La Nouvelle question est la suivante :
Grèce
vendredi, septembre 18 2009
Question de la semaine - GRECE
Par Gael JEANNET le vendredi, septembre 18 2009, 14:12
mercredi, septembre 16 2009
Grece - du 1er au 11 septembre 2009
Par Gael JEANNET le mercredi, septembre 16 2009, 10:20
01/09 : frontiere Macédoıne - biv. ap. Siatista 128 km en 6h25'
02/09 : biv. ap. Siatista - Meteoras 98 km en 5h43'
03/09 : Meteoras - bıv ap. Deskati 70 km en 4h50'
04/09 : bıv ap. Deskati - Mont Olympe 71 km en 5h25'
05/09 : Mont Olympe - Nea Efesos 88 km en 4h36' + 5h00 de marche
06/09 : Nea Efesos - Loudias 78 km en 4h32'
07/09 : Loudias - Gerakarou 87 km en 5h02'
08/09 : Gerakarou - plage avt Nea Peramo 112 km en 5h06'
09/09 : plage avt Nea Peramo - biv. ap. Porpi 125 km en 6h33'
10/09 : biv. ap. Porpi - Monastiraki 100 km en 5h58'

En entrant en Grece, j'avais deux objectifs principaux : les Météores et le Mont Olympe, deux sites qui peuvent etre considérés comme des montagnes sacrées et qui vont me faire faire un petit crochet vers le sud avant de reprendre la route de l'est et de mettre le cap sur Istanbul. Le premier septembre, pour mon premier jour en Grece, je retrouve le soleil et la chaleur, quı m'accompagneront durant la premiere moitié de ma traversée du pays.
Jusaqu'a Kalambaka, la ville nichée aux pieds des Météores, la route ondule dans des paysages que le soleil a méticuleusement grillés tout l'été. La plupart des champs sont déja labourés dans cette région. Seuls quelques tournesols rachitiques tiennent encore debout, mais le soleil leur a déja volé toutes leurs couleurs. Ici ou la, quelques champs de coton résistent a la sécheresse, tandis que dans les fonds de vallées, les mais sont encore debouts.
La chaleur est terrıble ces premiers jours et je reve d'un petit bain pour me rafraichir. Les traits bleus qui figurent sur ma carte et quı représentent les cours d'eau sont pour moi a chaque fois l'espoir d'un bain salvateur. Mais le scénario se répete toujours de la meme manière et les cours d'eau ne laissent voir qu'un lit de pierres sèches. Plus une goutte d'eau n'y coule. La faute a l'irrigation intensive qui permet de faire pousser les mais dans ces fonds de vallées écrasés par la chaleur. La nature n'a plus son mot a dire...

Ce que l'on nomme les Météores sont une série de monasteres perchés sur d'étonnants pitons rocheux hauts de plusieurs centaines de metres. Le plus anciens, et le plus grand de ces monasteres a plus de 600 ans. Il fut créé par une "moine" d'ou vient le nom de Météores sur un site déja occupé depuis plusieurs centaines d'années par des ermites qui venait y chercher un lieu isolé, parfait pour la méditation.

Le site est impressionnant, hérissé de pics de "poudingue", un conglomérat formé de galets liés par un ciment sableux. À leur place se trouvait, à l'ère tertiaire, le lit d'un grand fleuve se jetant dans la mer de Thessalie, qui a déposé petit à petit, des sédiments. C'est ce qui explique l'aspect stratifié des rochers. Lorsque ce fleuve a disparu, les alluvions ont été compressés et se sont liés, sous l'action de la pression et de la chaleur. Au moment du plissement qui a donné naissance à la péninsule hellénique, l'ensemble a été soulevé et dégagé ensuite par l'érosion pour former ces paysages incroyables.
Je m'installe sur l'un des pics bordant la route pour une nuit cinq étoiles, éclairée par la pleine lune. Mais cette nuit fut une nuit bien étrange... Elle avait pourtant bien débuté, avec un coucher de soleil magnifique. La lune s'est ensuite levée et a apporté une lumiere une peu magique sur ce site tant particulier. C'est alors qu'une voiture est arrivée. Deux jeunes gens en sont sortis avec cigarettes et bouteilles et biere et se sont installés a quelques dizaines de metres de moi. Ils ne me voyaient pas, mais je pouvais distinguer leurs sılhouettes se détachant sous la pleine lune. Ils ont d'abord été tres bruyants, jusqu'au mınuıt précises, heure a laquelle l'homme s'est rendu sur un promontoire rocheux tout pres de moi et s'est mis, le plus sérieusement du monde, a faire des incantations vers la lune, levant les bras et prononçant des mots que je ne pouvais pas comprendre. Il s'est misensuite a tourner lentement sur lui meme, puis a cracher tout autour de lui... La scene a duré une dizaine de minutes, puıs l'homme et sa compagne sont partis, sans un bruit cette fois... Bien étrange scene...
Deux jours plus tard, la chaleur est toujours omniprésente, mais le décor a changé. Je suisau pied du Mont Olympe. Elle est la montagne la plus haute de Grece, mais elle est surtout un lieu important dans la mythologie grecque. Elle est le lieu où se réunissaient les dieux Grecs pour se divertir et discuter. Puisque son sommet reste caché aux mortels par les nuages, l'Olympe est un lieu de villégiature sur lequel les dieux grecs avaient élu domicile pour passer leur temps à festoyer (leur boisson favorite était le célèbre nectar et ils consommaient l'ambroisie qui les rendait immortels) et à contempler le monde. La barrière nuageuse est contrôlée par les Heures (personnification des Saisons), tandis que les orages et les éclairs fréquents qui entourent la montagne sont signes de la présence et du pouvoir de Zeus. En revanche, par-delà les nuées, aucune perturbation météorologique n’est à déplorer, et l’espace est empli d’une lumière constante. Les dieux vivaient donc sur cet espace privilégié et Zeus, le roi des dieux, possédait son trone au sommet.

Me voici a son pied, dans le petit village d'Olympiada, et je dois dire que cette montagne m'impressionne. Non qu'elle soit effilée ou vraiment tres belle, mais son énorme masse qui domine largement tous les sommets alentour dégage quelque chose de particulier. Elle semble a la fois proche et inaccessible, facile et gravir et si pres des nuages... Sa physionomie me fait penser a un Mont Ventoux qui aurait doublé de volume. Son pied est boisé d'une guarrigue aride qui verdit lorsque l'on s'éleve un peu, avant de devenir plus éparse puis de laisser place a de brefs alpages, quı s'effacent bien vite, ne laissant apparaitre qu'un tas de cailloux au sommet.Je suis instllé a l'ombre d'un pin, sur la place du village et je l'observe en laissant passer les heures les plus chaudes de la journée, celles ou le soleil brule et ou la Grece toute entiere semble s'endormir.
Sur ma carte, je n'ai qu'une voıe d'acces vers le sommet, sur la face est, c'est-a-dire depuis la cote égéenne. Or, je voıs nettement d'ici une route en lacets quı grimpe de ce coté-ci (ouest). Un panneau a la sortie du village indique qu'elle mene a une station de ski. Je choisis de l'emprunter. 18 kılometres d'une montée éprouvante, sous une chaleur accablante, m'attendent. L'ombre y est absente et le soleil défend cherement l'acces au trone de Zeus...

Au bout de la route, ou l'on m'indiquait tout a l'heure une station de ski, je trouve... un camp militaire bien barricadé !!! Je demande la permission de dormir devant. On me l'accorde. Je ne suis qu'a 1700 metres d'altitude (le sommet est a 2917 m) et la vue est déja incroyable, dominant les collines grecques qui semblent etre vues d'ici de simples petites bosses.
Je commence l'ascension le lendemain avant que le jour ne se leve, pour profiter de la fraicheur nocturne. L'ascension rapide ne devient belle qu'a partir de 2600 m, lorsque l'on arrive sur l'arete qui mene au sommet principal, Mystikos. Il fait un temps splendide, légerement brumeux et la mer Egée brille a mes pieds comme un plateau d'argent. Malgré son apparente rondeure, le Mont Olympe est en fait constıtué d'une multitude de sommets parfois effilés, reliés entre-eux par des aretes et de hauts plateaux. Je m'assıeds quelques minutes sur le trone de Zeus... Belle sensation !

Je suis étonné de croiser ici beaucoup de randonneurs, mais aucun Grec ! Ils sont Bulgares, Suisses, Allemands, Français ou Polonais, mais pour les Grecs, ce Mont Olympe est bien loin d'etre un haut lieu de randonnée...
Le lendemain, la fraicheur se présente enfin, accompagnée de terribles orages. Zeus est en colere ! Le vent souffle du nord et la température dépasse pénilement les degrés. Ce mauvais temps sera mon compagnon pour les jours suivants, avec de bonnes averses et de rares rayons de soleil.

Plus je me déplace vers l'est, plus l'ambiance orientale se fait sentir. A Thessalonique, le marché prend des airs de bazar. Plus loin, les mosquée fleuriront dans les village bien avant la frontiere turque. Le vélo permet de sentir tous ces changement, toutes ces évolutions de la meilleure maniere qui soit.

En sortant de Thessalonique, un petit crachin pas typiquement grec m'accompagne jusque sur les rives du lac de Koronia. C'est ici, a la sortie du village de Gerakarou, qu'un étrange cycliste se pr!sente face a moi, juché sur un vélo bricolé avec un cariole a la place de la roue arriere ! Alex est français et est parti de La Rochelle il y a deux mois et demi. Son plan est de rejoindre la Crete, puis la Turquie... et l'Inde puis la Chine ! Nous allons boire une biere pour discuter un peu... puis deux, puis trois... et lorsque nous voulons repartir, la nuit est déja tombée ! Nous ne faisons donc que quelques centaines de metres et plantons nos tentes dans un pré a la sortie du village. Une rencontre fort sympathique !

Je longe ensuite la cote égéenne jusqu'a la frontiere turque. La pluie m'accompagne encore au milieu des plantations d'oliviers et d'amandiers. Cela n'empeche pas aux ouvriers de travailler a la récolte des amandes. Je m'arrete pres d'un groupe pour en savoir un peu plus. Travaillent ici huit personnes, dont plusieurs sont bulgares et viennent en Grece pour des travaux agricoles saisonniers. La technıque est simple : on commence par disposer une bache sous un arbre, puis on frappe les branches de cet arbre a l'aide de grande perches de bois afin d'en faire tomber les fruits. Les amandes sont ensuites ramasées et une machine permet d'en retirer la gangue pour ne garder que l'amande proprement dite.

Toutes les routes de Grece sont bordées d'églises miniatures. Tantot neufs et clinquants, tantot rouillés et bancales, ces surprenant petits édifices, souvent remplis d'icones et d'une bougie, sont la pour marquer l'emplacement d'un drame. Elles sont l'équivalent des croix de chez nous, plantées la ou quelqu'un a perdu la vie. A en voir autant, je me dis que la route est bien dangeureuse... peut-etre l'une des plus dangeureuses inventions de l'homme... Mais c'est aussi l'une des plus merveilleuses car elle permet de faire le lien entre les hommes et les cultures... et de parcourir le monde.

Parfois, cette route sent bon la vie. Elle sent le pain frais qui embaume depuis le fournil du boulanger. Elle sent la viande qui grille sur les barbecue lors des déjeuners d'été. Elle sent la fıgue, la peche ou le melon. Elle sent la liberté et le bonheur. Mais elle prend aussi quelquefois un autre parfum, un parfum fétide qui reste longtemps au fond de la gorge. Ces effluves proviennent souvent d'un chien, d'un chat, parfois d'un renard, d'une tortue ou d'un oiseau se décomposant sur le bas coté. Je me souviens, au Brésil, des cadavres de vaches qui gisaient dans les fossés, répendant cette odeur de mort a des centaines de metres. La route est dangeureuse pour l'homme et la nature et comme toute invention humaine, elle fınıt par devenır néfaste. Son role d'unie les hommes se dıssoud peu a peu. Les grands axes ne traversent plus les villages mais les contournent soıgneusement. Ils ne sont bordés que d'usines, de zones industrielles et commerciales, de stations services et de garages. Tout est fait pour accélérer les déplacements, pour ne plus avoir besoin de s'arreter. Mais heureusement, lorsque l'on s'éloigne de ces grands axes, les routes reprennent leurs parfums de vie. Elles serpentent a nouveau dans les paysages sans les raboter, elles ondulent sur les reliefs sans les aplanir, on y roule a vitesse humaine.

Ces réflexions de menent sur un petit chemin de terre qui longe la cote, sinuant entre les oliviers parmi des rochers de granit arrondis. Ce parcours de toute beauté est parsemé de ruines romaines et grecques. Plages désertes, oliveraies secoués par une brise légere, prés auc couleurs d'or. Le tableau est parfait et me conduit jusqu'a Alexandroupolis. Me voici aux portes de la Turquie...