11/08 : Ljubljana (SLO) - biv. ap. Bosanci (HR) 139 km en 7h53´
12/08 : biv. ap. Bosanci - Plivitce 104 km en 6h16´
13/08 : Plivitce - biv. ap. Udbina 70 km en 3h49´
14/08 : biv. ap. Udbina - biv. ap. Pakoštane 119 km en 7h04´
15/08 : biv. ap. Pakoštane - biv. ap. Split 148 km en 7h55´
16/08 : biv. ap. Split - Buško Jezero (BIH) 76 km en 5h26´
Je l'ai entendu pour la première fois dans la descente caillouteuse du col de Mali Alan. L'Adriatique avait du mal à se dessiner entre les nuages. La pluie avait cessé de tomber quelques lacets plus haut et le soleil revenait. C'était un chant doux et accueillant, un chant familier que j'ai souvent entendu dans le sud de la France. Mais ce chant de cigales là s'élevait pourtant d'une guarrigue parsemée de mines, comme me le rappelaient à chaque virage ces panneaux soigneusement alignés illustrés d'une tete de mort, et m'interdisant d'y mettre le pied. Ce chant m'accompagna durant le reste de la journée et durant les étapes suivantes, le long de la cote croate.

Avant cela, j'avais quitté la Slovénie en empruntant de petites routes de campagne fort agréables, pour entrer en Croatie près du village de Bosanci. Lors de ces premiers kilomètres en territoire corate, le ciel était gris et les paysages tristes. Dans les premiers villages que je traversais, je croisais les regards de quelques paysans en route pour les champs. De vieilles femmes coiffées d'un foulard noir, le visage ridé par les ans, me souriaient mollement, occupées à écosser des haricots ou à ramasser des poivrons. Mais dans le village suivant, personne ne m'a salué ni meme regardé passer. Personne n'était là pour ramasser les légumes qui ne poussaient plus depuis longtems. Seuls subsistaient des maisons aux vitres brisées, des facades criblées de balles et des portes fermées. Les traces de la guerre qui eut lieu ici entre 1991 et 1995 sont encore terribles. Dans cette région de la Croatie, nombreuses sont les maisons abandonnées, criblées d'impacts de balles, aux vitres cassées et aux toits effonfrés. Elles ne semblent pas avoir été touchées depuis la fin du conflit. Bien souvent, de nouvelles maisons, plus ou moins identiques ont été (ou sont en train d'etre) construites quelques mètres plus loin, avec cette meme brique rouge caractéristique.

En approchant de la région touristique des lacs de Plivitce, les traces du conflit s'effacent progressivement, remplacées par des maisons d'hotes et des panneaux touristiques.
Les lacs de Plivitce sont une merveille de la nature. Des eaux turquoises se déversent en cascades divines de bassins en bassins. Ce sont ces eaux elles-meme, aidées par quelques mousses, qui ont créé les barrages de travertin qui ont transformé peu à peu le lit de la rivière en succession de lacs. Jusqu'à 10 heures, le lieu est paradisique. Mais il est ensuite envahit par une foule immense. Les étroites passerelles deviennent bien vite trop freles pour contenir tout ce monde et l'on doit cheminer les uns derrière les autres, en file indienne... C'est la cohue, ca bouchonne. On se croirait sur le périph à l'heure le pointe ! Le prends la première sortie pour retrouver Yana et reprendre un chemin plus paisible, à travers une douce foret.

La suite vous la connaissez, jusqu'à la cote adriatique où je passe une nuit à la belle étoile dans une petite baie où l'eau est a des reflets d'émeraude. Je suis ensuite la cote durant une journée et demie, regrettant tout ce béton coulé le long des rochers, pestant contre cette circulation automobile qui ne cesse jamais, déplorant toutes ces plages surpeuplées, mais m'émerveillant face à tous ces ilots parsemés ici et là, sous un ciel uniformémant bleu. Je profite de quelques pauses pour me baigner aux heures les plus chaudes de la journée, et progresse ainsi au-delà de la ville de Split.
Il est alors temps de retourner un peu vers ces montagnes pour lesquelles je voyage et je quitte donc la cote pour remonter vers l'intérieur des terres. La température est telle, qu'elle m'oblige à prolonger ma pause pic-nic par une longue sieste entre 12 et 15 h. (C'est dur la vie d'un cyclo-voyageur quand-meme !). La route s'élève ainsi jusqu'à la frontière bosnienne, quittant les paysages méditerranéens pour retrouver des zones plus verdoyantes et fraiches.

Je quitte ainsi la Croatie pour découvrir maintenant la Bosnie-Herzégovine. J'ai beaucoup apprécié ce pays aux contrastes étonnants et aux paysages saisissants et meme si je ne suis pas encore très loin, quelques signes me montrent cependant que j'ai quitté l'Europe Occidentale. Il y a tout d'abord ces gosses qui n'hésitent plus à me saluer en me disant ˝Hello˝ ou ˝What's your name ?˝, comme si un cycliste pareillement équipé ne pouvait etre qu'étranger. Il y a ensuite ces chiens argneux et non attachés qui gardent leur territoire comme un lieu sain qu'il ne faudrait pas fouler. Plus j'ai affaire à ces animaux, plus je les trouve stupides. Agressifs par nature envers tous ceux qui leur sont étrangers, on dit qu'ils sont le reflet de leur maitre... Je me demande bien pourquoi l'homme en a fait son meilleur ami... Et puis il y a aussi ces camions furieux, qui ont cru bon de remplacer leurs freins par un klaxon tonitruant qui m'explose les tympans et qu'ils utilisent pour me faire éjecter de la piste plutot que de perdre le moindre kilomètre/heure. Et enfin, il y a ce je ne sais quoi dans l'air qui sent l'ansence de stress, comme si le temps s'écoulait ici plus paisiblement que par chez nous...