueux et nous traversons de ptits villages paisibles et accueillants. Je découvre le troisième visage du Liban après celui de sa triste côte nord et celui surprenant de sa capitale.

C'est la première fois, depuis la France, que je fais route avec quelqu'un, et c'est bien agréable de pouvoir discuter un peu. A Anjar, arès avoir visiter les ruines d'une ancienne cité omeyyade, nous nous offrons un bivouac de luxe dans le parc d'une église arménienne... et nous nous concoctons un etit festin dont seuls les cyclistes ont le secret !!!

Le lendemain, nous franchissons la frontière et regagnons la Syrie pour filer vers sa capitale, Damas....
