Si On Jouait - A vélo en Asie

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dimanche, septembre 6 2009

Question de la semaine - ALBANIE

Je vous laisse encore quelques jours pour la question de la semaine precedente. Vous aurez la bonne reponse bientot. Voici donc la nouvelle question de la semaine...

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Le pays des aigles : Albanie - du 27 au 29 août 2009

27/08 : Tivat (MNE) - Zusi (AL) 102 km en 5h23'
28/08 : Zusi - Klol 128 km en 7h07'
29/08 : Klos (AL) - biv avt Struga (MKE) 103 km en 6h53'

On m'a beaucoup parlé de l'Albanie avant que je n'y mette le pied. On m'a beaucoup mis en garde surtout ! L'Albanie, le pays fermé et inconnu, le pays qui fait peur !

On me décrivait un pays pauvre et refermé sur lui même, voilà en gros ce que je savais de ce pays, devenu communiste après la seconde guerre mondiale et alors dirigé d'une main de fer par le dictateur Enver Hoxha. D'abord proche de l'URSS de Staline, puis de la Chine de Mao, l'Albanie choisira la voie de l'isolationnisme complet à partir de 1978, cherchant à vivre en autarcie. L'Albanie devient alors un ilôt du communisme le plus pur, dur et fermé qui soit, avec 200 voitures pour tout le pays, essentiellement propriété des dirigents communistes. Le pays accumule alors du retard en terme de développement économique. Les dernières économies du pays vont à la construction de bunkers, (1 pour 4 habitants) pour « protéger l'Albanie de ses ennemis extérieurs ». Bien évidemment, impossible de fuir, sous peine d'être abattu à la frontière, ou condamné à de lourdes peines de prison... A la mort d'Enver Hoxha, en 1985, le régime devient de plus en plus nationaliste... cela tiendra jusqu'en 1992, quand des foules prennent d'assaut les ambassades étrangères. Le régime craque, et une génération ouvre les yeux à un monde dont elle ignore tout. Beaucoup profitent de l'occasion pour émigrer, en Grèce et en Italie notamment.

C'est ainsi que j'entre en Albanie, par une fin de journée ensoleillée. Je me remémore les mises en gardes contre ce "peuple de voleurs" en franchissant la frontière. Mais je connais trop l'éternelle rengaine qui dit qu'ici tout va bien, mais qu'il faut ce méfier du méchant voisin, pour y préter trop attention.

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Dès les premiers kilomètres, le changement est net avec la Monténégro. Les mosquées ont remplacé les églises (c'était déja le cas dans les derniers kilomètres avant la frontière côté monténégrin), la route est occupée par autant de cyclistes, de charettes ou d'ânes que de voitures et je croise les premiers bunkers, alignés sur le bord de la route. J'en verrai absolument partout dans le pays, le plus souvent par groupe de trois, en haut des cols, dans des prés, des forets, a l'entrée des villes, au milieu de nulle part... Les premiers regards de je croise semblent accueillants et je n'ai pas encore fait dix kilomètres depuis la frontière que deux jeunes gens m'arretent... pour partager avec moi un pastèque bien juteuse ! Ils parlent un peu italien et nous arrivons à communiquer ainsi. Un peu plus loin, je demande de l'eau dans un café et suis encore recu avec le sourire et quelques mots d'italien. Cinq kilomètres de plus et je m'arrete dans un bar / restaurant au bord du fleuve qui relie le lac de Shkoder a la mer. Le propriétaire, Mohammed, et son fils, ne parlent par un mot d'anglais ni d'italien. J'essaie cependant de leur expliquer que je cherche un endroit pour passer la nuit. Ils ne comprennent qu'à moitié et préfèrent appeler un voisin qui parle italien et m'offrir un café en attendant. Ce dernier arrive quelques minutes plus tard. Petit, trapu, son visage fermé et son regard noir, son les mêmes que ceux de son collègue, grand et sec, avec qui il arrive... le regard noir dont on m'avait tant parlé... Je lui explique m'a requete, avec mes trois mots d'italien, mélangés à de l'anglais et de l'espagnol. Il comprend et traduit à Mohammed. S'ensuit une discussion en Albanais où chacun semble plus ou moins s'énerver. Puis "l'Italien" se retourne vers moi et me dit : "Tu peux t'installer ici, ou la, ou meme a l'intérieur si tu veux" ! Puis il me demande où je vais... J'explique et quand je dis que je vais en Chine avec mon vélo, tous éclatent d'un rire franc. Les visages se détendent et Mohammed me dit qu'il veut me suivre jusqu'a Pékin avec son vieux vélo tout rouillé... et tout le monde de repartir de de grands éclats de rires !!! Voici le vrai visage des Albanais.

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Quelques minutes plus tard, deux hommes équipés de fusils et ceinturés de cartouches arrivent. Mahoammed les accueille et s'éclipse... pour revenir avec le meme attirail. Les trois hommes partent chasser sur le fleuve... Je me demande bien ce qu'ils vont ramener !

Je m'installe a une table et commencer a écrire quelques mots sur mon carnets quand le fils de Mohammed m'apporte un Coca-Cola, puis une assiette pleine de bonnes choses a manger, puis a nouveau un coca et enfin un café. Quel accueil !

Deux coups de feux résonnent dans le crepuscule. Les trois chasseurs reviennent avec un bel échassier huppé...

En repartant de chez Mohammed le lendemain a l'aube, apres un petit café partagé au bord de fleuve, touché par cette grande générosité.

Shkoder est la premiere ville albanaise que j'aborde. C'est une cité qui s'étale dans sa saleté, pas tres belle ni attirante, mais tellement diiférente. Il y regne une agitation anarchique qui n'est pas sans me rappeler l'Amérique du Sud. Je m'arrete quelques minutes pour observer cela et prends un café en terrasse... qu'on refusera la aussi que je paie !

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La route entre Shkoder et Tirana est plate et morne. La circulation y est bien trop importante pour qu'il soit agréable d'y rouler. Mais une surprise m'y attend vingt kilometres apres Shkoder : je vois arriver en face de moi deux cyclo-voyageurs lourdement équipés ! Gaël et Francois (ca s'invente pas) sont belges et reviennent d'Inde, d'ou ils sont partis au mois de mars. On discute une bonne demi-heure sur le bord de la route, en s'ëchangeant des informations sur nos parcours respectifs. Nous échangeons aussi nos cartes de Grece et des Balkans avant de reprendre la route chacun dans des directions opposées. Une rencontre bien agréable qui renforce encore mon désir de parcourir les steppes et les montagnes d'Asie Centrale...

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Auelaues kilometres plus loin, je bifurque sur la gauche et quitte ainsi la route principale du pays pour emprunter une route secondaire qui grimpe dans la montagne (70% du pays est constitué de montagnes). La chaleur est accablante (37 degrés a l'ombre... et le bitume n'offre guere d'ombre par ici). Je fais donc une halte dans un resto routier pour manger un bout, On m'y sert une grande assiette a soupe remplie de yaourt suivie d'une assiette de riz et d'une salade de tomates !

La route s'élève jusqu'a Burrel, au milieu de paysages brulés par le soleil. Je veux y faire le plein d'eau et entre dans un bar... Ils refusent, me disant que leur eau n'est pas bonne ! Je vais voir a coté, mais je n'ai pas eu le temps de rentrer dans le café que deux gars parlant italien, suivis par trois gosses dont l'un parle un peu anglais viennent m'aider. L'un deux s'éclipse alors que les autres me questionnent sur mon voyage et revient avec deux bouteilles d'eau minérale... qu'il refusera lui aussi que je lui paye !

Depuis mon entrée en Albanie, je suis surpris par le nombre de voiture immatriculées en Italie ou en Grece, ainsi que par le nombre de gens parlant italien. J'ai ensuite compris que ces gens la (surtout des hommes) avaient fuit leur pays lors de son ouverture, dans les années 90 et étaient aller chercher du travail en Italie ou en Grece, les pays voisins. Aujourd'hui encore, ces deux pays, et surtout l'Italie, restent l'Eldorado que beaucoup veule atteindre et la réussite semble ici se mesurer a la cynlindrée que l'on est capable de ramener de l'autre coté de l'Adriatique. Apres y avoir travaillé quelques années, on revient d'Italie au volant d'une belle carosserie, le ventre un peu arrondi et les poches pleines de quelques centaines d'Euros qui se transorment en milliers de Lekes une fois l'Albanie regagnée. Le regard que portent les autres sur nous a changé, on devient celui qui a réussi...

La fin de journée approche. Des gosses envahissent les bords de la route pour y vendre des mais grillés. Tous me saluent d'un "Hello" amical. Satisafit de l'expérience de la veille, je la renouvelle dans un nouveau restaurant, ou je suis cette fois accueilli par Lavdrim, Elina et leur fille, Abalona. Cette derniere étudiant au lycée, parle quelques mots d'anglais appris a l'école (apparemment les cours d'anglais en Albanie ne sont pas tres efficaces !). J'y recois le meme accueil que chez Mohammed...

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Pour mon dernier jours en Albanie, je recois encore un accueil formidable. Dans le village de Bulqize, glauque a souhait, niché en contrebas d'une mine ou fourmillent camions et buldozers, je fais une halte au milieu des maisons délabrées pour avaler quelques figues. Quelques gosses viennent me voir et me jettent tout ce qu'ils ont retenu de leurs cours d'anglais : "What's your name ? Where are you from ?" et c'est tout ! Deux hommes aux volants de grosses berlines immatriculées en Italie arrivent ensuite. Ils m'abordent en italien. J'explique. On me félicite. Je repars.

A midi, je suis a 2 km de la frontiere macedonienne. Je m'arrete pres de quelques maisons pour casser la croute. A peine ai-je le temps de m'arreter que trois gosses et leur mere sortent de la maison la plus proche. On me sort une chaise et une table pour que je sois bien installé ! Puis la femme m'apporte une bouteille d'eau fraiche... puis une autre... et encore une bouteille de glace pour que j'emporte avec moi ! Elle revient une nouvelle fois, chargée d'un sac de pommes et poires qu'elle me tend avec un grand sourire. Ce sera la derniere image que je garderai d'Albanie, ce pays trop petit ou j'ai passé trop peu de temps, ce pays ou l'on m'annoncait un peuple de voleurs aux visages durs et aux regards noirs, ce pays ou l'on m'annoncait des enfants jetteurs de cailloux et pickpockets. Je n'y aurai trouvé que des hommes et des femmes souriants, accueillants et généreux et des enfants curieux et respectueux.

Le seul (énorme) point noir de ce pays - mais il est également celui des pays voisins - c'est l'extreme saleté qui y regne. Les déchets s'y entassent, joncheant le sol le long des routes, dans les prés ou les lits des rivieres. Ils s'accrochent aux branches des arbres et flottent au vent comme des bannieres funestes, ils roulent sur la route lorsque le vent se leve, ils sont emportés par les cours d'eau lors des grosses pluies. Plusieurs fois, j'ai vu des conducteurs jeter par la fenetre de leur véhicule une canette de soda ou un paquet de cigarettes. N'ont-ils pas conscience de la gravité de leur geste ou n'en ont-ils rien a faire ? Je préfere opter pour la premiere solution, car l'éducation des plus jeunes pourrait peut etre éviter aux générations futures de marcher littéralement dans la merde de leurs parents...

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Mais je me rends compte qu'il y a encore beaucoup de chemin a faire lorsque je demande a ce gosse avec qui j'ai partagé une paquet de biscuits ou je peux jeter l'emballage vide et qu'il me dit "no problem" et le jette joyeusement dans le pré, de l'autre coté du mur auquel nous étions adossés ! Il n'a pas compris lorsqu'il m'a vu sauter le mur pour aller récupérer l'emballage et repartir avec...