Si On Jouait - A vélo en Asie

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vendredi, août 20 2010

Pause iranienne - du 26 juin au 20 aout 2010

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À quelques dizaines de kilomètres au nord-est de Téhéran, dans le massif de l’Alborz, a mi-chemin entre la cote verdoyante de la mer Caspienne et le vaste désert iranien, se dresse un volcan majestueux dominant largement tous les sommets alentours. C’est un volcan aux proportions parfaites, qui reste coiffé de neige même lorsque le pays entier brûle sous les rayons du soleil estival. C’est le toit de l’Iran avec ses 5671 mètres d’altitude et c’est surtout un symbole important en Iran. On le retrouve dans la poesie et la litterature persanes, et notamment dans l'oeuvre majeure du poete Ferdowsi, ShahNameh, ou la montagne aurait des pouvoirs magiques, mais aussi aujourd'hui sur les enseignes de nombreux magasins ou encore sur les billets de 10.000 rials.

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Pour en commencer l’ascension, je dois d’abord me rendre à son pied, dans le petit village de Reyneh (2100 mètres d’altitude). Marche, métro, tramway, bus, taxi collectif et enfin moto me sont nécessaires. Ca aurait été plus simple a vélo !

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A peine ai-je commencé à marcher depuis une heure qu’un violent orage éclate sur la montagne. Demi-tour. Je cours me mettre à l’abri dans la cabane du guide / gardien qui m’avait conduit en moto jusqu’ici. Il semble soulagé de me voir revenir… Le tonnerre gronde avec fureur et nous pouvons sentir le sol vibrer sous nos pieds. Jamshid ne m’offre pas de thé, ramadan oblige, mais nous discutons en attendant que le ciel se calme. Je retrouve alors les questions habituelles des Iraniens, que j’avais presque oubliées... mais qui ne m’avaient pas forcement manquées : « Qu’est-ce que tu penses de l’Iran ? », « Est-ce que t’es musulman ? », etc. Et je retrouve aussi le meilleur ami des Iraniens : leur téléphone portable. Jamshid me montre des dizaines de photos : lui devant un arbre, lui devant une maison, lui devant un ami, lui avec sa femme ou son fils, mais, une fois n’est pas coutume, pas d’actrices dans des poses suggestives…

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Une fois l’orage terminé, je me remets en marche. Et à peine ai-je fait quelques pas que je vois une araignée bien dodue juste devant mon pied. « Very dangerous » me dit Jamshid. « Il y beaucoup d’araignées comme ça par ici. Et si elle te pique, en deux ou trois heures, t’es mort. »… Sympathique. Je fermerai bien ma tente ce soir !

Les nuages se dissipent doucement et me laissent enfin voir le géant, qui vient de se couvrir d’un voile de neige fraîche. Son immensité m’impressionne. Je ne suis qu’à un peu plus de 2000 mètres d’altitude et la cime me domine de plus de 3500 mètres. C’est certainement une des montagnes les plus massives que je n’aie jamais vue. J’en ai pourtant déjà gravi plusieurs des volcans, en Auvergne bien sur, mais ils ne jouent pas vraiment dans la même catégorie, en Turquie l’automne dernier, et surtout dans les Andes. Peut-être que celui qui se rapproche le plus du Mont Damavand est le Misti, le volcan qui domine la ville d’Arequipa, au Pérou…

En un peu plus d’une heure d’une montée raide à un bon pas, j’arrive au refuge – mosquée de Goosfand Sara, à 3000m. Je ne m’y attarde pas et grimpe un peu plus haut pour bivouaquer dans un endroit plus tranquille. J’apprendrai plus tard que le gardien de ce refuge est chargé de faire payer un droit d’ascension de cinquante dollars aux étrangers venant gravir la montagne… J’y ai échappé…

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La nuit est calme et je me réveille le lendemain matin au son des clochettes d’un troupeau de moutons qui passe près de ma tente. Le soleil brille déjà avec vigueur et les neiges du Damavand n’en sont que plus étincelantes. De la bouche du géant sortent d’épais nuages de soufre. Je ne tarde pas à me mettre en route et en a peine deux heures, j’arrive au refuge Barghah-e-sevvom, à 4200 mètres d’altitude. Je m’arrête là pour aujourd’hui afin de m’acclimater un minimum. Les nuages montent rapidement dans le ciel, et à 11 heures, le sommet disparaît totalement. L’après-midi est grise et tranquille. Je patiente en discutant avec les autres alpinistes : quelques étrangers et beaucoup d’Iraniens, dont un mec un peu givré, un vélo à coté de la tente, qui veut monter au sommet en portant son vélo « parce que j’aime le vélo » me dit-il ! Je ne sais pas s’il a finalement réussi son défi…

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Je me réveille a 3h15 le lendemain matin, pour me mettre en marche a 4h. La nuit est claire et les étoiles filent dans le ciel sous une bise glaciale. La voie d’ascension remonte une longue arête rocheuse. Il m’est parfois difficile de suivre le sentier qui se perd sous la neige. Le vent forcit à mesure que je gagne de l’altitude. Il soulève la neige tombée la veille qui vient me fouetter le visage. Le jour se lève lorsque j’arrive à l’antécime, à quelques 5400 mètres d’altitude.

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Et c’est aussi à ce moment là que j’entre dans le nuage qui recouvre le sommet du volcan. Le vent redouble. La visibilité devient quasi nulle. Apres l’antécime rocheuse, la pente devient plus douce et plus aucun point de repère ne permet de s’orienter. La veille, un guide présent au refuge m’avait mis en garde contre cette dernière partie de l’ascension, la plus dangereuse de toute la montagne en cas de brouillard, car pour monter jusqu’au sommet, c’est simple, il suffit de monter, mais pour retrouver la voie de descente, ça devient très compliqué… Chaque année, des alpinistes y laissent leur peau, et même des gens qui connaissent très bien cette montagne. Je sors ma boussole et note le cap à suivre pour retrouver mon chemin et prends soin de bien marquer mes pas dans la neige jusqu’au sommet. Les vapeurs de soufre deviennent suffocantes. J’arrive au bord du cratère sans voir quoi que ce soit.

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Je ne m’attarde pas dans le vent glacial qui balaye la cime du Damavand, de peur que ce dernier n’efface mes traces dans la neige.

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De retour à Téhéran, je me prépare à reprendre la route. Voici deux mois que je suis dans la capitale iranienne. Après avoir parcouru les routes d’Asie Centrale durant le printemps et m’être confronté à de nombreux problèmes administratifs, je suis revenu ici fin juin, pour retrouver mon amie Farnaz, rencontrée à la fin de l’hiver…

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Ces deux mois m’ont permis à la fois de me reposer un peu et de voir le pays sous un autre jour… Je vous en dirai plus dans quelques temps…

Apres deux mois de repos, j’ai des fourmis dans les jambes… et des envies de montagne et de neige après avoir subi la chaleur étouffante de l’été iranien. La route de l’est étant bloquée : l’Afghanistan n’est pas vraiment traversable à vélo actuellement, le Pakistan subit les plus graves inondations de son histoire, et le Turkménistan me ramènerait inévitablement dans les galères administratives de l’Asie Centrale. Je n’ai donc d’autre choix, si je veux poursuivre mon périple vers l’orient, que de prendre l’avion, pour la deuxième fois de ce voyage… Je m’envolerai donc le 22 août prochain, à destination d’Amritsar, dans le nord-ouest indien, à proximité de la frontière pakistanaise. Je prévoyais de me rendre ensuite au Ladakh, mais les récentes inondations qui ont frappé la région vont certainement m’obliger à changer mes plans une fois de plus. Une chose est cependant certaine, Yana me conduira vers les montagnes de l’Himalaya…

mardi, février 23 2010

Question de la semaine : Iran 2

Allez, je vous mets 3 questions car il n'y en a pas eu beaucoup ces derniers temps...

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Iran 2 : D'Ispahan a Yazd - Changement de decor

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Apres le rude hiver que je viens de passer, j'ai grand besoin de repos, et Ispahan est le lieu reve pour cela. Situee au point de jonction des montagnes du Zagros et du desert qui recouvre toute la moitie est de l'Iran, j'y retrouve un climat agreable et ensoleille. La cite, qui fut capitale de la Perse sous la dynastie des Safavides, regorge de merveilles et est pour moi une etape importante symboliquement de mon periple sur la route de la soie. Je me sens ici a la croisee des chemins.

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La Perse se revele etre une transition entre le Moyen Orient et l'Asie et les bazars aux petites echoppes abritant artisans penches sur leur ouvrage, soieries, delicates marqueteries et miniatures dont les personnages presentent des traits subtilement asiatiques nous renvoient a un passe riche en echanges commerciaux.

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L'atmosphere y est detendue et je prends plaisir a flaner sur la place Naghsh-e Jahan, le joyau de la ville. Elle est la plus grande place au monde apres la place Tien Anmen, en Chine. Auparavant destinee aux jeux de polo, aux marches et aux defiles militaires, elle accueille aujourd'hui en son centre des bassins et jardins, occuppes par de nombreux Iraniens qui viennent y pique-niquer, tout naturellement.

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L'accueil y est excellent et ici, ce sont autant les Iraniennes que les Iraniens qui viennent discuter avec moi... du jamais vu depuis bien longtemps ! Je fais ici quelques rencontres dont je vous parlerai plus tard...

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Apres une petite semaine de repos, je reprends la route en direction de Yazd, empruntant une petite piste qui file droit dans le desert. Rapidement, les paysages s'assechent et le desert s'impose. La neige de ces derniers jours s'est changee en sable et les montagnes immaculees en pic rocheux.

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Un silence absolu m'accompagne durant ces trois jours, rompu la nuit par les hurlement de quelques animaux que je n'ai pas su identifier.

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L'orientation est parfois delicate. Je m'arme de ma boussole et suis mon flair pour denicher la bonne piste... et la chance a ete avec moi !

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Yazd surgit soudain au milieu du desert. Selon l'UNESCO, il s'agirait de l'une des plus anciennes villes du monde. Elle etait jadis une etape importante pour les caravanes parcourant la route de la soie. La vieille ville de Yazd est entierement batie en adobe, ce qui lui donne un cachet incomparable.

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Les conditions climatiques extremes, au coeur du desert, ont amene les habitants a developper un architecture particuliere. Les maisons, souvent peu elevees, possedent bien souvent des etages souterrains permettant de se premunir de la chaleur. Elles sont en outre generalement surmontees de badgirs (tours du vent), qui permettent de faire circuler l'air pour rafraichir l'interieur des maisons... L'ancetre de la clim !

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La ville est alimentee en eau par les qanats, des canaux, souvent souterrains, qui conduisent l'eau provenant de sources parfois tres eloignees pour remplir des citernes un peu partout en ville.

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Je m'accorde ici deux jours de repos avant de me rendre a Teheran en train pour faire mes visas pour l'Asie Centrale...

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vendredi, février 19 2010

Iran 1 - faits d'hiver

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Je boucle mes derniers kilometres en Turquie sous un triste crachin. Le Mont Arart a disparu dans les nuages, la neige a fondu et la large vallee que je remonte lentement est devenue terne et austere. En franchissant la porte d'entree du poste frontiere de Bazargan, j'essaie de me vider la tete de tous les prejuges que je peux avoir sur le pays que je m'apprete a parcourir. L'Iran n'est pas un pays comme les autres. Il fascine certains, en effraie d'autres, mais il ne laisse pas indifferent.

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Une fois mes empreintes laissees sur le papier, le douanier me redonne mon passeport et me souhaite un bon voyage en Iran. C'est parti !

Pluie, neige, vent, froid et parfois un peu de soleil ont ete les ingredients de ce premier mois persan. L'hiver de l'ouest iranien n'a rien a envier a celui de l'est turc... et il ne menage pas le cyclo-voyageur !

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Jusqu'a Tabriz, je suis relativement epargne par les caprices du temps et le soleil parvient meme de temps en temps a percer l'epaisse couche nuageuse. Les paysages que je peux alors admirer sont magnifiques, faits de larges vallees brodees de montagnes enneigees.

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Dans le petit village de Hajilar aux maisons de pierre et de terre accrochees aux flancs de la vallee, je me mets en quete de pain. Un homme boitillant aux cheveux poivre et sel me conduit a la boulangerie. Le boulanger, couvert de farine de la tete aux pieds, me tend quatre pains, des galettes tres fines et seches, qu'il refuse obstinement que je lui paye. Le premier homme me prend ensuite par la main et me conduit dans une petite epicerie ou s'entasse une dizaine de jeunes hommes pour jouer au loto ! J'y achete quelques pommes, remercie l'homme qui m'a aide puis vais m'installer a la sortie du village pour casser la croute. Me voyant faire, le gars vient a ma rencontre et m'invite a venir chez lui pour manger. Je refuse poliment. En effet, il existe en Iran des regles de savoir-vivre et de politesse assez complexes. On appelle ca le "ta'arof" et cela implique que les gens peuvent exprimer des choses par simple politesse. Toutes les invitations ne sont donc pas a prendre au pied de la lettre et pour ne pas faire de boulette, il vaut mieux refuser toute offre trois fois avant de l'accepter. Si la personne continue a insister, c'est qu'elle veut vraiment vous inviter. Apres mon troisieme refus, l'homme s'en va... pour revenir deux minutes apres avec un assiette de soupe, du pain, du fromage et un thermos de the ! Cette fois, plus question de refuser !!! Le voisin, observant la scene, ne veut pas etre en reste et m'apporte une assiette de riz avec un bout de poulet ! Je mange le tout sous le ragard de quelques ecoliers curieux qui sont tout heureux de tester leurs quelques mots d'anglais. Les femmes (et les petites filles) restent en retrait et m'observent plus discretement, a une distance reglementaire d'une bonne dizaine de metres. Ici, elles ne portent pas de chador noir, mais des vetements colores.

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Ce "ta'arof" implique aussi d'autres comportement etonnants, comme ces commercants ou restaurateurs qui refusent que je les paye. A chaque fois ou presque, il me faut insister pour payer mon repas ou mes courses. Et la fois ou j'ai fait mine d'accepter et de partir sans payer, on m'a vite rattrape et indique la somme a regler avec un regard reprobateur !

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Jusqu'a Tabriz, je n'ai d'autre choix que de suivre la route numero 32, principal axe entre la Turquie et Teheran. La circulation y est beaucoup plus dense qu'en Turquie, avec beaucoup de camions, mais aussi beaucoup de vehicules prives. Il faut dire qu'ici, le litre d'essence coute environ 0,07€ (contre 1,5€ en Turquie) et le litre de gasoil encore 7 fois moins ! Cependant, une chose me surprend beaucoup : la rarete les stations services (alors qu'en Turquie elles etaient demeusurement nombreuses). Du coup, devant chacune d'entre-elles s'etire une longue file de vehicules qui patientent pour faire le plein... Un comble pour le pays qui possede la deuxieme plus grande reserve de petrole au monde !

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Mais je hais ces grandes routes, ces axes infernaux ou le moindre village se transforme en garage degoulinant de cambouis et d'huile de vidange, puant le gasoil et le pneu brule. Que ce soit en Iran, en Turquie ou en Argentine, c'est la meme chose. Les klaxons et les moteurs ronflant couvrent le chant des oiseaux et l'air des plus beaux paysages y devient parfois irrespirable...

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En arrivant dans les envrions de Tabriz, plusieurs voitures avec des drapeaux rouges accroches aux vitres me doublent en klaxonnant. Je me demande bien ce que cela peut etre... A Sufiyan, je fais une petite pause... et suis naturellement invite a boire un the. L'un de mes hotes porte un sweat rouge et me montre le logo qui y est brode : les "Tractors". C'est le club de football de Tabriz m'explique-t-il, et cet apres-midi, il y a un match important ! Au meme moment, un minibus de supporters s'arrete devant nous, avec moultes drapeaux rouges accroches de tous les cotes. C'etait donc ca !!!

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Tabriz est l'une des plus grande villes du pays. Elle fut d'ailleurs capitale de la Perse du XIIIe au XVIe siecle. Il reste de cette epoque la magnifique mosquee bleue, erigee par la dynastie des Moutons Noirs.

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La pluie et un ciel noir m'accompagnent les deux jours suivants. Je prends lentement de l'altitude et le troisieme jour, comme en Turquie, la neige succede a la pluie. La journee a commence avec quelques petits flocons gentillets, qui ont grossi au fil des heures et, a la mi-journee, c'est un veritable tempete de neige qui s'abat sur moi, avec un vent terrible. Je suis alors dans les premieres pentes d'un col que je devine assez haut. Heureusement, une petite "lokanta" providentielle est sortie du brouillard pour que je m'y refugie. On m'y offre du the delicieusement brulant. Deux minutes plus tard, un jeune homme entre a son tour et me dit que je ne pourrai pas aller plus loin a velo et qu'il m'emmene jusqu'a Takab. Amid conduit un camion de chantier dont la benne est vide. Je n'hesite pas bien longtemps et nous hissons Yana dans la benne... Et je n'ai pas regrette ! Car effectivement, j'aurais eu du mal a passer a velo. Il restait une vingtaine de kilometres d'ascension avec 15 a 20 centimetres de neige fraiche sur la chaussee, sans compter le brouillard et un vent terrible qui forme de dangereuses congeres. Amid parle seulement quelques mots d'anglais et mes trois mots de farsi ne nous menent pas bien loin ! Alors Amid appelle sa soeur, qui parle une excellent anglais, et se sert d'elle comme interprete a distance. Ce n'est pas la premiere fois que les femmes me servent d'interprete ici. Il faut dire qu'en Iran, 65% des etudiants sont des etudiantes.

Je descends a l'entree de Takab. Le soleil est revenu et je decide de poursuivre ma route immediatement, pour un aller-retour a Takht-e-Soleyman. Mais le gel a une fois de plus raison de mon derailleur. Je bivouaque dans la neige, a pres de 1900 metres d'altitude et je passe la une nuit terriblement froide. Mon thermometre (qui ne descend pas plus bas) se bloque a -10 des 20h et j'ai eu la sensation que la temperature a baisse toute la nuit. Elle est sans doute descendu autour de -15 sous la tente, peut-etre pres de -20 dehors...

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Je ne repars que vers 11 heures, laissant le soleil rechauffer doucement ma toile de tente. La route est parfaitement degagee et s'eleve lentement le long d'une large vallee ponctuee de petits villages isoles. Les montagnes sont d'un blanc eclatant. Peu avant Takht-e-Soleyman, je passe devant "la prison de Salomon", un cone volcanique d'une centaine de metres de haut, perce d'un cratere des plus impressionnants, puisque c'est un veritable gouffre de 80 metres de profondeur aux parois verticales et duquel se degage quelques emanations de souffre. Sur ce petit sommet se trouvent les ruines d'un mur d'enseinte qui renfermait un sanctuaire religieux qui daterait de 900 avant JC. En outre, la legende raconte que le Roi Salomon avait l'habitude d'y enfermer des monstres ...

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Takht-e-Soleyman est enfoui sous une epaisse couche de neige poudreuse qui ne laisse pas voir grand chose de ses ruines. Takht-e Soleyman (le trône de Salomon) etait le lieu le plus sacré du zoroastrisme sous l'empire Sassanide (IIIe - VIIe siecle). Le Zoroastrianisme etait alors la religion officielle de l'Empire Perse, une religion basee sur le culte du Dieu Mazda, force creatrice du monde et des quatre elements, l'eau, la terre, le feu et l'air, elements que les zoroastriens venerent et respectent au plus haut point puisque venant du dieu. Il a aussi cree l'homme en lui donnant son libre arbitre afin qu'il puisse toujours choisir ce qu'il a a faire entre le bien et le mal. Le site de Takht-e-Soleyman correspondait parfaitement a ce culte. En effet, il est situe autour d'un petit lac d'origine volcanique alimentee en profondeur par des sources d'eau tiedes. Pres de ce dernier, des emanations de gaz permettaient d'entretenir de flammes "eternelles". Aujourd'hui, dans l'air glacial, s'elevent des volutes de brume au-dessus des eaux sombres du lac et une atmosphere mystique s'en degage.

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Le lendemain, alors que je retraverse Takab, cette fois vers le sud, je suis invite par Suleyman a dejeuner chez lui. Suleyman est instituteur et sa femme prof de maths. Toutes les maisons iraniennes que j'aie pu voir sont agencees de la meme maniere, avec un grand salon souvent depourvu de meubles mais garni de tapis et coussins, une cuisine souvent ouverte sur le salon, une salle de bains et deux ou trois autres pieces servant a la fois de chambre et de salon, les "lits" n'etant que de simples matelas que l'on replie tous les jours dans un coin de la piece.

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Ce soir la, il fait un peu moins froid que les jours precedents (seulement -8 degres). Mais au matin, le ciel s'est couvert... et il ne tarde pas a laisser echapper quelques flocons... qui s'epaississent au fil des heures et lorsque j'arrive a Bijar, c'est une veritable tempete de neige qui me fouette le visage. Je m'y arrete pour manger un bout en attendant une accalmie...

Le lendemain, j'arrive a Qorveh, une petite ville sans grand interet dominee par des montagnes enneigees. Je m'y arrete pour faire quelques provisions. L'epicier ne me laissera pas repartir ! Il me conduit chez lui, un bel appartement ou il a nouvellement emmenage avec sa femme, Leila, puis retourne travailler, me laissant seul avec sa femme et deux voisines pour boire le traditionnel the. La place des femmes en Iran - dans la cuisine - semble etre equivalente a celle des femmes turques (de l'est), syriennes ou jordaniennes. Cependant, ici, les cuisines sont ouvertes et les femmes ne sont donc pas totalement separees. Elles discutent meme quelques fois avec moi, sans passer par l'intermediaire de leur mari.

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Les jours suivants, un vent violent souffle du sud-ouest et m'est defavorable. Ce vent m'use et me tape sur les nerfs. Tout m'irrite : les gens qui klaxonnent ou me font des appels de phares, les motards qui se calent derriere moi pour m'observer, ceux qui me crient dessus et meme ceux qui veulent m'aider a trouver mon chemin alors que je n'ai besoin de rien. Je ne supporte plus d'entendre ces moteurs vrombissants 24 heures sur 24, de voir ces chauffards balancer leurs bouteilles vides par la fenetre, de respirer ces gaz d'echappement. Je voudrais de l'air, du silence, un chemin de terre qui partirait vers les montagnes. J'en ai ma claque de ces grosses routes... Mais l'hiver rend les autres impraticables...

La pluie qui tombe les jours suivants ne m'aide pas a retrouver le moral. Mais, alors que je suis trempe jusqu'aux os, essuyant une forte averse dans la montee d'un col, je retrouve subitement le sourire lorsque j'entends derriere-moi un megaphone hurler : "Can I help you ? Can I help you ?". Je me retourne et vois un flic, dans sa belle voiture blanche, qui me double et s'arrete devant moi pour me redemander s'il peut m'aider... "Ben a part arreter la pluie, je vois pas ce que tu pourrais faire. Merci quand meme !" Et il repart. Et je ris de bon coeur durant les derniers kilometres d'ascension.

La pluie tombe toujours aussi violemment lorsque, le lendemain, j'arrive a Khorram Abad. J'y fais la rencontre de Ehsan, qui me vient en aide alors que les hotels bon marche refusent l'etranger que je suis. Ehsan travaille dans une petite entreprise qui vend des bagnoles m'invite a m'y installer. Durant les deux jours que je reste ici, je decouvre la vie de la jeunesse aisee d'une petite ville d'Iran...

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En quittant Khorram Abad, je decide de quitter au plus vite la route principale menant a Ispahan pour emprunter une petite route qui traverse les montagnes du Zagros. Je ne sais pas si la route sera ouverte jusqu'au bout. On verra bien. Les gens a qui je demandent me disent, comme toujours, que pour aller a Ispahan, il faut prendre l'autoroute, et dans lepremier bled que je traverse, on medit que plus haut il y a beaucoup de neige et des loups. Cool !!! Je continue ma route et pose le bivouac a plus de 2000 metres d'altitude, sur 15cm de neige.

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Le lendemain matin, je me reveille avec 30cm de poudreuse supplementaire. Ma tente est a moitie enssevelie sous la neige et je dois attendre le passage du chasse-neige pour pouvoir reprendre ma route. Avec la neige, c'est le silence qui est tombe sur les montagnes du Zagros. La route immaculee est deserte et louvoie entre les montagnes muettes. Le soleil rend les paysages eclatants. La serenite de ces montagnes etait ce qui me manquait depuis quelques temps, dans ce pays ou la solitude ne peut pas etre consue comme agreable et ou chacun veut venir me tenir compagnie.

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La route descend vers une somptueuse vallee. Quelques villages s'y blotissent timidement,silencieusement. Le plus gros d'entre-eux, au confluent de trois vallees, est domine par des sommets majestueux flirtant avec les 4000 metres. Me voici a Sepid Dasht.

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On m'annonce que la route s'arrete la. Plus loin, elle n'est pas deneigee en hiver et il y a plusieurs hauts cols a franchir. Heureusement, j'avais prevu le coup : Sepid Dasht est situe sur la ligne de chemin de fer reliant Teheran au golfe persique et un train peut me ramener sur une route plus importtante. Mais avant cela, Mussein m'invite a pique-niquer ! Les Iraniens sont les maitres incontestables du pique-nique. Qu'il neige ou qu'il vente, qu'il fasse moins 5 ou plus 40, ils pique-niquent ! Parfois ils n'hesitent pas a installer leur tapis sur le bord de la route ou meme sur le terre-plain entre les deux voies d'une grande nationale ! "Nous, nous pique-niquons tous les jours de l'annee" me dit Mussein.

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Nous nous installons a la sortie du village, versant sud, pour nous mettre "au chaud", et allumons un feu. Au menu : kebab (pour changer). Mussein est prof d'anglais et 3 autres profs sont avec nous. Le soir venu, ils m'invitent a les suivre au pensionnat de leur college. Une centaine d'enfants y sejourne, ages de 12 a17 ans. La plupart viennent de minuscules villages eparpilles dans les montagnes, parfois tres loin de Sepid Dasht. Certains y menent encore une vie de nomades et partent aux premiersbeaux jours, avec leurs familles, vers les hauts paturages. Sepid Dasht est au coeur du Lorestan, une des regions les plus pauvres et les plus isolees d'Iran. Ses habitants sont en majorite Loris et parlent la langue lori.

Je suis au coeur de la chaine du Zagros, dans une vallee isolee et cernee par les montagnes. Mussein m'explique que les eleves ont ete tres surpris en me voyant arriver et qu'ils voudraient que j'aille les voir dans leur dortoir car, pour certains, c'est la premiere fois qu'ils voient un occidental. J'accepte avec joie. Le dortoir ou nous entrons est compose de 32 lites rouilles. Le sol est recouvert de tapis uses et crasseux. Je m'assieds sur un lit aux cotes de Mussein. 32 paires d'yeux se fixent alors sur moi si intensement que j'en suis mal a l'aise. Mussein joue les interpretes et me traduit leurs questions, qui s'orientent rapidement sur le theme des filles,et je vois naitre des sourires genes quand je leur explique qu'en France, les ecoles et les internats sont mixtes, que les garcons et les filles peuvent manger cote a cote a la cantine et meme se rendre visite dans leurs chambres.

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Le lendemain, je vais visiter l'ecole d'un petit hameau a une trentaine de minutes de marche de Sepid Dasht. Tous les plus petits villages possedent une ecole primaire, ou les classes sont mixtes, mais l'enseignement souvent mediocre, rendant la suite de la scolarite de ces enfants bien difficile et a peine 10 pourcent d'entre-eux poursuivra des etudes au-dela du college.

L'apres-midi, le "cross" du college est organise, et Mussein m'explique que les eleves voudraient que j'y participe. Ok ! C'est une course en ligne de 5 km, entre deux petits villages, sur une route de montagne. Le depart est donne d'un coup de fusil de chasse. La meute s'elance en criant. Les profs suivent en moto ou en pick-up, le tout dans des paysages somptueux. Je me classe 4e, au pied du podium...

Je quitte Sepid Dasht le soir meme, prenant le train avec Muslim, un autre enseignant du college, qui m'invite a passer la nuit chez lui, a Dorud.

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Deux jours plus tard, je suis de nouveau dans les montagnes enneigees du Zagros et, apres un bivouac magnifique mais glacial, c'est Aria qui, dans un anglais hesitant, m'invite chez lui, dans le petit village de Dashkesan. C'est un village georgien m'explique-t-il. "Ici, tout le monde est d'origine georgienne et nous parlons le georgien. Nous ancetres se sont installes ici il y a douze generations, sous le regne du Shah Abbas."

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Le village ressemble en tous points a un village iranien et la maison dans laquelle nous entrons aussi, si ce n'est qu'aux murs sont accroches de nombreuses photos de Georgie. Aria vit ici avec sa mere, son frere et l'une de ses soeurs. Tous trois ne sont pas maries malgre qu'ils aient atteint la trentaine. Aria m'explique qu'il m'a invite parce que lui aussi est un "sportif" : il y a 3 ans, lui et son frere sont alles jusqu'a Tblisi, capitale de la Georgie, a pieds. 1700 km en 1 mois de voyage !

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Aria et un de ses amis m'invitent a aller avec eux randonner dans les montagnes le lendemain. J'accpete volontiers. Nous marchons dans des paysages grandioses et avons la chance de voir deux lievres trois aigles ainsi qu'une meute de loups !

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J'atteins Ispahan deux jours plus tard, apres avoir traverse des paysages s'assechant de plus en plus. La cite d'Isphan se devoile a moi sous un soleil eclatant. Je roule jusqu'a la place de l'Imam. Je m'assieds devant la fontaine, face a la grande mosquee de l'Imam. Quel bonheur d'etre la...

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Durant ce premier mois en Iran, j'ai traverse des regions tres differentes tant culturellement que geographiquement : aux Azeris du nord ont succede les Kurdes, puis les Loris, les Georgiens et enfin les Perses. Desormais a Ispahan, je poursuivrai ma route dans quelques jours a travers le desert du Dasht-e-Kavir...

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lundi, février 15 2010

Question de la semaine : Iran 1

Ou ai-je donc mis mes pieds ?

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