17/08 : Busko Jezero - Uskoplje 98 km en 7h06
18/08 : Uskoplje - Col de Kobilijaca 81 km en 7h30
19/09 : Col de Kobilijaca - Sarajevo 29 km en 1h54
20/09 : Sarajevo
21/09 : Sarajevo - biv avt la frontière du Monténégro 113 km en 6h01

L’appel du muezzin s’élève du fond de la vallée et se dissout en atteingant les sommets. Il est bientôt rattrapé par le son des cloches de l’église et les deux se mêlent dans une douce symphonie. J’avale un dernier loukoum et regarde le soleil se coucher derrière les montagnes. L’air frais sent bon le foin fraichement coupé. Les grillons ralentissent leurs chants. Un jeune berger rentre ses quelques vaches au pas de course et me salue timidement. Le ciel se teinte bientôt de pourpre et le village d’Uskoplje s’illumine à mes pieds. Parfum d’orient...

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Je suis entré en Bosnie-Herzégovine un jour auparavant, près du Busko Jezero, un immese lac de barrage sur les rives duquel j’avais dormi à la belle étoile. De là, un col aisé m'avait permis de rejoindre Tomislavgrad et sa vallée dorée comme les blés. Le vent de face me freinait considérablement dans ces étendues peléees. Mais j'aurais eu bien tort de m'en plaindre car il m'avait souvent été favorable jusqu'alors. La route s'élevait encore sur de hauts plateaux calcaires vallonés à plus de 1000 mètres d'altitude. Ces paysages grillés par le soleil et battus par les vents réveillaient en moi des images de l'Altiplano péruvien... Mais une chose était différente. Une chose me choquait considérablement dans ces étendues désertes. Qu'est ce que c'était sale ! Depuis la Croatie, les bords des routes sont de véritables décharges publiques. Il me semble que c'est ici pire encore que dans les lieux les plus sales d'Amérique du Sud ! Bouteilles en tous genres, canettes de bière ou de coca, paquets de cigarettes et emballages de biscuits sont les déchets les plus fréquents, mais on y trouve aussi des vêtements, des pneus, des cartons, des morceaux de métal, et bien d'autres choses encore. Immonde !!!

Le col suivant m'avait mené dans une vallée verdoyante aux courbes arrondies où l'élevage était la principale activité. J'arrivais ainsi dans le village d'Uskoplje. Me voici donc dans ce pré au-dessus du village, goûtant à cette première nuit aux parfums d'Orient...

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Le lendemain, je me suis engagé sur une petite piste de terre et de pierres, qui devait me mener dans la journée vers Sarajevo en coupant à travers le massif du Vranica. Je l'imaginais longue de 20 à 25 kilomètres, avec un petit col à 1200 ou 1300 m. Il y avait en réalité 43 kilomètres et un col à 1900 m ! Ce sont les surprises du voyage ! Et cette piste était souvent à la limite du praticable, me permettant tout juste d'atteindre les 12 km/h à la descente ! Mais qu'est ce que c'était beau ! Paysages de montaéesgnes verdoyantes, forêts, alpages, lacs. Les sommets étaient recouverts d'un tapis de myrtilles sauvages que beaucoup venaient ramasser dans de grands paniers d'osier. Je ne me suis pas gêné pour m'en régaler également de quelques grosses poignées. A midi, j'étais au col et je me disais que le plus dur était fait. Mais c'était sans compter sur une petite erreur d'aiguillage (il est difficile de se repérer dans ces montagnes lorsque plusieurs chemins partent dans des directions différentes, sans aucune indication. Ma boussole et mon instinct deviennent mes seuls outils... et ils ne suffisent pas toujours !) ainsi qu'une piste défoncée , remplie de cailloux et d'ornières dans lesquelles je pourrais plonger tout entier. Le piste se perdait même parfois dans les alpages, pour ne réeapparaitre que quelques centaines de mètres plus loin. J'arrivai ainsi auprès d'un superbe petit lac bordé d'un village aux maisons de bois, lieu de vacances pour quelques Bosniens venus camper au bord de l'eau. Le lieu respire la tranquillité, bien loin des spots pour touristes étrangers. Ce n'est finalement que le lendemain que je suis arrivé à Sarajevo.

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Le centre des villes, leurs quartiers touristiques, ceux que l'on parcourt quand on dit "faire" une ville, ne sont qu'une des multiples facettes que possèdent les villes. Elles sont trop souvent résumées à quelques rues, quelques monuments plantés là depuis des siècles, mais leur âme est ailleurs. Elle est à chercher dans les quartiers reculés, les banlieues pas toujours roses, les immeubles défraichis, les transports en commun, les marchés, les cafés. Bref, dans tous ces lieux où les citadins vivent leur vie au quotidien et non dans ceux où les touristes tiennent le haut du pavé. Pour sentir l'âme d'une ville, il faut y séjourner plus de deux jours, c'est certain. Mais l'entrée que l'on peut y faire à vélo au petit matin, par les quartiers populaires, permet d'aborder la ville autrement. C'est à cette heure-ci que les banlieusards quittent leurs quartiers gris pour aller travailler, attendant le tramnway sur des bancs d'un autre age, les yeux encore rouges de sommeil. Ce meme tramway datant des années 70, les ramènera dans ce triste décor au coucher du soleil. Le long de la large avenue qui mène au centre-ville, de nouvelles constructions, bâties à la hâte, tentent de cacher les vieux immeubles communistes dans lesquels les Bosniens vivent leur quotidien. Les affres de la guerre y sont encore nettement visibles, sur les facades ou les trottoirs. Puis le centre-ville approche, les troittoirs se font plus nettes, les constructions plus propres. Je m'arrete devant la grande mosquée, dans l'ancien quartier ottoman et m'assieds quelques instants. Il est encore tot et la ville est calme. Elle sera bientot assaillie de touristes, d'autant plus que j'arrive en plein festival du film.

Je prends plaisir à flaner dans les ruelles de la vieille ville ou se joue un étrange balai qui voit se croiser voiles et mini-jupes... La ville est calme, touristique, mais il y règne parfois une atmosphère pesante. Son lourd passé est toujours présent et lorsque l'on lève les yeux vers une facade où les impacts de balles sont encore présentes, on ne peut pas lui échapper, même si, en-dessous, un boutique de vêtements branchés expose sa vitrine flambant neuve.

Le soir venu, je vais manger un morceau en ville, puis, sur le chemin du retour, je m'arrête à nouveau devant la grande mosquée pour manger une petite brioche achetée au coin de la rue. C'est l'heure de la prière du soir. A la sortie, un jeune homme vient me voir. Kenah a 35 ans et s'est comverti a l'islam il y a une dizaine d'années, soit juste après la guerre. En compagnie de Mehmet et de son père, deux Turcs d'Ankara aux origines bosniennes rencontrés ici aussi, nous allons boire un thé turc. Kenah nous racontre l'histoire récente de son pays, cette guerre inhumaine dans laquelle il a combattu, ici meme, a Sarajevo, lors du siège de la ville par les forces serbes. Ce siège dura près de quatre ans et opposa les forces de Bosnie-Herzégovine, qui venait de déclarer son indépendance par un référendum, aux forces paramilitaires serbes de bosnie, qui refusaient d'etre séparées de Serbie et rattachées a la Bosnie. Pour lui, la Bosnie-Herzégovine est un pays multiculturel et multie-ethnique, où cohabitent pacifiquement différentes communautés. Sarajevo en est un bel exemple puisque coexistent ici mosquées, églises catholiques et orthodoxes et synagogues. Mais il me souligne tout de même la barbare des Serbes, qui ont massacré des villages entiers, détruit des centaines de mosquées... alors que les Bosniaques (le terme "Bosniaque" est utilisé pour désigner les musulmans de Bosnie et le terme "Bosnien" pour désigner les habitants de Bosnie-Herzégovine) n'auraient jamais détruit la moindre église. Il me rappelle également que l'armée bosnienne était et est toujouts multi-ethnique, composée de musulmans, de catholiques, d'orthodoxes ou de juifs, tout comme le gouvernement du pays... L'Histoire des Balkans est complexe et passionnante, mais souvent terrible.

Le lendemain, je rencontre quatre jeunes Francaises. Lucie, Alice, Virginie et Emiline sont en vacances dans les Balkans pour quelques semaines. Elles me décident à rester à Sarajevo une journée supplémentaire. Ensemble, nous allons visiter une mosquée. L'Imam nous invite à rentrer et nous propose d'assister à la quatrième des cinq prières du jour. Nous nous installons donc dans un coin de la mosquée. Une quinzaine de fidèles rentrent, les uns après les autres, en ordre dispersé, après que l'Imam (et Muezzin) ait chanté son appel de vive voix. Trois femmes aussi sont présentes, mais restent un retrait, dans un espace qui leur est reservé. Les chants de l'Imam qui résonnent dans l'enceinte de la mosquée ont quelque chose de magique... A la fin de la prière, l'Imam revient nous voir pour nous faire écouter sa musique religieuse préférée sur son I-Pod dernier cri...

Le lendemain, je quitte Sarajevo et la Bosnie à regret. Mais Yana avait envie de repartir ! Je prends donc la route des montagnes du Monténégro et, en chemin, traverse la Republika Srpska, ou République serbe de Bosnie. Cette division administrative n'a de république que le nom et montre que les problèmes ethniques ne sont pas encore totalement réglés dans cette région d'Europe. En effet, la Republika Srpksa est souveraine au niveau national : elle possède son gouvernement et son Président, ses lois et son drapeau. Mais elle n'est en revanche reconnue au niveau international que comme une "province" de Bosnie-Herzégovine. Quelques signes lors de ma traversée de cette région m'ont montré que les tensions existent encore, comme ce panneau où il était écrit "Bienvenue en Republika Srpska" tagué en "Bienvenue en Bosnie-Herzégovine", ou une certaine méfiance, voire animosité palpabe chez les Bosniaques envers les Serbes...