Si On Jouait - A vélo en Asie

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jeudi, décembre 31 2009

Syrie 3 : du 20 au 30 décembre 2009 : Sous l'oeil de Bachar

20/12 : Amman (JOR) - Syda (SYR) 127 km en 6h16'
21/12 : Syda - Mallah 70 km en 4h35'
22/12 : Mallah - Suweidah City 98 km en 4h19'
23/12 : Suweidah City - biv. avt Dmeir 101 km en 5h02'
24/12 : biv. avt Dmeir - Palmyra 65 km en 3h24' (+ 160 km en camping car !)
25/12 : Palmyra - Chateau sur l'Euphrate en camping-car !!
26/12 : Chateau sur l'Euphrate - biv. ap. Deir Ezzor 82 km en 4h11'
27/12 : biv. ap. Deir Ezzor - biv. avt Ash Sadaadah 87 km en 4h24'
28/12 : biv. avt Ash Sadaadah - biv. avt Al Hasakah 74 km en 4h20'
29/12 : biv. avt Al Hasakah - maison avt Al Qamishli 89 km en 4h40'
30/12 : maison avt Al Qamishli (SYR) - biv avt Mardin (TR) 92 km en 5h09'


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Il est partout. Omniprésent, omnipotent, omniscient. Peint, dessiné, photographié, sculpté, gravé. A l'entrée des villages, dans les restaurants, les salons de thé ou les épiceries, sur les enseignes des magasins et des mécaniciens, sur les vitres des voitures et les places des villages, sur les frontons des écoles et dans les salles de classe. Il est la. Ou que l'on soit il est la. Tantot seul, tantot avec son papa, tantot souriant, tantot le regard menaçant, en tenue de militaire ou d'homme d'affaires, un fusil d'assaut ou sa femme a la main, il trone sur son pays. Chacun de ses sujets se doit de l'aimer. Non, ce n'est pas un roi, c'est pire que cela... A son service, un nombre incalculable d'hommes en arme (et parfois sans arme) sillone le pays avec pour mission de faire regner l'ordre. Chacun doit se sentir étroitement surveillé, c'est la la clé de la sécurité... Je me retrouve alors moi aussi sous l'oeil de Bachar...

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Alors qu'en Turquie lorsque je demandais mon chemin, on s'empressait de m'inviter a boire un thé, qu'en Jordanie les policiers préféraient me prendre en photo aux checkpoints plutot que de me demander mon passeport, ici, en Syrie, lorsque je m'arrete dans un village pour demander mon chemin, bien souvent, un motard arrive et me demande mon passeport, se le mets dans la poche et me dit de le suivre jusqu'au commissariat. Parfois la plaisanterie dure 5 minutes, d'autres fois pres d'une heure ! On m'explique que c'est pour ma sécurité... Et une fois mon identité vérifiée, on me dit avec un grand sourire - un sourire du meme genre que celui qui trone, encardé au-dessus du bureau - "Welcome to Syria" et on se met a me proposer du thé et des biscuits alors que quelques minutes plus tot l'accueil était plutot glacial. Quelquesfois on vérifie que je n'aies pas rendu visite a l'ennemi, en prenant garde toutefois de ne jamais prononcer son nom : " Es-tu allé en Palestine ? " (Ce qui ımplıque d'entrer sur le territoire israélien). Israel est un mot tabou ici et meme les backpakers qui s'y rendent parlent entre-eux de "Dısneyland" ! Drole de parc d'attraction...

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Je suis entré en Syrie il y a deux jours et j'ai déja subit plusieurs controles. Mais aujourd'hui, s'en est trop. Je n'ai pas fait 500 metres depuis le commnissariat (ou j'ai passé une heure) qu'un mec a l'air louche, juché sur une vieille moto, un mégot au coın du bec, me klaxonne et se met a me suivre. Je le salue et continue ma route. L'homme me double et s'arrete. Je lui passe devant sans meme le regarder. Il me crie quelques mots que je ne comprends pas, visiblement énervé, redémarre, me redouble et s'arrete a nouveau, cette fois de maniere a me bloquer le passage. Je m'arrete.
- Ou vas-tu, me demande-t-il en arabe ?
- Mallah.
Il me pose d'autres questions que je ne comprends pas. Je lui dis que je suis français, touriste, et que je vais a Mallah.
- Passport, me répond-il.
- Pourquoi ?
- Police.
Et il me fait signe de le suivre au commissariat.
- Non ! J'en viens du commissariat. J'y ai passé une heure, je vais pas y retourner ! Je vais a Mallah, lui dis-je d'un ton décidé en remontant sur mon vélo. Mais il me bloque le passage. Il ne comprends pas un mot d'anglais le bougre. J'essaye de lui explıquer en arabe, mais il ne semble pas mieux comprendre... Je commence a m'énerver. Lui aussi. Je lui dit d'appeler le commissariat pour vérifier. Il semble comprendre et sort son téléphone, échange quelques mots... puis s'en va sans me dire quoi que se soit. Pas une excuse, rien ! Je suis sidéré !

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Je repars, cette fois pour de bon. Cette 1ere journée d'hiver avait pourtant bien débuté, sous un beau ciel bleu et avec les montagnes enneigées de l'anti Liban en toile de fond. Mais je suis maintenant passablement énervé. En colere contre ce pays tout entier ou je me sans sous étroite surveillance, une surveillance qui devient méfiance lorsque je m'éloigne des routes touristiques.

Ce soir, pour bivouaquer, je m'éloigne soigneuse de toute route ou habitation, et je peux enfin gouter a un peu de liberté face au soleil couchant, un maté brulant a la main...

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Heureusement, la suite de mon parcours sera moins cahotique... quoique... Sur ma carte, une belle route coupe a travers le désert dans le sud-est du pays, pour rejoindre la région de Palmyre et constitue un raccourcis de plus de 100 km par rapport a la route principale. Je choisis de l'emprunter. Au moins, dans le désert, je devrais etre tranquille !

Premiere surprise, c'est une route nouvellement asphaltée ! Elle descend progressivement vers un incroyable désert de basalte. Des pierres noires d'étendent a l'infini. Spectacle incroyable ! Le vent me pousse. Je suis aux anges.

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Mais c'était trop beau. Arrivé a Az Zalaf, le bel asphalte disparait comme par magie et la route se transforme en piste, puis en piste défoncée. Le village que j'attendais ici n'est composée que de ruines... Un camp de nomades est installé sur l'horizon, au milieu des pierres noires. Puis je vois une habitation. Je m'approche. C'est un puits, comme j'en ai vu d'autres sur la route. L'eau souterraine est captée ici pour abreuver une partie de la Syrie. Des ouvriers sont en train de le réparer. Je m'arrete. Il me disent alors que la route s'arrete la ! Au dela, ce n'est qu'une multitude de pistes de pierres qui se perdent dans le désert. Si je continue, au mieux j'arriverai a la frontiere irakienne, au pire je me ferai dévorer par une hyene... Ils me proposent de me ramener a Suweida en camion le soir meme. J'accepte et passe l'apres-midi avec eux, a boire du thé et du maté !

Me revoici donc sur la route principale. Je remonte plein nord et décide d'éviter Damas - que j'ai déja visitée il y a un mois - et d'emprunter un petit raccourci qui me mettra sur la route de Palmyre - apres avoir bien vérifié que ca passe pour de bon ! La route est parfaitement plate et bordée de petits villages anımés. Les espaces libres sont cultivés ou occupés par les Bédouins, qui se sédentarisent peu a peu, au plus pres de la capitale. En continuant vers le nord, ces villages sont remplacés par des camps militaires garnis de jeunes soldats qui viennent y accomplir leur service - un service duquel les juifs sont exemptés...

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Je traverse la poussiereuse Dmeir, y fais le plein de victuailles et m'enfonce a nouveau dans le désert, un désert de pierres et de sable qui se perd dans les brumes. Je m'apprete a passer un Noel en solitaire au coeur du désert... Mais voıla, l'imprévu va encore frapper a la porte !

Alors que je suis perdu dans mes pensées, pédalant sur une ligne droite infinie, un camping-car me double. Instinctivement, je jette un oeil a la plaque d'immatriculation. Des Français ! Je leur fais un signe de la main et leve les yeux. Je vois alors écrit sur le haut du véhicule : www.latortueselene.com ! Incroyable ! J'agite alors mon bras dans tous les sens et crie. Le camping-car s'immobilise. J'arrive a sa hauteur et le conducteur ouvre sa vitre :
- Salut.
- Salut ! Vous me reconnaissez ?
- Heu...
- Je suis Gael, on s'est croisé au Pérou il y a deux ans, a Arequipa et on avait feté mon anniversaire ensemble la-bas !

Denis, Nanou et leurs enfants Océane et Timothée, que j'avais donc rencontrés au Pérou, alors que je voyageais avec Yves autour de l'Amérique du Sud, voyagent en famille autour du monde depuis déja 3 ans a bord de leur "tortue". Lors de notre premiere rencontre, il en étaient au tout début de leur périple et nous nous retrouvons ici, en plein coeur du désert syrien, par le plus grand des hasards ! Ah, le monde est petit ! La preuve : on peut en faire le tour a vélo !!!

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Je monte dans leur "tortue" et nous roulons jusqu'a Palmyre. Nous fetons donc Noel ensemble, au milieu des ruines romaines de l'oasis de Palmyre, autour d'un merveilleux poulet aux patates - oui, difficile de trouver mieux par ici ! - mais avec quand meme du vin et du Champagne !!!

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Nous restons ensemble encore jusqu'au chateau d'Helabiye, sur la rive sud de l'Euphrate. Les Sélénites - c'est comme ça qu'ils s'appellent - filent jusqu'a Alep, tandis que je prends la direction opposée, cap au nord-est, vers la Turquie.

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Je descends l'Euphrate sur la rive gauche et je plonge dans l'histoire. Dans cette Mésopotamie qui a vu s'élever les premieres civilisations, la vie rurale le long du fleuve mythique semble n'avoir guere changé depuis des siecles. Dans les cours des maisons d'adobe, les femmes cuisent leur pain dans des fours a bois. Dans les champs les hommes re-confectionnent les canaux d'irrigation. Les enfants, en ce samedi, ne sont pas a l'école et aident leurs parents. Ils gardent les moutons ou ramassent du bois de chauffe. Quel bonheur de pédaler ici !

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Je passe dans les faubourgs de Deir Ezzor et quitte le cours de l'Euphrate pour mettre cap plein nord, a nouveau dans le désert. J'installe mon bivouac a l'écart de la route, dans une steppe infinie. Au loin brillent les feux de quelques puits de pétrole. Silence absolu.

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Le matin suıvant, je me réveille sous un ciel gris et terne. Le désert n'ne est que plus profond. Je repars a l'azimut a travers la steppe, tirant tout droit, parallelement a la route sur une dizaine de kilometres. Je rejoins ensuite la riviere Nahr Al Khabur, l'un des principaux affluants de l'Euphrate en Syrie. Je remonte son cours plein nord. Le long de cet axe de vie, les maisons de pierre ou d'adobe s'égrainent en un chapelet irrégulier. En irriguant la steppe le long du cours d'eau, les hommes y cultivent le coton ou le blé, ainsi que quelques légumes. Un ruban d'asphalte défoncé se déroule sur cette steppe sablonneuse. Je retrouve ici l'accueil cordial et franc que j'avais trouvé lors de ma premiere entrée en Syrie.

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Le filet sérucitaire de Bachar semble se distendre dans ce Far East syrien. Ici, on m'offre le pain que je veux acheter et on me régale de thé et d'aubergines farcies. On me salue et me sourie. Meme les femmes n'hésitent pas a me regarder dans les yeux, a me sourire et quelquefois meme a me parler ! Icı, elles portent des vetements et des voiles colorés. La vie semble ici heureuse, quoique rude et laborieuse...

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Ce soir, je m'éloigne de l'asphalte et trace plein est dans la steppe pour installer mon bivouac a une quarantaine de kilometres de la frontiere irakienne. A 16h, le soleil disparait derriere la ligne d'horizon. La nuit et le froid s'installent pour de longues heures...

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Le brouillard est tombé durant la nuit. Une nappe épaisse recouvre les steppes de Mésopotamie. Il fait trois degrés... Je me rapproche de l'hiver. je sors ma boussole pour retrouver la route de laquelle je m'étais éloigné de plusieurs kilometres la veille (j'avais pris soin de noter le cap a suivre pour la retrouver). Cap nord-ouest. Les pneus de Yana accrochent le sable humide. J'ai la sensation de ne pas avancer, de faire su sur-place dans ce décor uniforme. Un bruit de moteur me signale pourtant que j'ai avancé dans la bonne direction, maşis je ne vois la route que lorsque je suis a une dizaine de metres d'elle. Un homme vetu d'un long manteau noir lui decsendant jusqu'aux chevilles et la tete emmitouflée dans un cheich rouge me regarde sortir du néant. Je reprends ma route sans mot dire.

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Quelques éclats de vois me parviennent de temps a autre. Je tourne alors la tete dans leur direction et aperçois une masse rectangulaire qui se détache dans la grisaille : une habitation...

Ash Shadaadah, 1er village depuis Deir Ezzor. Il y regne une agitation anarchique. Quand je pose pied a terre, une foule de curieux s'empresse de m'entourer et de m'aaillir de questions. Pour acheter du pain, il faut trouver la boulangerie, tache parfois difficile par ici. Ma technique conciste a repérer les gens portant un sac de pain et a repérer d'ou ils viennent. J'arrive alors devant un endroit ou quelques personnent s'agglutinent devant une mınuscule fenetre percée dans un mur gris : la boulangerie ! Je fais la queue. On ne se gene pas pour me bousculer et me passer allegrement devant. Et quand vient mon tour, des bras posent des billets par dessus mon épaule, et le boulanger ne prete absolument pas attention a moi... Il me faut presque lui crier dessus pour qu'il me voie...

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Une centaine de kılometres plus au nord, j'arrive a Al Hasakah. A l'entrée de la ville, je reğere le merché et vais y faire un tour. Mais a peine ai-je fais quelques metres que me voıla encerclé par une foule de curieux qui s'entassent autour de moi jusqu'a ce que je ne puisse plus bouger ! On me met dans la main un verre de thé brulant.

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Chacun observe ma monture avec étonnement, tatant les pneus et touchant ma carte (que personne ne sait lire mais que tout le monde regarde avec attention). Lorsque je parviens a m'extirper de cette foule, on me tend des pommes et plus loin un gosse me demande si c'est bien moi qui viens de France !

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Ambiance du marché d'Al Hasakah : marche_syrie.WAV

En ville, c'est le meme cinéma. Lorsque je m'arrete pour acheter des figues et de l'huile, les gens - ou plutot les hommes car de femmes il n'y a pas - m'observent, plantés a 10 cm tout autour de moi ! Est-ce un avant gout de l'Inde ? En tout cas, je n'aime pas trop ça...

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Je reprends la route plein nord. Quelques gouttes s'échapent de la masse nuageuse. Au moment de trouver un lieu de bivouac (chose difficile dans ces plaines de Mésopotamie ou les fermes sont disséminées a ıntervalle régulier et ou aucune végétation ne me permet de m'abriter du vent ou des regards), un homme, me voyant chercher, m'invite chez lui pour la nuit ! C'est étonnant, les deux seules fois ou j'ai été invité en Syrie auront été mes premiere et derniere nuits dans ce pays. Et a chaque fois, c'étaient des Kurdes...

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Mercredi 30 décembre, je quitte la Syrie sous une pluie glaciale et je retrouve avec plaisir la Turquie... ou je m'apprete a affronter les rigueures de l'hiver...

samedi, décembre 19 2009

Question de la semaine : Jordanie

De quoi s'agit-il ?

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Jordanie : du 24 novembre au 19 décembre 2009 : perles du désert

24/11 : biv. avt Daraa (SYR) - Amman (JOR) 130 km en 8h30'
25 et 26/11 : Amman
27/11 : Amman - biv. vue sur la mer morte 82 km en 4h01'
28/11 : biv. vue sur la mer morte - Wadi Karak 83 km en 4h57'
29/11 : Wadi Karak - At Tafita 80 km en 5h39'
30/11 : At Tafita - Dana 37 km en 2h38'
01/12 : Dana - Wadi Musa (Petra) 58 km en 3h20'
02 et 03/12 : Wadi Musa (Petra)
04/12 : Wadi Musa - Ar Rahadiyya 92 km en 5h21'
05/12 : Ar Rahadiyya - Rum Village (Wadi Rum) 29 km en 1h56'
06 - 13/12 : Wadi Rum
14/12 : Rum Village - biv. dans le désert 77 km en 4h09'
15/12 : biv. dans le désert - Biv. avt Al Jafr 134 km en 5h52'
16/12 : Biv. avt Al Jafr - biv. avt Azraq 180 km en 6h18'
17/12 : biv. avt Azraq - Qasr Amra 94 km en 5h41'
18/12 : Qasr Amra - Amman 93 km en 8h06'

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J'entre en Jordanie sous un ciel chargé de nuages noirs qui ne tardent par à laisser échapper une pluie épaisse et froide alors que j'entre dans les faubourgs d'Amman. J'y suis accueilli par Myriam et sa colloc' Hélène, pour quelques jours dans cette capitale plutôt désorientante avec son "downtown" étriqué et traditionnel dans le bas de la cité et les quartiers riches "à l'américaine" parcourus de larges boulevards menant des centres commerciaux aux hotels luxueux où règne une circulation anarchique sur les hauteurs d'Amman ouest.

Je ne reste que deux jours à Amman, pressé que je suis d'aller découvrir les merveilles du sud du pays. Je commence cette large boucle en me rendant au Mont Nebo, étape obligée sur la route des montagnes sacrées d'Asie. En effet, ce serait sur cette colline dominant la vallée du Jourdain et où la vue porte jusqu'à Jéricho et Jerusalem par temps clair que la Terre Promise a été révélée à Moïse juste avant la mort. Un petit mémorial y est érigé et la vue sur la vallée est effectivement superbe malgré le temps brumeux.

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La route plonge ensuite littéralement vers les eaux bleu sombre de la mer Morte. Moins 408 mètres : me voici au point le plus bas du globe. Une plage de galets s'étend en contrebas de la route. C'est l'heure pour moi de prendre le bain le plus étonnant et le plus amusant de ma vie ! Je flotte comme un bouchon ! Et quand j'essaie de faire quelques mouvements de brasse, mes pieds remontent à la surface et sortent inévitablement de l'eau, comme si j'avais des bouées autour des chevilles !!! Ce qui explique cette extrême flottabilité est l'extraordinaire teneur en sel de cette mer. La salinité y est en effet neuf fois plus importante que dans les océans. Et si la mer Morte est aussi salée, c'est parce que, dans ce lieu surchauffé durant l'été, l'évaporation y est extrême.

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Et cette mer, déjà morte, disparait un peu plus chaque jour. Le Jourdain, le principal fleuve qui se jette dans la mer Morte perd chaque année un peu plus de son débit. Seuls 10% de l'eau du Jourdain atteint aujouird'hui la mer Morte à cause du développement incontrôlé de l'irrigation dans la vallée du Jourdain, côté jordanien comme israélien. Le niveau de l'eau de la mer baisse ainsi de 50 cm chaque année et certains scientifiques prévoient sa disparition avant la fin du siècle...

Après ce petit bain, je quitte la "Dead Sea Highway" et remonte sur le plateau, à Karak, où je rejoins la route du Roi. Cette dernière plonge bientôt vers le Wadi Hasa, un canyon aride aux formes ondulées. 800 mètres de descente et autant de remontée ensuite. Les wadis jordaniens sont en quelque sorte des cols à l'envers !

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Plus loin, le Wadi Dana est pour moi l'occasion d'une nouvelle pause. Je laisse Yana au village et pars randonner quelques heures dans cette vallée encaissée qui plonge vers le Wadi Araba. Les falaises de grès rouge s'élèvent haut au-dessusdu lit asséché du wadi et présentent des formes étonnantes avec des stries, des lignes et des cavités de toutes parts. Quelques bédouins guident leurs chèvres vers l'aval, d'autres se font balloter par leur âne à la recherche d'un touriste à promener...

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L'étape suivante sur la Route du Roi est Wadi Musa, la ville située à l'entrée du site de Petra. J'y rencontre Bertrand, un cyclo-voyageur toulousain. Ensemble, nous visitons longuement le formidable site de Petra deux jours durant. Merveille archéologique, Petra est avant tout un chef-d'oeuvre de la nature. Son nom même, qui signifie "pierre" en grec, rend hommage à ses incroyables formations géologiques. Façonnés par les mouvements tectoniques, le vent ou l'eau, les paysages du site de Petra sont d'un beauté étourdissante. Et ces au coeur des ramparts naturels formés par les étroits canyons et les hautes falaises que les Nabatéens, peuple venu du désert d'Arabie au sixième siècle avant notre ère, établirent leur capitale, taillant dans la roche tendre des centaines de tombeaux rupestres. Le plus connu d'entre-eux - et certainement le plus beau - est le Khazneh, ou "Trésor", qui se dévoile au terme d'une marche de plusieurs kilomètres dans l'étroit canyon du siq. Mais il y a beaucoup d'autres choses à y voir et il est terriblement agréable de se promener sur les étroits sentiers qui sillonnent ce site naturel exceptionnel.

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Le 4 décembre, je reprends la route en compagnie de Bertrand, en direction du Wadi Rum. La King's Highway s'élève vers des crêtes désertes et arrondies qui dominent de profonds canyons plongeant vers le Wadi Araba, à la frontière israélienne. Quelques champs de pierres et de poussière sont disséminés ça et là le long de la route. Je me demande bien ce qui peut y pousser... Les villages se font de plus en plus rares, le désert s'installe peu à peu sous nos roues...

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Le sable vient parfois mordre la chaussée et des montagnes de grès s'élèvent maintenant au-dessus d'une mer de sable ponctuée de petits buissons épineux. Nous bivouaquons à la belle étoile à quelques kilomètres de l'entrée du parc du Wadi Rum. Quelques dromadaires brisent le silence nocturne de leur râle rauque. Nous nous endormons paisiblement sous un plafond scintillant d'étoiles.

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Une trentaine de kilomètres d'une belle route nous mènent jusqu'à Rum Village, un village de Bédouins sédentarisés devenu l'accès touristique du Wadi Rum. En compagnie de Bertrand, je me mets en quête de matériel d'escalade pour essayer de grimper un peu. Mais nous ne parvenons à dégoter qu'une corde ! Nous décidons donc de partir randonner quelques jours dans le désert.

Nous partons pour trois jours, en autonomie, sans tente ni matelas pour être plus légers. Nous quittons Rum en milieu de matinée et débutons cette randonnée par la traversée d'un cayon qui cizaille la montagne bordant la vallée à l'est du village. Au programme : recherche d'itinéraire et crapahutage dans les rochers.

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De l'autre côté du canyon, nous débouchons sur un petit cordon de dunes de sable rouge. Le soleil est resplendissant et nous marchons maintenant plein nord, vers un autre massif. La marche dans le sable du désert est usante, mais c'est la meilleure manière de mesurer l'immensité de ces étendues de sable et d'en apprécier toute la beauté - ainsi que son âpreté ! Nous contournons ainsi un long massif de grès et installons notre bivouac au sommet d'une dune. Le vue s'étend vers les immensité de ce désert si harmonieux, parsemé de montagnes de grès.

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Nous entamons notre seconde journée de marche par la traversée d'une nouveau canyon, beaucoup plus large que le précédent et bordé de parois majestueuses. Au fil de la journée, le ciel se couvre de nuages de plus en plus menaçants et, alors que nous atteignons le massif éloigné de Burdah, une petite pluie fine se met à tomber sur le sable du désert ! Nous trouvons un abri rocheux pour nous installer pour la nuit et allumons un feu pour nous réchauffer.

Au matin du troisième jour, le ciel est encore lourdement chargé, mais il ne pleut plus. Le sable mouillé est plus compact, ce qui rend la marche plus aisée. Avant de prendre le chemin du retour vers le village, nous grimpons jusqu'à une arche de pierre qui se cache au coeur du massif de Burdah. De là-haut, la vue sur le désert est tout simplement fantastique. Le ciel noir cisaillé de brèves trouées de soleil donne une autre dimension aux paysages, plus froide et austère...

De retour au village, nous rencontrons quelques grimpeurs, dont deux qui nous prêtent leur matériel le temps d'une journée ! Nous nous essayons donc à l'escalade sur ce grès tant particulier. Mais ces quelques mois de voyages à vélo nous ont vidés les bras de toute énergie et nous sommes bien incapables de grimper correctement !

Les sommets rocheux du Wadi Rum, pourtant si impressionnants vu d'en bas, ont été gravis depuis très longtemps par les Bédouins vivant ici, principalement pour aller chasser sur les plateaux sommitaux ou pour aller y ramasser des plantes médicinales. Ces anciennes voies sont aujourd'hui connues comme "voies bédouines" et représentent les accès les plus aisés aux principaux sommets de la région. Elles n'en sont pas pour autant vraiment faciles et si les Bédouins les parcouraient sans corde ni aucun équipement, elles comportent des passages très exposés. Nous nous donnons pour objectif d'effectuer la traversée ouest-est du Jebel Rum, le plus haut sommet de la région avec ses 1754 mètres d'altitude. Nous empruntons une corde d'esclade pour la descente en rappel, nous nous confectionnons des baudriers avec une sangle et un mousqueton et partons pour cette traversée en deux jours.

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Deux heures trente de marche dans le sable du désert nous mènent au pied de la face ouest du Jebel Rum. L'ascension débute par un pierrier qui nous conduit dans un étroit canyon que nous remontons lentement. Mais le maigre topo que nous avons récupéré avant de partir est avare en informations et nous suivons tant bien que mal quelques cairns qui partent en rive gauche du canyon et gravissent la paroi par un système complexe de vires et quelques pas d'escalade facile quoique assez exposée. Les indications de notre topo ne correspondent pas du tout au terrain dans lequel nous évoluons et nous commençons à douter d'être dans la bonne voie. Cependant, nous poursuivons notre ascension.

Nous devons alors escalader cinquante mètres très exposés en 4+, sans assurage, puis traverser d'étroites vires où il nous faut parfois ramper pour passer. Nous débouchons alors sur une large plate-forme où nous perdons plus d'une heure à trouver la suite de l'itinéraire, essayer de grimper d'un côté ou de l'autre, pour finalement trouver un passage qui nous conduit à une traversée en 3+ extrêmement exposée (avec 200 mètres de gaz !) et toute en adhérence. Nous décidons de sortir notre corde et nos baudriers et sommes bien heureux de trouver quelques spits qui nous permettent de nous assurer.

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En arrivant au bout de cette traversée périlleuse, nous arrivons enfin sur les dômes qui conduisent au plateau sommital. Le soleil disparait derrière l'horizon alors que nous frachissons de nouveaux pas d'escalade exposés, et nous trouvons avec bonheur un lieu de bivouac alors que nous commençons à être à bout, tant physiquement que nerveusement.

Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises... A peine deux heures après notre arrivée et alors que nous terminons de dîner au coin du feu, il se met à pleuvoir !!! Et notre lieu de bivouac n'est pas pourvu d'abri digne de ce nom ! Nous nous blotissons donc dans le creux d'une paroi en attendant la fin de l'averse, puis nous nous couchons à l'endroit qui nous semble le mieux abrité.

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Mais vers 22h30, l'orage que j'entendais approcher sournoisement, éclate au-dessus de nos tête... et une rivière se met subitement à couler sous nos duvets ! Nous nous réfugions précipitemment sous un lieu mieux abriter et passons là, assis en boule, près d'une heure en attendant que l'orage cesse !!! Le reste de la nuit, heureusement, a été plus calme et nous a permi de nous reposer un peu...

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Nous nous levons dès l'aube pour aller admirer le lever du soleil depuis le sommet du Jebel Rum. Le ciel est dégagé et le spectacle sublime. Sur le plateau sommital du Jebel Rum, une infinité de dômes de grès se colore de rose tendre, dominant les vallées de sable encore dans la pénombre.

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Maintenant que nous sommes au sommet, il nous faut redescendre. C'est la voie d'Hammad que nous devons suivre et cette fois-ci, nous ne voulons pas faire d'erreur. Nous peinons une bonne heure à trouver le début de la descente, dans ce dédale de dôme et de profonds canyons, puis suivons la cairns qui cheminent sur ces dômes vers l'est, jusqu'à venir à l'aplomb de la face est. Une série de quatre rappels nous permet de descendre dans le fond du grand siq, une profond canyon. Mais au moment de tirer la corde du troisième rappel de 40 mètres, celle-ci refuse de venir et se coince ! Il nous faut remonter pour la décoincer. C'est Bertrand qui s'y colle et ce n'est pas facile avec le peu de matériel que nous avons à notre disposition !

Il est déjà 14h30 quand nous récupérons enfin les cordes. Nous descendons le canyon, en partie inondée par l'orage de la nuit... et perdons à nouveau notre chemin... pour le retrouver enfin sans être sûr qu'il s'agisse bien du bon. Nous cheminons sur une crête qui file vers le nord et tirons trois nouveaux rappels pour enfin prendre pied sur le pierrier et retrouver ensuite le village. Il est 16h quand nous arrivons. Le soleil est sur le point de se coucher. Nous sommes épuisés après ces deux éprouvantes journées, mais heureux de ce que nous venons de réaliser (cette traversée est en réalité côtée AD).

Je quitte le Wadi Rum deux jours plus tard, et je me sépare par la même occasion de Bertrand, qui file lui vers Israël et les territoires palestiniens. Quant à moi, je reste dans le désert et m'élance sur une petite route défoncée qui me permet de rejoindre la route n°5, qui traverse l'inhospilaier Badia, le désert de pierre jordanien.

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Les sommets de grès perdent peu à peu de la hauteurs et finissent par s'effacer complètement. Le sable lui aussi disparait sous les galets de basalte qui recouvrent désormais une plaine uniforme et nue. Durant les trois premiers jours de cette traversée, le vent du sud me pousse et le ciel est radieux. C'est un vrai plaisir que de pédaler dans de telles conditions. Chaque soir, je dors à la belle étoile et je brûle quelques brindilles pour me réchauffer un peu - car les nuits sont glaciales, j'ai même droit à mes premières gelées blanches.

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Aux rares checkpoints, qui contrôlent cette route menant en Arabie Saoudite, je me fais immanquablement arrêter... pour que l'on m'offre du thé ou quelques mandarines, parfois même pour que l'on me prenne en photo... mais jamais on ne m'a demandé mon passeport !!!

Chaque jour le vent semble souffler plus fort et le quatrième, alors que j'arrive dans l'oasis d'Azraq, c'est une petite tempete de sable qui couvre le désert... Le vent tourne à l'ouest... et c'est justement la direction que je dois maintenant suivre pour rejoindre Amman. Cent kilomètres de lutte, parfois à moins de 8km/h sur du plat, font ressurgir en mois des sensations patagones... Le désert me dévoile toute sa rudesse.

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J'arrive à Amman totalement épuise, après une journée de plus de huit heures de vélo et je m'y accorde une nouvelle journée de repos avant de poursuivre ma route vers le nord qui doit me reconduire en Turquie, après une traversée du désert syrien.

Après cette boucle de quatre semaine, je ne sais toujours pas quoi penser du peuple jordanien. L'attitude des Jordaniens envers moi a oscillé entre le très bon et le beaucoup moins bon. Je serais plutôt tenté de dire qu'ils sont très chaleureux et accueillants, comme le laisserait paraître le nombre incalculable de "welcome" que l'on me dit chaque jour. De plus, un grand nombre de conducteurs me saluent en me croisant ou en me doublant. Maisà côté de cela, il y a aussi quelques abrutis qui hurlent comme des demeurés lorsqu'ils me doublent ou me voient passer. Et puis il y a ces sales gosses lanceurs de cailloux ! J'avais lu plusieurs récits de voyageurs à vélo qui racontaient cela, mais je ne voulais pas y croire. C'est pourtant vrai. La majorité des jordaniens entre 4 et 14 ans a pour habitue de jeter des pierres sur les cyclistes ! Mais des adultes m'ont expliqué de c'était normal, ce sont des enfants ! Ah bon ??!! Au final, j'ai reçu un accueil ici beaucoup plus mitigé qu'en Turquie ou même qu'en Syrie. Les invitations ont été rares. Seuls les bédouins qui continuent à vivre dans le désert de manière simple semble avoir conservé leur sens de l'hospitalité...

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lundi, novembre 30 2009

Syrie 2 : Damas et sa région : du 19 au 24 novembre 2009

19/11 : Anjar (LIB) - Damas (SYR) 62 km en 3h17'
20 et 21/11 : Damas
22/11 : Damas - Shahba 95 km en 4h34'
23/11 : Shahba - Dar'a 84 km en 4h16'
24/11 / Dar'a (SYR) - Amman (JOR) 130 km en 8h15'

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Damas est considérée comme la plus vieille ville au monde et regorge de monuments magnifiques dont le plus emblématique est sans aucun doute la grande mosquée des Omeyyades. Bâtie en 705, il s'agirait de la plus ancienne mosquée avec le Dôme du Rocher de Jerusalem a être encore dans son état initial. Cette mosquée, située au coeur de la vieille ville, est très fréquentée et sa grande cour intérieur est un des rares lieux calmes du centre-ville. Tout autour, s'étend le souk, presque aussi impressionnant que celui d'Alep. Je m'y promène des heures durant, tout en me régalant de petite spécialités locales, comme ces crèmes glacée tant réputées, faites à base de sahlep, une farine de tapioca qui lui assure un liant incomparable...

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Au sud de Damas, je retrouve les plateaux basaltiques désertiques semblables à ceux que j'avais vus plus au nord et en Turquie. Mais ici, les villages sont plus nombreux et l'accueil est toujours excellent. Lorsque je m'arrête pour prendre de l'eau ou faire quelques provisions, on m'offre souvent non pas du thé comme j'en avais pris l'habitude, mais du café, servi dans de minuscules dés à coudre et parfumé à la cardamone. C'est la boisson que l'on offre traditionnellement aux invités.

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A Bosra, un théâtre romain parfaitement conservé est l'occasion d'une petite pause touristique sur la route de la Jordanie et sous un soleil resplendissant. Je bivouaque quelques kilomètres plus loin, dans une oliveraie.

Le lendemain, je quitte la Syrie et file vers Amman, capitale jordanienne, sous l'oeil étonné de quelques dromadaires...

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samedi, novembre 21 2009

Liban - une état aux multiples visages - du 16 ay 19 novembre 2009

16/11 : Ein Hlaqim (SYR) - Tripoli (LIB) 101 km en 5h51'
17/11 : Tripoli - Beirut 104 km en 5h39'
18/11 : Beirut - Anjar 58 km en 4h35'
19/11 : Anjar (LIB) - Damas (SYR) 62 km en 3h17'

Je n'avais pas prévu de traverser le Liban. Mais a Alep, j'ai rencontré beaucoup de voyageurs qui m'ont incité a faire un crochet par ce petit pays, coincé entre la Syrie et Israël. Malgré la taille réduite de cet état (deux fois plus petit que l'Auvergne), il possède des visages très contrastés et j'ai vraiment eu l'impression de traverser trois pays totalement différents...

Je franchis la frontière près de la côte méditerranéenne, a l'extrême nord du pays. La route trace droit entre les orangeraies sur un fond de sommets enneigés. Ma première vision du Liban est plutôt agréable. Au détour d'un virage, la mer m'apparait, une mer d'huile sous un ciel de plomb. La route s'approche de la rive, mais sur la plage de galets que je longe désormais s'entassent les ordures. L'odeur y est insupportable. Quelques rats courent entre les détritus. Voila ce que les hommes ont fait de la Méditerranée...

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Un peu plus loin, des bidonvilles sont posés au milieu des ordures. Des gosses crasseux me demandent des dollars tandis qu'un camion me noie dans un nuage de mazout. La route à deux fois deux voies qui me conduit à Tripoli est horrible. La circulation y est anarchique et elle est bordée d'autant de décharges que de carcasses de véhicules ou de maisons en piteux état. Avec la mer à droite et les montagnes enneigées à gauche, le tableau pourrait pourtant être idyllique...

Les faubourgs de Tripoli sont faits d'immeubles crasseux sur lesquels les marques de la guerre sont encore bien visibles (la dernière guerre entre Israël et le Liban date de l'été 2006). Dans les rues de la ville, les militaires sont omniprésents. Je dois franchir plusieurs check-points pour arriver enfin dans le centre-ville, crasseux et peu accueillant... Il me faudra près de deux heures pour trouver un hotel qui m'accepte avec mon vélo !

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Entre Tripoli et Beyrouth, la route longe la côte. Le ciel est bleu, la mer turquoise par endroits, mais les bords de mer sont bétonnés, barricadés ou, lorsqu'ils sont libres, croulent sous les ordures. Plus je m'approche de la capitale et plus la circulation s'intensifie. Au dela de Byblos, station balnéaire réputée, tout change. Le traffic d'abord : le vieilles mercedes cabossées sont remplacées par des 4x4 rutilants et les voitures de luxe ne sont pas rares. Le long des 40 derniers kilomètres avant Beyrouth, s'alignent hotel et night clubs plus ou moins louches...

Beyrouth m'offre un accueil glacial. Je m'extrais tant bien que mal des énormes avenues encombrées pour déboucher dans le centre-ville... qui semble peuplé uniquement d'agents de sécuité. Ces derniers veillent sur chaque batiment flambant neuf : banques et administrations, boutiques de luxe et hotels cinq étoiles. Tout est dans la démeuse et le tape-à-l'oeil. Pas un passant, seulesdes voitures de luxe sillonnent les rues trop propres ! Je peine à trouver un endroit pour la nuit et doit rebrousser chemin sur plusieurs kilomètres pour finalement atterrir dans un hotel glauque à souhait et bien au-dessus de mon budget à la nuit tombée. J'y passe une nuit horrible et me réveil avec une seule idée en tête : fuir cette ville au plus vite et rejoindre les montagnes où, je l'espère, je verrai un autre visage du pays.

Pour me remonter le moral, je m'offre un petit déjeuner "à la française" avec café, croissants et pains au chocolat. Alors que je m'empiffre d'un quatrière pain au chocolat, je vois passer par la fenêtre un cyclo-voyageur qui part dans la même direction que moi ! J'engloutis les dernières bouchées et fonce pour le rattraper.

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Dan est anglais et est en route pour Cape Town : un voyage qui devrais durer une année environ. Nous faisons route ensemble et gravissons un col à 1500 mètres d'altitude, qui nous mène jusque dans la superbe vallée de la Bekaa, cernée de sommets coiffées de neige fraiche. Ici, les paysages sont somptueux et nous traversons de ptits villages paisibles et accueillants. Je découvre le troisième visage du Liban après celui de sa triste côte nord et celui surprenant de sa capitale.

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C'est la première fois, depuis la France, que je fais route avec quelqu'un, et c'est bien agréable de pouvoir discuter un peu. A Anjar, arès avoir visiter les ruines d'une ancienne cité omeyyade, nous nous offrons un bivouac de luxe dans le parc d'une église arménienne... et nous nous concoctons un etit festin dont seuls les cyclistes ont le secret !!!

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Le lendemain, nous franchissons la frontière et regagnons la Syrie pour filer vers sa capitale, Damas....

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Question de la semaine : Syrie 1

A quoi sert cette corde...

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vendredi, novembre 20 2009

Syrie 1 : du 4 au 16 novembre 2009 :

4/11 : Harran (TR) - Zinbak (SY) 35 km en 2h19'
5/11 : Zinbak - biv. ap. Euphrate 113 km en 5h28'
6/11 : biv. ap. Euphrate - Alep 116 km en 5h35'
du 7 au 9/11 : Alep
10/11 : Alep - Al Rafadeh 47 km en 2h59'
11/11 : Al Rafadeh - Saraqib 95 km en 5h14'
12/11 : Saraqib - Ariha 33km en 2h35'
13/11 : Ariha - Al Haffeh 84 km en 4h52'
14/11 : Al Haffeh - Chatha al Tahta 61 km en 5h10'
15/11 : Chatha al Tahta - Ein Hlaqin 93 km en 5h42'
16/11 : Ein Hlaqin (SY) - Tripoli (LB) 101 km en 5h51'

J'entre en Syrie sous un ciel gris et freine par un fort vent du sud. Apres pres de deux mois passes en Turquie, je dois repartir de zero : nouvelle langue, l'arabe, nouvelle culture, nouveaux codes, nouvelle monnaie... Je me demande bien quel accueil je vais recevoir ici... et surtout comment je vais me debrouiller en arabe, moi qui me retrouve analphabete devant les premiers panneaux que je croise !

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Une partie de la reponse m'est donnee apres moins de vingt kilometres, quand Hussein, coiffe d'un keffieh rouge et vetu de l'habit traditionnel, m'invite a passer la nuit chez lui, dans sa maison d'adobe. L'un de ses six enfants, Ahmed, 20 ans, parle quelques mots d'anglais, ce qui nous permet de discuter un peu. Il me presente quelques-uns de ses cousins (tres nombreux). Ismail, l'un d'eux, me dit avoir seize freres et soeurs !!! Les familles syriennes sont en general tres nombreuses, d'autant plus que la polygamie est encore d'actualite ici... Pour cette premiere soiree - toujours en territoire kurde - l'accueil que je recois est aussi bon qu'en Turquie, me voila rassure.

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Jusqu'a Alep, la route file droit dans le desert. Quelques villages aux etonnantes maisons de terre aux toits en dome jalonnent mon avancee. Dans l'un d'eux, je m'arrete a l'ecole ou je suis recu par Yusef, l'instituteur, et Mustafa, le "maire" du village. Ce dernier me demande combien vaut une femme en France... La sienne est vieille et malade et il en voudrait une nouvelle. Pour une jeune Francaise d'une vingtaine d'annees, il serait pret a mettre un bon prix !!!

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La polygamie est tout a fait commune en Syrie. Beaucoup d'hommes ont deux ou trois femmes, voire meme quatre, limite autorisee par le Coran. Les femmes s'achetent et peuvent couter tres cher : jusqu'a six a dix mille dollars, une petite fortune quand on sait que le salaire moyen en Syrie est de 200 dollars mensuels.

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Le soleil est de retour pour mon arrivee a Alep, une ville fourmillante de vie. Je suis accueilli par Christophe, expat' francais habitant dans une splendide demeure perdue dans le dedalle de ruelles du quartier armenien.

Le souk d'Alep est sans doute l'un des plus beaux et des plus traditionnels du Moyen Orient. Vendeurs d'epices, de tapis, de foulards, de tissus, de viande, de vetements, de bijoux en or ou en argent, de savons et de cosmetiques, de cordes, de chaussures, de cannes ou de balais, de poissons ou de fruits et legumes, tous se melangent dans ce souk dont les allees couvertes forment un labyrinthe de plus de 6 kilometres. De quoi se perdre plusieurs heures ! J'y croise beaucoup de femmes vetues de la burqa. Je n'en avais vu que tres rarement en Turquie, mais ici beaucoup de femmes sont entierement couvertes de noir. Certaines ont seulement les yeux apparents, d'autres une plus grande partie du visage... La religion semble ici bien plus severe qu'en Turquie.

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Je quitte Alep par de riches quartiers residentiels... qui s'arretent net sur une decharge ou quelques tentes de toile de jute abritent ceux que la ville a rejetes, mais a laquelle ils semblent tout de meme vouloir s'accrocher... Plus loin, je traverse des villages crasseux ou des camions toussotant defoncent un peu plus la route a chacun de leur passage tout en m'envoyant dans les narines des nuages noirs de mazout. Desagreable sensation... Heureusement, la route s'eleve bientot dans un massif calcaire de toute beaute. Les paysages deviennent mediterraneens avec leurs collines couvertes de garrigue et leurs plantations d'oliviers. C'est au milieu de ces paysages que se dressent les ruines de l'eglise de Saint Simeon, datant du Veme siecle. Dans cette eglise aurait vecu Saint Simeon, qui serait reste durant 37 ans au sommet d'une colonne pour mediter. Les vestiges de cette colonne sont toujours visibles aujourd'hui sur le site.

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Le lendemain, je me reveille dans une ambiance feutree. Un discret voile de brume enveloppe la "ville morte" qui m'a servi de lieu de bivouac. Au loin, je distingue la vallee noyee sous une mer de nuages. Mais ici, les premiers rayons du soleil viennent timidement me rechauffer. Une etroite piste de terre rouge bordee de murets de pierres blanches me mene vers d'autres ruines, puis jusqu'a un village ou je suis invite par Ahmed a prendre le petit dejeuner. Ce dernier parle un petit peu anglais et m'explique que sa femme est agee et qu'il en voudrait une autre, si possible parlant anglais et francais. Elle lui serait alors tres utile pour son projet de construire une guesthouse ici. Et puis, il n'a que huit enfants, ce n'est pas suffisant. Il en veut beaucoup plus !!!

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Dans la campagne syrienne, la recolte des olives, un des principaux produits agricoles du pays, bat son plein. Des familles entieres passent leurs journees a cueillir ces fruits qui permettront de produire, entre autres, une huile de qualite.

Dans la petite ville de Saraqib, je suis accueilli par Iyas et ses cousins, Kinan et Hasan. Encore un accueil exceptionnel chez ces jeunes syriens desireux de voyager eux aussi dans le monde entier.

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Entre Saraqib et Latakie, une autoroute est en construction. Certaines portions sont presque terminees. Il ne manque que les finitions... et certains ne se genent pour pour l'emprunter, roulant a droite ou a gauche de la chaussee, sans se soucier de ceux qui font de meme et peuvent arriver en face ! Mais que fait la police ??? Ben la meme chose !!! Il est etonnant de remarquer, dans un pays si controle et ou les libertes individuelles sont souvent reduites, qu'il existe cependant une totale absence de controle des que l'on tient un volant dans les mains. L'anarchie devient la seule regle et les Syriens, pourtant si courtois, souriants et attentionnes, peuvent devenir de vrais monstres sans scrupules lorsqu'ils tiennent un volant. Plus question de faire de courtoisies. C'est le plus gros (ou celui qui a le plus puissant klaxon) qui passera le premier... autant dire que j'ai peu de chances de me faire respecter !

La Syrie est un pays superbe, dont le peuple, si accueillant, en fait toute la richesse. Ici, on me l'a dit a plusieurs reprises, je ne suis pas considere comme un touriste, ni meme comme un ami, mais comme un frere. Le vernis est beau et l'on aurait envie d'en rester la. Mais des que l'on cherche a creuser un peu et que le vernis cede, on decouvre de grandes zones d'ombre qui viennent noircir le tableau.

Il y a tout d'abord cette odeur de mazout brut qui flotte sur toutes les routes du pays. Beaucoup de vehicules crachent derriere eux de lourds nuages noirs et asphyxiants et, meme en pleine campagne, l'air semble sature par cette horrible odeur. La pollution atteint par endroits des proportions terribles. Partout, les ordures s'entassent : le long des routes, dans les champs et les vergers, pres des maisons et dans les cours des ecoles, aux entrees et sorties de villages. Pas un endroit ne semble etre epargne. Si cela continue ainsi, la terre sera bientot asphyxiee elle aussi, noyee sous les dechets. Les cours d'eau me donnent la nausee. Une odeur repugnante se degage du filet noireatre qui y coule. Mais tout cela ne semble inquieter personne et chacun continue a jeter ses poubelles derriere sa maison ou par la vitre de sa voiture... Je ne parviens pas a comprendre...

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La Syrie est un des pays les plus surs du monde. Le risque de se faire voler est quasi nul. Mais c'est aussi un pays ou le conrole de la population est tres strict. Le "President" Bachar El Assad, est partout. Son portrait trone dans chaque magasin, cafe ou habitation. Tous les Syriens semblent l'aimer, en tout cas c'est ce qu'ils disent. El Assad a ete reeulu en 2007 avec 97 pourcent des voix. Mais la liberte de parole semble ne pas etre totale a ce sujet... Les polices plus ou moins secretes sont nombreuses et quadrillent le pays. Plusieurs fois, j'ai vu des motards m'observer avec attention, puis s'arreter, me redoubler, s'arreter a nouveau, passer un coup de fil et me redoubler enfin, un revolver attache a la ceinture. Ce sont des policiers en civil qui me surveillent de pres. Je me suis fait aussi controle par une voiture de flics en civil sur la route d'Alep...

Apres Saraqib, je prends la direction du massif montagneux qui separe la cote mediterraneenne du desert syrien. Dans ces reliefs escarpes se nichent plusieurs merveilles dont le Chateau de Saladdin, perche sur un eperon rocheux entre deux profonds canyons qui lui servirent de protection naturelle.

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La route s'eleve ensuite dans le massif calcaire des Monts Al Sahel. En bien des endroits, des terrasses ont ete taillees dans les pentes abruptes pour permettre de cultiver la terre. En m'arretant dans un petit village pour manger un morceau, je suis intrigue par la boisson aux allures qui me sont familieres que boivent mes voisins de table. Je crois me tromper et regarde de plus pres, puis leur demande confirmation pour en avoir le coeur net. C'est bien ca. Ils boivent du mate ! Le meme qu'en Argentine, avec la bombilla et tout ! Je n'en crois pas mes yeux et file en acheter dans l'epicerie la plus proche !!! J'apprendrai plus tard comment cette boisson sud-americaine a pu parvenir jusqu'ici... Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, l’immigration arabe en Amérique latine a constitue un phénomène important par sa quantité, et particulier par sa nature. Fuyant le régime et les discriminations en vigueur dans l’Empire Ottoman venu les envahir, des Arabes – pour la majorité des Chrétiens – partirent de Tripoli ou Beyrouth pour le Brésil, la Colombie, le Chili ou l’Argentine. Quittant un empire turc où le the se boit un peu a la maniere du mate en argentine et ou le narguilé était répandu partout, ils trouvèrent peut-être dans le maté, la calebasse qui le contient et la bombilla (paille de métal) qui sert à l’ingurgiter, une version miniature de la pipe à eau, et tout l’attirail d’objets et de rituels qui l’accompagnent. A leur retour au Moyen-Orient, les fils des premiers colons ont trouvé de nouveaux pays qu’ils durent, à leur tour, reapprendre à coloniser. Les turcs partis, ils conserverent le maté, emporté avec eux pour les rappeler au souvenir des Amériques. Un souvenir aux saveurs ameres comme l'herbe du mate, mais qu'ils savent rendre plus doux en lui ajoutant beaucoup de sucre...

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Ce soir la, apres avoir franchi un impressionnant col qui m'a permis de rejoindre la Vallee d'Al Ghab, je m'installe pour bivouaquer dans une foret a l'ecart de la route. Comme bien souvent, quelqu'un vient a ma rencontre et me dit que c'est dangereux de dormir ici tout seul... parce qu'il y a des animaux sauvages ! Ben je suis bien content qu'il en reste encore quelques-uns malgre la pollution qui regne ici !!! Je lui dis que je suis habitue a dormir ainsi et qu'il n'y a pas de probleme. Il s'en va... Pour revenir trente minutes plus tard, accompagne de deux hommes, dont l'un parle anglais et me repete que c'est dangereux de dormir ici, que je suis tout seul et qu'il y a des animaux. Je serais mieux dans le village... Devant mon insistance, ils me laissent et s'en vont. Mais alors que j'allais me coucher et qu'il fait deja nuit noire, deux hommes arrivent en moto et me crient "Police, Police !". Les deux lascars, d'un QI inferieur a la moyenne de leur congeneres, m'ordonnent de sortir de ma tente et de leur donner mon passeport. Ils me repetent encore une fois qu'il y a des animaux sauvages (que j'ai effectivement entendu quelques minutes auparavant, hurlant a la tombee de la nuit). Ils me disent que ce sont des loups, des hyenes, des chacals et meme des lions !!! (Je dirais plus vraisemblablement des chacals). Je ne peux m'empecher de laisser echapper un petit rire a l'enonciation de ce dernier animal.... ce qui ne leur a guere plu. Ils appellent leur chef au telephone et ce dernier me dit, avec les trois mots d'anglais qu'il connait : "vous devez obeir et les suivre". Impossible de les faire changer d'avis. Ils ont confisque mon passeport et refusent de me le rendre si je ne les suis pas. Je me vois donc dans l'obligation de ranger toutes mes affaires, de plier ma tente (en prenant bien soin de prendre mon tremps) et de charger Yana pour les suivre en pleine nuit, jusqu'au village, ou ils me font replanter ma tente dans la cour de la maison des gardes forestiers, avec un spot allume toute la nuit sur ma tente pour ma securite !!! Quelle belle nuit j'ai passe la !! C'etait pour votre securite me repetent-ils... mais je me demande si ce n'etait pas aussi un peu pour me surveiller... Les Syriens n'aiment pas trop que l'on sorte des sentiers batus et le premier homme qui m'a vu n'a pas hesite a appeler la police pour me faire decamper... et il a reussi son coup !

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Je quitte la Syrie le lendemain, avec le sentiment de ne pas cerner totalement ce pays aux multiples facettes. Je pars donc pour un court sejour au Liban avant de revenir en Syrie du cote de Damas, dans quelques jours...

dimanche, novembre 8 2009

Diyarbakir - Akcakale : du 28 octobre au 3 novembre 2009

28/10 : Diyabakir
29/10 : Diyarbakir - biv ap. Ovabag 63 km en 4h28'
30/10 : biv ap. Ovabag - Viransehir 48 km en 2h19'
31/10 : Viransehir - Sanliurfa 104 km en 6h16'
01 et 02/11 : Sanliurfa
03/11 : Sanliurfa - Harran 60 km en 3h01'

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Diyarbakir est consideree par les Kurdes comme leur capitale en Turquie, mais c'est surtout une ville a l'atmosphere incomparable. Cerclee par de hauts remparts de basalte, elle est tout a la fois rude, mysterieuse et envoutante. Je la decouvre sous la pluie et un ciel gris et triste qui en renforce la noirceur et le cote mysterieux. Dans la cour de la grande mosquee, des hommes aux moustaches soignees vetus de salvar (larges pantalons traditionnels arabes) et coiffes de foulards mauves palabrent entre les deux sadirvans (fontaines a ablutions). En me perdant dans le dedalle de ruelles labyrinthique, je fais quelques rencontres etonnantes : Ahmet, l'ex taulard qui fume du hashish et m'invite a boire quelques thes chez lui ; Firat le guide touristique qui me parle de ses problemes de coeurs avec une Americaine tout en sirotant un ou deux verres de the dans l'atelier de son oncle qui repare et vend des antiquites.

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Au detour d'une ruelle, une delicieuse odeur de pain frais me mene jusque dans une petite boulangerie ou l'on m'offre un pain encore brulant agremente d'une ribambelle de sourires et de "bienvenue mon ami". Un peu plus loin, un jeune vendeur de simits deambule avec ses petits pains ronds au sesame disposes sur un plateau qu'il tient en equilibre sur la tete...

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C'est sous un ciel aussi noir que les murs d'enceinte de la ville que je quitte Diyarbakir. Une route boueuse longe le Tigre, qui n'est ici encore qu'un maigre cours d'eau, avant de s'elever vers le plateau basaltique. Quelques villages sont plantes sur ces immensites ou seules les pierres semblent pouvoir sortir de terre dans les champs de glaise. Quelques troupeaux de vaches, moutons ou chevres y trouvent pourtant leur subsistance.

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Dans un de ces villages austeres aux maisons de basalate cerclees de murs noirs, on m'invite a boire un cay et a manger un bout de fromage et de pain. Les hommes y portent le foulard mauve typique de la region kurde et les femmes des vetements tres colores. Un militaire, kalachnikov en bandouliere, est la aussi... pour proteger ou surveiller le village, je ne sais pas trop... En quittant ce hameau, une dizaine d'enfants me suivent en galopant joyeusement a mes cotes.

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Un peu plus loin, le plateau devient desert et la pluie se met a tomber. Je plante ma tente a quelques 1500 metres d'altitude alors que l'orage eclate. Ma tente "made in China" achetee a Kayseri montre ses limites et prend l'eau de toutes parts !!!

Au petit matin, je suis trempe et mes affaires aussi. Il fait 5 degres et un brouillard epais est tombe sur la region. L'hiver arrive doucement sur la Turquie... Je repars sur la piste boueuse qui me mene jusqu'a Viransehir ou je me refugie dans le premier hotel venu pour me secher et prendre une douche bien chaude, regardant les informations televisees qui montrent les importantes chutes de neiges qui ont eut lieu dans l'est du pays...

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Le lendemain, j'arrive a Sanliurfa, toujours sous un ciel gris et triste. Sanliurfa se trouve a seulement 50 km de la frontiere syrienne, et l'influence arabe y est deja bien perceptible. Le bazar, avec ses ruelles animees et son plan labyrinthique m'emmene dans un monde hors du temps. Apres avoir deambule etre les vendeurs d'epices ou de fruits secs, entre les ferrailleurs, les couturiers et les menuisiers, les bouchers, les cordonniers et les vendeurs de textiles et de chaussures, je debouche dans la cour d'un ancien caravanserail ou des dizaines d'hommes moustachus jouent au backgammon, aux dames ou aux dominos tout en ingurgitant des litres de the.

A Sanliurfa, je suis accueilli par Celen et Martam. Le premier est sculpteur et dessinateur, la seconde est etudiante en musique. Je decouvre chez eux une autre facette de la Turquie, celle d'une jeunesse qui veut vivre a l'occidentale s'eloignant des codes et des interdits dictes par la religion.

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La region qui s'etend au sud-est de Sanliurfa etait, il y a quelques annees encore, un desert. Mais le barrage Ataturk, construit sur le cours de l'Euphrate, a permis d'irriguer toute la region et l'on y cultive aujourd'hui coton et mais principalement. Pres de Harran, sans doute l'un des villages les plus vieux du monde, je suis accueilli par Mehmet et sa famille. Ils invitent pour l'accosion un autre Mehmet, parlant anglais, pour faire la traduction ! Ce dernier est prof de turc a l'ecole du village et m'apprend beaucoup de choses sur le systeme scolaire ici et notamment que si, theoriquement, l'ecole est obligatoire pour tous les enfants de 6 a 14 ans, ici, beaucoup d'enfants doivent aider leurs parents a travailler dans les champs durant un bonne partie de l'annee et ne suivent les cours que pendant les mois d'hiver. C'est ainsi que sur 45 inscrits dans sa classe, ils ne sont qu'une quinzaine a venir actuellement. C'est une difference importante entre l'est et l'ouest de la Turquie, ou tous les enfants ou presque sont scolarises toute l'annee.

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Je quitte donc la Turquie apres cette derniere nuit en tant que "misafir" et je me dirige vers la Syrie. Je reviendrai en Turquie a la fin du mois de decembre si tout va bien. Ce sera alors l'hiver qui m'accueillera et qui m'accompagnera sur les routes montagneuses et enneigees et l'est de l'Anatolie...

vendredi, novembre 6 2009

Les règles du jeu "Question de la semaine" changent!!

Bonjour à tous et à toutes,

Suite à une révolte des écoles face à mon premier changement de règles au cours du mois d'octobre, j'ai décidé de demander à mon webmaster préféré de trouver une solution simple mais efficace!

Voici donc les nouvelles règles:
- 1 point est attribué à toute réponse correcte.
- 1 point supplémentaire sera donné à LA réponse la plus exacte et la plus complète.

! ! !ATTENTION ! ! !
Le système qui calcule les points se base sur les adresses emails que vous entrez lorsque vous donnez votre réponse... Veuillez par conséquent à ne pas changer votre adresse email sous peine de voir vos points répartis sur vos différentes adresses et donc ne pas être en tête...

Note importante pour les blagueurs: - Il vous est bien évidemment possible de mettre plusieurs fois des commentaires... Mais !!!! Seul le contenu du premier commentaire sera pris en compte pour l'attribution d'un point ou pas. Les commentaires suivants seront ignorés et ne pourront par conséquent pas vous apporter de points...

IMPORTANT pour les Ecoles: - Il ne sera accepté qu'une seule réponse par classe. Les élèves pourront utiliser leurs adresses perso (ou celle des parents), s'il souhaitent jouer en dehors du cadre de l'école. - Vous avez certainement déjà reçu un mail qui vous attribue une adresse fictive qui ne peut servir que pour répondre si SiOnJouait (elle ne peut pas être réellement utilisée), qui permettra au système informatique de bien distinguer les écoles des "particuliers"... Veuillez donc bien utiliser cette adresse pour que vous soyez reconnu comme une école...
- Pour information, le mail vous attribuant la nouvelle adresse se trouve sur la boite mail que vous utilisiez jusqu'à présent...
- Que deviennent les points des questions précédentes? : J'ai re-noté toutes les questions précédentes à travers le système. Ils ne seront donc pas perdus.

Et où se trouve le classement? Ah!!! les liens vers les tableaux de classement Général & Ecoles apparaitront sous peu dans les liens à droite du blog (sous le lien actuel qui renvoie vers le portail).

mercredi, octobre 28 2009

Question de la semaine : Kayseri -> Diyarbakır - TURQUIE

Bravo pour vous bonnes réponses a les derniere question

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mardi, octobre 27 2009

Kayseri - Diyarbakır : du 16 au 27 octobre 2009 : etre misafır en Turquie...

16/10 : Kayseri - Erciyes Kayak Merkezi 28 km en 3h03'
17/10 : Erciyes Kayak Merkezi - Erciyes Dağı - Erciyes Kayak Merkezi 8h de marche
18/10 : Erciyes Kayak Merkezi - biv. ap Küçük Gezbeli Geçidi 95 km en 5h39'
19/10 : biv. ap Küçük Gezbeli Geçidi - Kırkısrak 85 km en 5h17'
20/10 : Kırkısrak - biv ap. Gücük 102 km en 5h31'
21/10 : biv ap. Gücük - Kürecik 35 km en 2h25'
22/10 : Kürecik - Malatya 65 km en 3h33'
23/10 : Malatya - Yangalı 59 km en 4h12'
24/10 : Yangalı - Nemrut Dağı 48 km en 5h00'
25/10 : Nemrut Dağı - biv. ap. Siverek 95 km en 6h15'
26/10 : biv. ap. Siverek - Gülpınar 40 km en 2h20'
27/10 : Gülpınar - Diyarbakır 51 km en 2h38'

Si l'accueil turc était excellent dans l'ouest du pays, il devient, a mesure que je m'enfonce vers l'est, tout a fait exceptionnel. Les verres de çay que l'on m'offrait la-bas se transforment ici en véritables repas et je deviens bien souvent le misafır, l'invité que l'on est heureux et fier d'avoir chez soi.

En quittant Kayseri, je n'ai d'yeux que pour lui. Sa silhouette altiere domine largement tous les environs. Quelques zébrures de neiges coiffent sa cime rocheuse. La route s'éleve droit vers lui avant de bifurquer vers l'est pour atteindre un large col a quelques 2235 metres d'altitude. Un embryon de station de ski se développe ici. Deux télésieges et deux téléskis ont déja balafré les premieres pentes, mais un projet tres ambitieux devrait, d'ici quelques années, défigurer toute la base de la face est de l'Erciyes Dağı...

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Je plante ma toute nouvelle tente (achetée a Kayseri) au-dessus d'un hotel en construction et me prépare a l'ascension du lendemain...

Pour feter mon 26eme anniversaire, je m'offre le plus haut sommet d'Anotolie centrale. 3917 metres de bonheur au terme d'une belle ascension sur ce volcan éteint dont les plus beaux atouts ne se dévoilent qu'en approchant la cime. J'ai meme le plaisir d'utiliser mon piolet et mes crampons sur les névés gelés et fortement inclinés des dernieres pentes...

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Apres mon ascension de l'Erciyes Dağı, je me dirige vers le sud-est et évolue dans le massif des Monts Taurus. L'étroite route au bitume usé serpente au coeur de montagnes pelées. Dans le fond des vallées, de maigres de cours d'eau permettent a quelques villages de s'installer. Des peupliers aux feuilles d'or se tiennent en rangs serrés, bordant les canaux qui permettent aux villageois de cultiver quelques hectares de terre qu'un tapis de feuilles mortes couvre un peu plus jour apres jour.

Je me plais a choisir les plus petites routes possibles lorsque, chaque soir ou presque, je redéfinis mon itinéraire. Elles me menent souvent dans des petits coins de paradis ou se nichent quelques maisons de pierres. Les panneaux indicateurs se faisant rares, je suis alors obligé de demander mon chemin a un vieil homme juché sur son ane, un paysan secoué par son tracteur toussotant ou une jeune femme balayant devant sa porte. Bien souvent, les explications me sont données autour de quelques verres de çay et je repars chargé de quelques pommes, poires ou d'un peu de pain pour la route.

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Dans l'un de ces minuscules villages, un enfant étonné de me voir la me demande si je suis bien un touriste ! Un peu plus loin, dans un autre hameau nommé Kırkısrak, je m'arrete pour prendre de l'eau. Je repars apres qutre verres de thé et avec des poires dans les poches. En sortant du village, je rattrape deux écoliers vetus de leur uniforme bleu marine, rentrant chez eux apres la classe, dans une ferme isolée a un kilometre en dehors du village. Le plus grand s'appelle Rahat et a 14 ans. Le plus jeune s'appelle Yusuf et 8 ans. Rahat m'invite a boire un thé chez lui. J'accepte volontiers. A deux cents metres de chez lui, il hurle a sa mere, fier comme un petit coq : "Maman, prépare le thé, j'ai un invité !".

Le thé se transforme en véritable repas et Rahat me demande si je ne voudrais pas dormir ici plutot que de planter ma tente dans le froid des montagnes ou rodent des ours et des loups...

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Rahat vit ici avec ses parents et sa grande soeur. A l'aide de mon dictionnaire de poche que nous nous échangeons a chaque phrase, nous arrivons a parler de beaucoup de choses. Rahat est tres curieux et veut tout savoir. Il me raconte aussi beaucoup de choses sur lui et sa famille. Il a 14 ans et est en huitieme et derniere année de l'école "primaire" . Il ira enseuite au lycée, dans la ville voisine, puis certainement a l'université. Son reve est de devenir pilote d'avion. Si Rahat possede un ordinateur et aime jouer aux jeux vidéos ou écouter de la musique, il apprécie aussi aider ses parents dans les travaux de la ferme : s'occuper des vaches ou travailler dans les champs. Comme tout le village, Rahat et sa famille son kurdes et, le soir venu, ils regardent avec attention les informations télévisées annonçant le retour de chefs du PKK exilés en Irak depuis plusieurs années.

Apres le village de Tanır, ou Mahmud m'invite a partager un petit déjeuner gargantuesque avec sa femme et sa mere, mon second en 30 km, je quitte les montagnes escarpées et rejoins la plaine d'Erdistan, qui se tranforme vers l'est en steppe vallonnée. Désormais, la campagne turque est nue et ne présente au voyageur plus que des champs de terre grise et poussiereuse qui finissent d'etre labourés pour se préparer aux rigueurs de l'hiver. Les dernieres récoltes de patates et de betteraves a sucre sont terminées. Ce soir-la, je plante ma tente au milieu d'une plantation d'abricotiers, les seuls arbres a des kilometres a la ronde. Ils entourent quelques vignes qui semblent etre a l'abandon. Un vieil homme perché sur un ane boitilleux sort de nulle part et vient me voir pour me dire que le raisin est bon et que je peux me servir, avant de s'en retourner pour disparaitre derriere une colline.

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Le lendemain, apres 30km et un petit col franchi dans des paysages ondulant sous le soleil, je commençais a me demander se je pouvais pédaler toute la journée sans etre invité une seule fois a boire un çay... La réponse est arrivée juste apres, lorsque deux hommes me font signe de m'arreter et me crient "Gel, gel, gel ! (viens, viens, viens !)". En quelques minutes, je me retrouve avec du pain tout chaud dans une main et un verre de thé dans l'autre, assis sur un petit tabouret en plastique, derriere la tente ou vivent Cihan, son frere Ramazan et leurs parents, Döne et Salih. Ils vivent ici, sur le bord de la route durant les mois d'été et vendent des fruits et du miel. En ce moment, ce sont les pommes et surtout les poires qui remplissent les cagettes.

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Döne est en train de cuire du pain : de fines galettes cuites sur une plaque de métal disposées sur un feu de bois. La dexterité avec laquelle elle confectionne ces pains a l'aide d'une simple baguette de bois est impressionnante... et le résultat est tout simplement succullent, surtout lorsqu'il est badigeonné de beurre ou fourré d'une préparation d'épinards et d'oignons.

Apres quelques minutes, Cihan me dit : "Ce soir, tu ne vas pas aller jusqu'a Malatya, c'est tres loin. Tu vas te reposer et dormir ici. Et demain tu seras en pleine forme pour aller a Malatya". Il n'est que 11 heures, mais j'accepte assez facilement !!! Je passe donc la journée avec mes hotes, buvant des litres de çay et m'essayant au backgammon (mais Ramazan et Cihan sont experts en la matiere). Ramazan trouvant mes vetement trop sales (ah bon ??!), m'ordonne de les lui donner. Je m'execute et le voila faisant ma lessive dans un seau en plastique. Je n'en crois pas mes yeux... et ses parents non plus d'ailleurs !!

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A chaque nouveau client qui s'arrete, ils présentent fierement leur "misafır" français, ayant déja parcouru 7000 km a vélo et se rendant en Chine...

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Pour dormir, je plante ma tente a coté de la leur - car il n'y a pas suffisamment de place pour dormir a 5 dans leur petit abri, Ramazan dormant meme dans la voiture - et mes hotes sont épatés de découvrir mon équipement.

Le lendemain matin, a l'heure de reprendre la route, Cihan, Ramazan, Siyah et Döne me serrent tour a tour fort dans leurs bras et me font des signes d'au revoir jusqu'a ce que le premier virage ne les cache a ma vue. J'en ai presque les larmes aux yeux de les quitter tant l'accueil qu'ils m'ont réservé a été exceptionnel.

A Malatya, importante ville étudiante du sud-est de la Turquie, c'est tout logiquement que je me fais inviter par deux jeunes étudiants en médecine pour passer la nuit dans leur appartement et partager avec eux un bon plat de pasta estudiantin !!!

Apres tout ce temps passé en tant qu'invité, je ressens le besoin de m'évader un peu, de retrouver le calme de la nature et l'air pur des montagnes. Ces invitations sont toujours des moments tres agréables et enrichissants. Mais elles n'ont rien de tres reposant ! En général, on commence par m'abreuver largement de thé (car je dois avoir terriblement soif), puis on s'acharne a me gaver de pleine de bonnes choses jusqu'a ce que je ne puisse plus rien avaler (car un cycliste a besoin d'énergie, tout le monde sait cela). Et ensuite, on veut me montrer tout un tas de choses, me présenter au voisin, a un ami ou un membre de la famille, si bien que je n'ai pas une seconde pour me reposer...

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En quittant Malatya, j'emprunte donc une petite route qui part vers le sud, en direction du Nemrut Dağı. La pluie est de la partie aujourd'hui. Une pluie glaciale qui m'accompagne jusqu'a un col a pres de 2000 metres d'altitude. Je retrouve le soleil sur l'autre versant et descend le plus bas possible pour retrouver un peu de chaleur pour bivouaquer dans un pré isolé.

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Le lendemain, la route me mene, a travers des vallées encaissées et des pentes abruptes, jusqu'au sommet du Nemrut Dağı. Sur cette montagne calcaire, il y a plus de 2000 ans, un roi un peu mégalomane (c'est pourtant plutot rare chez les dirigents de nos jours...), Antiochos 1er Epiphane, fit aménager deux plates-formes dans la roche pour y disposer des statues monumentales de lui et des dieux, sa "famille" ! Entre ces deux plates-formes, il fit élever un sommet artificiel de blocs de calcaire concassé de plus de 50 metres de haut. Sa tombe, ainsi que celles de ses femmes se trouverait sous cet énorme tumulus !

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Le site est chargé d'un atmosphere magique, surtout au couhcer ou au lever du soleil, lorsque les premiers rayons viennent illuminer les "gardiens de la tombe".

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Je quitte ensuite les montagnes pour gagner les rives du lac Atatürk, qui n'est autre qu'un barrage sur le cours de l'Euphrate. Un bac me permet de leur traverser et d'entrer donc en Mésopotamie, entre le Tigre et l'Euphrate. Icı, comme tout le monde me le dit bien, je ne suis plus en Turquie, mais dans le Kurdistan.

Dans l'ouest du pays, quand j'annonçais mon intention de me rendre a Diyarbakır ou Van, on me mettait souvent en garde : "Attention, la bas, c'est différent. C'est dangereux. Il y a le PKK !". Les Kurdes sont parfois considérés comme le peuple sans état le plus nombreux au monde. Le peuple kurde est ainsi installé sur 4 états : la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie et compterait pres de 30 millions d'individus. L'Etat turc a longtemps nié son existence, parlant de "Turcs des montagnes". L'existence du peuple kurde et de sa culture ne sont toujours pas reconnues par la Constitution turque et l'enseignement des langues kurdes est toujours interdit a l'école. Dans les villages, j'entend pourtant beaucoup parler cette langue aux sonorités arabes. Le grand pere de Rahat, a Kırkısrak, par exemple, ne parlait pas turc et Rahat se chargeait de faire la traduction en kurde.

Sur la route de Diyarbakır, je me fais a nouveau iniviter pour prendre un petit déjeuner par Burak... un petit déjeuner qui se transformera en 24 heures passées avec cette famille de paysans dans le minuscule village de Gülpınar aux maisons de basalte.

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Burak a 27 ans et s'est marié il y a tout juste un mois avec une femme qu'il ne me présentera pas... Il vit dans une grande maison qu'il partage avec deux de ses soeurs et leurs maris. Ici, hommes et femmes sont clairement séparés, meme si toutes les femmes ne portent pas le foulard. A l'heure du repas, préparé par les femmes, Burak, Mehmet, Selim et moi mangeons dans le salon, tandis que les femmes sont en cuisine et se chargent de nous apporter tout ce dont nous avons besoin. Elles mangeront certainement plus tard... en tout cas je ne les verrai pas ! Je reste donc avec les hommes et les accompagne au champ que l'on laboure aujourd'hui. La terre de ce plateau basaltique est chargée de lourdes pierres noires. On y cultive des melons ou des pasteques en été. Nous allons ensuite regrouper le troupeau de vache : une centaine de tetes appartenant a tout le village, soit une quinzaine par homme. Nous les conduisons jusqu'au village ou elles passeront la nuit. Ici l'on vit au rythme du soleil et a 17h, lorsque la nuit est tombée, nous nous installons pour le diner : une poule tuée plus tot par Mehmet accompagnée de riz, de tomates et de poivrons grillés. A 20h, tout le monde est couché et le lendemain, des les premieres lueurs de l'aube, avant 5h, toute la famille s'éveille...

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Je reprends ma route et boucle les derniers kilometres qui me séparent de Diyarbakır, la "capitale" du Kurdistan turc. Peu avant d'entrer en ville, le roulement de mon pédalier lache et le pédalier se bloque. Impossible de tourner les pédales ! Je trouve tant bien que mal un mécano pour réparer ça... J'espere que ca tiendra...

jeudi, octobre 15 2009

Question de la semaine : Konya -> Kayseri - TURQUIE

A quoi servent (ou servaient) ces trous percés...

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vendredi, octobre 9 2009

TURQUIE 3 : Konya - Kayesri : du 4 au 15 octobre 2009 - Steppe, volcans, cheminées de fées et petites mésaventures...

04/10 : Konya - biv ap. Abditolu 38 km en 2h07'
05/10 : biv ap. Abditolu - Dinek 95 km en 5h36'
06/10 : Dinek - Meke Gölü 64 km en 4h21'
07/10 : Meke Gölü - Hasan Daği 113 km en 7h14'
08/10 : Hasan Daği - Aksaray 47 km en 2h22' + 4h de marche
09/10 : Aksaray - Ilhara Vadisi 40 km en 3h02'
10/10 : Ilhara Vadisi - Azatlı 41 km en 3h19'
11/10 : Azatlı - Biv ap. Güzelös 72 km en 4h36'
12/10 : Biv ap. Güzelös - Göreme 53 km en 3h30'
13/10 : Göreme 6h de marche
14/10 : Göreme - Bozca 41 km en 2h45'
15/10 : Bozca - Kayseri 60 km en 3h45'

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Des la sortie de Konya, j'entre dans la steppe. Une steppe irriguée et habitée ou l'on cultive bettraves a sucre et pommes de terre, dont c'est la période de récolte. Parti tard de Konya, je m'arrete rapidement pour m'installer entre deux champs de bettraves pour bivouaquer a la belle étoile. Mais au moment d'éteindre la frontale, en me retournant, je vois brievement un point qui brille tout pres de moi. Je regarde mieux et constate qu'il s'agit d'une énorme araignée et ce qui brille dans le faisceau de ma frontale n'est autre que son oeil !!! Je l'éloigne a l'aide d'un bout de bois, puis monte ma tente en quatrieme vitesse pour pouvoir enfin dormir paisiblement. Cette araignée du soir est-elle un bon ou un mauvais présage ? Nous verrons bien...

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En s'éloignant de Konya, la steppe se desertifie. Quelques plantes rachitiques survivent dans la poussière, entourées par l'immensité plane bientôt dominée par le Volcan Karadağ. Ses 2288 mètres se dressent comme une muraille pointée vers le ciel. Quelques villages d'adobe ou de pierres se blottissent sur ses flancs. Je contourne le volcan par le nord et repère une route qui grimpe vers le sommet, jusqu'a une antenne. Je décide d'y monter. Je débute donc l'ascension en fin de journée et plante ma tente au niveau d'un petit col, après 5 kilomètres. Le ciel est clair et la steppe s'illumine de dizaines de petits hameaux en même temps que le ciel se teinte d'étoiles lorsque je me faufile sous ma tente.

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Mais en quelques minutes, un vent terrible se leve, soulevant la poussiere et créant un "brouillard" de sable. Ma tente est ballotée en tous sens. Je l'arrime du mieux que je peux, mais, sous le coup d'une rafale plus forte que les autres, l'arceau frontal se rompt dans un craquement que j'ai déja entendu trois fois durant ce voyage ! Mais cette fois-ci, la situation est plus problématique. Me voici sans aucune possibilité d'abri pour la nuit alors que le ciel se charge de nuages noirs et que des éclairs illuminent maintenant la steppe sans toutefois que le tonnerre ne gronde. Je n'ai pas une seconde a perdre, range mes affaire, plie ma tente et me lance dans la descente, dans la nuit noire, avec la faible lueure de ma lampe frontale pour m'éclairer. Le vent me chahute. La poussière me brule les yeux. Les éclairs m'encerclent désormais et se succedent a un rythme effrayant. Dans la steppe, quelques lumières signalent la présence d'un petit village, que je connais pour y avoir pris de l'eau quelques heures plus tot. Je fonce vers lui aussi vite que je peux et m'arrête a la premiere demeure éclairée : une petite station service ou trois hommes discutent autour d'un verre de thé. Ils m'invitent a rentrer et me servent un verre avant que je n'ai pu dire quoi que ce soit. Me voila a l'abri ! Puis, de fil en aiguille, je me retrouve assis en tailleur sur des coussins douillets, un verre de thé dans une main et un bout de pain dans l'autre, a raconter mes mésaventures a Osman et ses parents. Osman est étudiant et a reçu quelques cours de français (en gros, il parle aussi bien français que moi turc !), mais nous rions beaucoup en essayant de nous comprendre ! Le père d'Osman a travaillé quelques années a Amsterdam et est maintenant a la retraite. Sa mère, quant a elle, a 70 ans et plus toutes ses dents, mais une énergie incroyable.

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Toute la nuit, le vent souffle en tempête et fait vibrer les vitres de la petite maison d'adobes. Le lendemain matin, Eole s'est un peu calmé. Le Karadağ est capuchonné de nuages. Il ne veut pas de moi. Tant pis !

Nous prenons le petit déjeuner dans le salon ou j'ai dormi. Osman installe une nappe sur le tapis puis y dépose un plateau rempli de mets délicieux : oeufs brouillés, olives noires, pate de sésame, confiture et un fromage de brebis qui ferait palir le plus fort de nos fromages de chèvre ! Le tout est accompagné de pains plats et d'innombrables verres de çay !

Je repars de chez Osman en fin de matinée. Le vent de face me freine et je m'arrête pour bivouaquer au bord d'un étonnant lac de cratère aux couleurs lipeziennes au milieu duquel se dresse un cône volcanique parfait.

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Apres le Karadağ, un nouveau volcan se dresse face a moi : le Hasan Dağı. Il me sert de point de mire toute une journée durant, sortant d'abord péniblement de la brume, puis s'élevant ensuite un peu plus a chaque kilometre parcouru pour finalement devenir un véritable géant dominant la steppe et ses minuscules villages du haut de ses 3268 metres d'altitude.

Une route en gravit les premières pentes, jusqu'a 1950m. C'est ici, dans une cabane de pierre que je passe la nuit. Le lendemain, je me réveille avant l'aube, déjeune et me mets en marche aux premières lueures du jour, cap vers le cratere du Hasan Dağı. La pente, d'abord faible, s'incline de plus en plus. Les herbes disparaissent. Les 300 derniers mètres se grimpent dans un couloir d'éboulis instables, entre deux murs de basalt. Les rares traces que je vois m'indiquent que le sommet est tres peu fréquenté... J'atteins les lèvres du cratère après deux heures d'effort. Il ne me reste plus qu'a grimper jusqu'au point culminant par un berf passage de rocher facile... mais tres instable. 20 metres sous le sommet, la prise que je tenais dans ma main droite cede, roule et me retombe sur la main, m'écrasant le petit doigt au niveau de la derniere phalange et y faisant une entaille relativement profonde ! J'improvise un pansement avec ce que j'ai sous la main, a savoir un mouchoir en papier et la sangle de mon appareil photo pour serrer le tout, avant de me lancer prudemment dans la descente (en prenant tout de meme le temps d'aller fouler la cime du Hasan Dağı !). 2 heures de marche, puis quelques kilomètres de vélo me conduisent au premier village, Helvadere, ou je me rends au centre de santé. L'infirmière, en voyant ma blessure, n'a que deux mots : "Hooo ! Aksaray Hospital !". Je reprends donc mon vélo et file jusqu'a Aksaray (40 km en tenant le guidon d'une seule main) et son hopital, direction le service des urgences.

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Bilan des opéations : rien de cassé, mais le bout de mon petit doigt est quand même bien amoché, avec un joli pansement a renouveler quotidiennement.

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Ma blessure ne me faisant pas trop souffrir, j'entame des le lendemain mon parcours en Cappadoce. Six jours durant, je vais me régaler des fantastiques paysages de cette région, allant de plateaux désertiques dominés par les volcans Hasan et Erciyes en vallée encaissées flanquées de falaises percées d'habitations et d'églises troglodytiques. Chaque jour la Cappadoce m'émerveille un peu plus. Près de Göreme, centre nevralgique de la région, les paysages deviennent surréels, faits de vallées sinueuses aux couleurs pastels ou se dressent de formidables cheminées de fées aux formes variées. L'accueil y est peut-être un peu moins bon qu'ailleurs, certainement biaisé par l'afflux touristique, mais il reste tout de même tres bon. La saison touristique touche a son terme et je suis pourtant effaré du nombre de bus qui baladent leurs moutons de touristes d'un site a l'autre. En pleine saison ce doit être l'horreur !

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Me voici désormais a Kayseri, au pied de l'immense volcan Erciyes Dağı, qui culmine a 3917 metres d'altıtude et qui règne sur toute la Cappadoce. Mon objectif des prochains jours sera d'essayer d'en atteindre la cime...

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mardi, octobre 6 2009

Question de la semaine Itsanbul -> Konya - TURQUIE

Tout d'abord, toutes mes excuses aux les fans de la question de la semaine .....

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samedi, octobre 3 2009

TURQUİE 2 : Istanbul - Konya : du 20 septembre au 3 octobre 2009 - Premiers tours de roues asiatiques...

20/09 : Istanbul - Mollafernari 98 km en 5h45'
21/09 : Mollafernari - Karaahmetli 104 km en 6h48'
22/09 : Karaahmetli - bıv. ap. Köprühisar 85 km en 5h47'
23/09 : bıv. ap. Köprühisar - Col Söğüt 64 km en 4h49'
24/09 : Col Söğüt - Steppe avant Seyitgazi 75 km en 4h40'
25/09 : Steppe avant Seyitgazi - Yazılkaya 60 km en 4h29'
26/09 : Yazılkaya - biv ap Gazilköy 74 km en 4h55'
27/09 : biv ap Gazilköy - biv. ap Afyon 46 km en 3h49'
28/09 : biv. ap Afyon - Eğirdir Gölü 77 km en 4h40'
29/09 : Eğirdir Gölü - Vallée de Karadağ 99 km en 5h50'
30/09 : Vallée de Karadağ - biv. ap Yeşildağ 73 km en 5h21'
01/10 : biv. ap Yeşildağ - Ortakaraören 85 km en 5h16'
02/10 : Ortakaraören - biv. ap Gökyurt 73 km en 5h13'
03/10 : biv. ap Gökyurt - Konya 49 km en 2h41'

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Les hirondelles se sont regroupées. Elles chantent avec vigueur, alignées sur les fils électriques, attendant certainement les derniers retardataires avant d'entamer leur voyage vers le sud. Je redoutais et attendais a la fois ce signe qui me précise que les grosses chaleurs estivales sont désormais derriere moi, mais aussi que l'automne arrive a petits pas... et qu'il sera suivi d'un hiver que l'on m'annonce redoutable sur les hauteurs de l'Asie Mineure. Chaque jour depuis que j'ai quitté Istanbul, le soleil s'éleve un peu moins haut dans le ciel, la température se fait un peu plus fraiche, les nuits s'allongent et les journées diminuent et les feuilles des arbres rougissent un peu plus...

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Avant d'entamer ce voyage, la Turquie était pour moi un simple pays qu'il me fallait traverser. Elle n'était pas un objectif en soi et, hormis quelques lieus comme la Cappadoce ou le Mont Ararat, elle ne me faisait pas particulierement rever. Mais la Turquie se révele a mes yeux comme un pays formidable, doté de paysages fantastiques et surtout habité par un peuple extraordinaire. Jamais, dans tous les pays que j'ai traversé a vélo jusqu'alors, je n'ai reçu un tel accueil.

Je quitte Istanbul le 20 septembre, sous un ciel qui hésite entre bleu et gris. En ce premier jour du Şeker Bayrami (la fete du sucre), qui dure trois jours et célebre la fin du Ramadan, les Turcs sont en famille et les rues quai désertes. Cela me permet d'échapper relativement facilement - en une centaine de kilometres tout de meme - aux tentacules de la mégapole stambouliote.

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Durant mes trois premiers jours sur le continent asiatique, la pluie est ma plus fidele compagne. Chaque jour, la campagne turque s'embourbe un peu plus. Les villages sont déserts, les commerces montrent portes closes et je pédale la tente rentrée sous la capuche d'un bivouac boueux a l'autre. Seule la région d'Iznik rompt un peu cette triste entrée en matiere avec ses vergers et ses oliveraies qui apportent un peu de couleur et de vie aux paysages.

Le quatrieme jour, le soleil sort enfin le bout de ses rayons et m'accompagnera fidelement jusqu'a Konya. Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas pédalé sous le soleil... depuis le Mont Olympe a vrai dire... et c'est un vrai bonheur de découvrir ainsi les paysages turcs. J'arrive doucement sur le plateau anatolien. La montée se fait par paliers, avec de petits cols entroupés de courtes descentes. Les villages s'espacent peu a peu. L'air s'asseche et les reliefs s'arrondissent. Les oliviers disparaissent et laissent place aux pommiers ou aux peupliers.

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Je découvre la steppe peu apres la ville moderne d'Eskişehir. Etandues dorées a perte de vue, pnctuées ici et la de quelques arbustes qui résistent encore. Les paysages s'étirent vers l'infini. L'immensité me rappelle celle de l'altiplano, sans toutefois l'égaler réellement... Je m'offre ici un bivouac dont je me souviendrai longtemps.

Le lendemain, j'entre dans la "vallée phrygienne" : une vallée parsemée de monuments phrygiens taillés dans le roc. Les Phrygiens, dont le plus célebre des représentant fut le roi Midas (725 - 675 av. JC) - celui-la meme qui reçut de Dionysos le pouvoir de changer en or tout ce qu'il touchait. C'est aussi de ce peuple que nous vient le bonnet phrygien ! En effet, ce cone de tissus dont la pointe retombe vers l'avant de la tete se trouve peint sur de nombreux vases et sculpté dans des scépultures phrygiennes. Il a été ensuite repris comme symbole de la liberté lors de la Révolution française.

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Le peuple phrygien vivait dans des habitations creusées dans la roche et a laissé beaucoup de traces dans cette vallée dite phrygienne. Le plus formidable de ces vestiges est sans doute le tombeau de Midas, un rocher de 17 metres de haut sculpté pour prendre l'apparence d'une façade de temple recouverte de motifs géométriques.

Mon parcours, dans cette vallée (ou plutot dans ces vallées, car il y en a plusieurs) est donc agrémenté de nombreuses visites de ces sites impressionnants et toujours déserts. Parfois, un berger vient me servir de guide et m'aide a grimper dans les cavités creusées dans la roche, d'autres fois, je découvre seul ces vestiges d'un autre temps.

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Au bout de cette vallée, je débouche a Afyonkarahisar (la citadelle noire de l'opium). Ca ne fait pas tres accueillant comme ca comme nom, et il est vrai que la citadelle qui domine la ville est bien sombre et mystérieuse sur son piton rocheux qui domine la steppe. Afyon - car c'est comme ca qu'on l'appelle plus souvent - tient son nom de sa citadelle bien sur, mais aussi du fait qu'elle est au centre de la culture autorisée du pavot, qui ne sert plus aujourd'hui a produire de l'opium, mais des médicaments tels que la morphine. Malgré l'appente austérité de cette ville, elle se révele colorée et pleine de vie. J'ai cependant eu l'impression - et ca a été le cas dans beaucoup de villes turques - d'avoir vu deux villes différentes. L'une est mystérieuse, poussiereuse et riche d'histoire et de vie, blottie tout autour de la citadelle. Les maisons anciennes sont peintes de couleurs vives et débordent leur trop plein de vie dans des rues aux pavés mal ajustés. En ce dimanche, c'est jour de marché et les paysans des villages alentours viennent ici vendre le fruit de leur récolte : concombres, piments, pommes, poires, aubergines, pommes de terre, melons et pasteques se taillent la part du lieu a cette saison. J'y fais quelques courses. C'est l'Afyon traditionnel, celui des hommes portant la barbe et le bonnet et des femmes aux pantalons larges et aux voiles colorés. Plus bas, dans la plaine, s'étale la ville moderne avec ses avenues commerçantes et sa jeunesse vetue a l'occidentale.

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En quittant Afyon, j'entre dans une zone plus montagneuse. Quelques fermes baties de pierres sont éparpillées dans la montagne. Leurs toits plats sont recouverts de terre battue sur laquelle seche parfois quelques mais ou piments. Je croise un vieil homme balloté par son ane qui me salue d'un large sourire édenté. Ici, un paysan rassembşe du foin a l'aide d'un long rateau de bois. La, deux femmes lavent du linge pres d'une source d'eau claire. Plus loin, un paysan laboure son champ avec une charrue tractée par des chevaux. Plus loin encore, un berber mene paitre ses chevres... et se fait accompagner par un molosse qui me prend en chasse. J'ai l'avantage de la pente et décide d'accélérer plutot que de m'arreter, ma technique habituelle. Il me suit sur pres d'un kilometre, beuglant tel un enragé, les babines retroussées et les crocs en avant. Son sou est ceinturé d'un collier a clous et ce n'est pas le premier de la sorte que je croise. La légende des kangals turcs n'est pas qu'une légende ! Leur collier leur servirait a se défendre de l'attaque d'un loup... en tout cas, ca donne pas envie de lui faire un calin !!!

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Depuis que j'ai quitté Istanbul, ma distance journaliere a sensiblement diminuée. Il est vrai que le relief est souvent assez accidenté et que les journée sont de plus en plus courtes, mais c'est surtout que depuis que je suis en Anatolie, il m'est ımpossible de traverser le moindre village sans me faire inviter a boire un thé. La çay, comme on l'appelle ici, se boit a toute heure et est surtout un moyen d'engager la conversation. Chaque rencontre est pour moi l'occaion d'apprendre quelques nouveaux mots de turc. Parfois, un homme baragouine l'allemand ou le français et se fait un plaisir de faire la traduction a ses amis. Ces rencontres sont toujours saines et avant tout motivées par la curiosité et l'envie de discuter et d'offrir. Alors qu'en Amérique du Sud, apres les traditionnels "D'ou viens-tu" et "Ou vas-tu ?", venait souvent la question que je déteste : "Combien coute ton vélo ?". Ici, je ne l'ai encore jamais entendue et elle est remplacée par "Neden ?" : "Pourquoi ?". "Pourquoı es-tu seul ? Pourquoi vas-tu en Chine ?" etc.

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Lorsque dans un village ou je ne trouve pas la moindre boutique, je demande a un paysan juché sur son tracteur ou je peux acheter du pain, ce dernier lance quelques mots a sa fille, qui file alors en courant dans la maison, pour en revenir chargée de pain, mais aussi de tomates et d'une pasteque qu'elle me tend généreusement. Quand je demande a quelqu'un si cette route va bien ou je veux aller, il me répond : "Çay ?", avec ce geste caractéristique qui mime la cuiller que l'on tourne dans le petit verre a thé. Si je traverse un marché pour y faire quelque courses, on m'offre du thé et on me tend des pommes et des carottes ! Si je m'arrete pour pıque-niquer sur la place d'un village, je suis certain que quelqu'un va m'apporter quelque chose : ce sera parfois une pomme ou deux, des tomates ou du pain. Certaines fois, quelqu'un me tend de la nourriture avec le sourire, me salue, puis s'en va, sans rien dire de plus. Il est certainement mu par la volonté de montrer a Allah toute sa bonté en aidant ainsi l'humble voyageur que je suis...

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En grimpant vers le col de Vali Çeşmesi, je suis intrigué par une longue tente faite d'une toile de jute tendue par de gros piquets de bois. Un homme en sort et m'invite a partager un çay. J'accepte volontier. Ils sont en fait une petite dizaine a vivre sous cet abris de toile. Leur campement ici n'est que provisoire. Il y a quelques jours encore, ils étaient plus haut dans la montagne, sur les plus hauts paturages qu'ils ont quittés aux prémisses de l'automne. Il se resteront ici que peu de temps puisque dans 10 jours, ils entameront la transhumance. 7 jours de marche les attend pour rejoindre Antalya, sur la cote méditerranéenne, ou les betes et les hommes passeront l'hiver. Nous nous asseyons pour boire le çay devant la tente et proditons des rayons du soleil matinal. La fils de Mehmet, agé de huit ans, ne va a l'école qu'a moitié m'explique-t-il. Il fera sa rentrée dans quelques jours et quittera l'école avant ses camarades pour rejoindre les paturages d'été. Mehmet et Husen me font gouter de leur fromage de brebis, accompagné d'une fine galette cuite sur une grande plaque circulaire au-dessus du feu. Un régal ! Tandis que nous discutons et buvons tranquillement le çay, la femme de Mehmet s'affaire a la vaisselle, coupe du bois puis allume le feu pour préparer la soupe, et j'entends une autre femme a l'intérieur, qui s'occupe d'un nourrisson... Il est vrai que malgré le nombre tres importants de gens que je rencontre et avec qui je discute un peu, j'ai toujours affaire a des hommes. Les femmes sont toujours en retrait et ne se melent que tres rarement a la conversation, ou alors par l'intermédiaire de leur mari...

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Apres 12 jours de route depuis Istanbul, me voici a Konya, une ville de pres d'un million d'habitants, posée au bord de la steppe. C'est une ville plutot traditionnelle et religieuse, meme si, comme dans toutes les villes turques, deux zones se distinguent clairement, l'une traditionnelle et l'autre beaucoup plus moderne. Konya est connue dans le pays pour etre la cité du Mevlana, le fondateur de la communauté des "derviches tourneurs"...

Une centaine de kilometres de steppe me sépare désormais de la Cappadoce et je reprends la route des cet apres-midi en pleine forme et toujours avec la meme soif de découverte... Mais cette fois ça y est, les hirondelles sont parties...

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samedi, septembre 19 2009

TURQUIE 1 : Baklavas et autres petites douceurs - Frontiere grecque - Istanbul : du 11 au 19 septembre 2009

11/09 : Monastiraki (GR) - Col avant Şarköy (TR) 125 km en 7h13'
12/09 : Col avant Şarköy - hameau avant Yeniköy 41 km en 2h22'
13/09 : hameau avant Yeniköy - Veliköy 92 km en 6h20'
14/09 : Veliköy - Istanbul 137 km en 7h49'
du 15 au 19/09 : Istanbul

Un immense drapeau flottant au vent annonce de loin la frontiere turque. Je me dirige vers lui avec une grande excitation, sentant que cette frontiere marquera un pas important dans mon avancée vers l'est. Les formalités douanieres sont vite effectuées, un tampon claque sur mon passeport et me voila en Turquie. Le ciel est aussi gris que de l'autre coté de la frontiere et les paysages aussi ternes. Le vent du nord souffle aussi fort. Mais quelque chose a changé. Les espaces semblent plus grands, la route plus belle. De nombreux chauffeurs de camions ou de bus me saluent et m'encouragent d'un coup de klaxon et d'un signe de la main. La route traverse des paysages de prairies brulées par le soleil et me mene jusque sur les rives de la mer Egée. Je traverse de petits villages boueux ou je vois quelques femmes voilées de foulards colorés allant chercher de l'eau a la source. Le ciel tres gris laisse échapper quelques gouttes alors que je plante ma tente au sommet du col qui sépare la mer Egée de la mer de Marmara...

Le lendemain matin, les premieres gouttes se mettent a tomber des mon premier coup de pédale. Elles ne cesseront plus de la journée. J'effectue les dix kilometres me séparant de Şarköy au plus vite, entre éclairs et coups de tonnerre, et me réfugie sous la premiere station service venue pour attendre une accalmie... qui au bout de deux heures n'est toujours pas venue ! Je décide d'aller attendre un peu plus loin, dans un salon de thé. Un grosse pluie d'orage s'abat sur la ville depuis plusieurs heures. Les rues se transforment par endroits en vérıtables torrents... En début d'apres-midi, une légere accalmie me permet de repartir. Je découvre la mer de Marmara a la sortie de Şarköy, grise et agitée. Le plongeon que j'espérais sera pour une autre fois ! La route traverse quelques hameaux boueux au milieu des plantations d'oliviers qui pataugent dans la glaise. Sur un pont, des gosses et quelques vieux regardent l'eau couler. Ce doit etre un spectacle rare !

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La pluie redouble. L'orage gronde toujours. La mer semble s'agiter de plus en plus. Je m'arrete a l'entrée d'un hameau sous un abri-bus au toit fendu et aux vitres brisées. J'y bois un reste de café tiede qui trainait au fond de mon thermos. Dans la maison d'en-face, deux femmes m'interpellent : "Tu veux du thé ?". J'accepte cette invitation a boire un çay bien chaud et bien sucré. Nous discutons un peu en anglais et avec mes quelques mots de turc appris ces derniers jours et au moment de repartir, elles m'offrent un énorme sandwich !

La pluie tombe toujours a verse et dans le village suivant, des hommes m'ınterpellent pour me dire aue la route est coupée quelques kılometres plus loin et que je ne pourrai pas rejoindre Istanbul par ici ! Je ne comprends pas bien pourquoi... on me dit que je peux essayer d'aller au village suivant a vélo. J'y vais donc, en me disant que je ferai demi-tour en cas de probleme.

La route est taillée dans une falaise instable qui surplombe la mer. La pluie a provoqué des glissements de terrain et des chutes de pierres. Le parcours est effectivement périlleux. Je slalome entre les pierres et évite de passer trop pres du précipice, de peur que le sol ne se dérobe sous mes roues et me projette directement dans la mer, ou trop pres de la falaise, de peur que la montagne ne me tombe sur la tete !

Au bout de ce passage dangereux, quelques maisons se nichent dans une vallée protégée. Je m'y arrete. On m'annonce que la suite est encore pire et que je dois rester la pour la nuit. La pluie tombe encore avec force et j'accepte sans hésiter... On m'offre a dormir a l'intérieur, sur un vieux fauteuil grinçant et l'on me sert a manger jusqu'a ce que je ne sois plus capable de rien avaler ! La pluie n'a toujours pas céssé et tombe toujours avec la meme force alors que je me couche. Mes hotes regardent la télévision ou passent en boucle des immages de la banlieue d'Istanbul ou les ınnondations ont fait de gros dégats et quelques morts. Je commence a prendre conscience de l'ampleur de l'évenement...

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Le lendemain, la pluie a cessé. Je repars a l'aube, empruntant la route qui mene a Tekirdağ et qui est toujours bloquée me dit-on. Des la sortie du hameau, l'asphalte s'efface. La piste s'éleve a flanc de montagne et les premieres difficultés apparaissent, avec des pierres sur la route, tombées de la montagne, puis des ravines creusées au milieu de la route, puis des glissements de terrain qui ont emporté la moitié de la chaussée ! Je passe tant bien que mal, poussant souvent Yana dans les cailloux ou la boue. J'atteins Yeniköy apres deux grosses heures d'effort. J'ai parcouru a peine 10km. Je pense alors avoir fait le plus dur en rejoignant l'asphalte, mais la route descend désormais le long d'un ruisseau qui, hier, s'est ransformé en torrent furieux et a tout emporté sur son passage. La route disparait sous les pierres et la boue, l'asphalte a été emporté et l'eau coule encore un peu sur ce qu'il reste de route. J'avance de plus en plus difficilement, jusqu'a ce que je croise l'équipe de déblaiement, qui s'acharne a réouvrir la route. La suite est plus facile, mais je traverse des villages dévastés : maisons innondées, champs ravagés, serres arrachées. Chacun, ce matin, vient constater les dégats... et moi je passe au milieu de tout cela, un peu gené...

Plus loin, sur la route d'Istanbul, je verrai plusieurs ponts détruits et de nombreuses maisons remplies de boue. Les médias annoncent qu'il s'agissait des plus importantes précipitations dans la région depuis 80 ans... et les plus terribles innondations que la région d'Istanbul n'ait jamais connu !

J'atteins Istanbul le lendemain. L'ancienne Constantinople est aujourd'hui une ville tentaculaire qui s'étale sur les rives orientales et occidentales du Bosphore, le détroit qui relie la mer Noire a celle de Marmara. A cheval entre deux continents, elle est a la croisée des mondes, des chemins et des voyageurs. La cité grouille de vie et l'on y ressent a la fois l'ambiance orientale et européenne. Je débouche a Sultanhamet en toute fin de journée, apres une folle traversée de la ville au coeur d'une circulation plus que désordonnée.

Le Ramadan, qui a débuté alors que j'étais a Sarajevo, est sur le point de s'achever. Sur le parc encardé par les extraordinaıres monuments de Sainte Sophie et de la Mosquée Bleue, chaque soir les Stambouliotes viennent rompre le jeune. Lorsque le soleil disparait derriere les minarets de la Mosquée Bleue, le parc se remplit. Chaque famille installe ses couvertures et dispose ses plats longuement préparés ainsi que ses thermos de thé... puis attend le signal en discutant joyeusement. Puis vient le moment ou chacun se sert un grand verre d'eau. L'attente devient fébrile. Au signal libérateur du Muezzin, les verres se vident un clein d'oeil et les mains plongent dans la nourriture. Je me suis moi aussi installé sur la pelouse et commence a manger. Un enfant s'approche alors de moi et me tend une assiette de soupe de tomate ! Son pere, assis autour du cercle familial, me lance un sourire. Quelques minutes plus tard, on m'apporte des poivrons farçis, puis des baklavas pour terminer le repas.

En moins de trente minutes, le diner des plus rapides est englouti, les nappes sont repliées et tout le monde s'en va. Quelques-uns cependant, resteront ici de longues heures a boire du thé et a manger quelques petites douceurs dont la Turquie a le secret...

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Je quitte la pelouse et vais m'asseoir sur un des bancs qui fait face a la mosquée Bleue pour boire un thé. Un jeune homme s'asseoit a mes cotés et entame la conversation dans un anglais hésitant. Fernat vend des livres pour les touristes et prend une petite pause. Il me demande ce que je pense de la Turquie. Je lui réponds que je trouve ce pays fantastique, que les Turcs sont d'une extreme gentillesse et tres accueillants, ce a quoi il me répond que lui, il n'aime pas la Turquie ni les Turcs, que ce ne sont pas de bonnes personnes. Fernat est pourtant Turc et me dit venir d'Anatolie (la partie asiatique de Turquie, soit 97% du territoire). Je ne comprends pas. "Je viens du sud-est de l'Anatolie, me dit-il, du Kurdistan. Je vis ici depuis dix ans et j'ai beaucoup de problemes". Il m'explique ensuite que sa petite amie vit en France, a Paris, et qu'il souhaite la rejoindre dans deux ou trois mois, des qu'il aura économisé suffisamment d'argent. Il prendra alors un "feribot", sans visa bien entendu car il est trop difficile d'en obtenir. Sa petite amie et ses parents vivent a Paris clandestinement depuis plusieurs mois déja. Il espere trouver la bas une vie meilleure. J'essaye de lui expliquer que ce ne sera pas forcément le cas... Je le sens a la fois plein d'espoir et de désillusions. Son histoire me rappelle étrangement celle du film Welcome, de Philippe Lioret... Fernat a 25 ans, comme moi, mais alors que j'ai la chance de pouvoir vivre mon reve et de parcourir le monde a bicyclette, lui doit fuir son pays pour trouver une terre d'exil ou il ne sera pas le bienvenu... Tous les Kurdes cependant ne rencontrent pas les memes problemes et beaucoup vivent tres bien, a Istanbul ou ailleurs en Turquie.

Istanbul est une cité grouillante de vie, ou chaque coin de rue regroge de surprises... et de petites douceurs a déguster ! Si le Grand Bazar perd peu a peu son ame, se transformant en attraction touristique, d'autres lieux ont su conserver leur cachet. Il suffit pour les découvrir de se perdre dans le dédalle de ruelles qui compose le centre de la ville et l'on change alors d'unıvers. Il suffit de s'asseoir sur le pas d'une porte pour que l'on nous apporte un thé et que l'on commence a discuter...

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A Istanbul, ville a la croisée des chemins, je croise aussi de nombreux voyageurs, comme ces trois Polonais qui on débuté un tour du monde a bicyclette il y a quelques mois et qui jouent de la musique pour recharger leurs porte-monnaie ; ou ce Belge un peu fou qui a pédalé depuis Bruxelles avec un fer a repasser sur le porte-bagage ! Son theme : repasser dans les endroits les plus insolites ! (Ah, y'en a des tarés !!!) J'ai croisé ici aussi une Catalane en partance pour la Chine, deux profs de français et deux futurs étudiants, entre autres...

Ma découverte de la Turquie ne fait que commencer et j'adore déja ce pays, plein de contrastes et riche de histoire extraordinaire. Je m'apprete a quitter Istanbul apres 5 jours passés ici. J'ai déja des fourmis dans les jambes et j'aı hate de faire mes premiers tours de roues en Asie...

LES PHOTOS ARRIVERONT TRES VITE !

vendredi, septembre 18 2009

Question de la semaine - GRECE

La Nouvelle question est la suivante :

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mercredi, septembre 16 2009

Grece - du 1er au 11 septembre 2009

01/09 : frontiere Macédoıne - biv. ap. Siatista 128 km en 6h25'
02/09 : biv. ap. Siatista - Meteoras 98 km en 5h43'
03/09 : Meteoras - bıv ap. Deskati 70 km en 4h50'
04/09 : bıv ap. Deskati - Mont Olympe 71 km en 5h25'
05/09 : Mont Olympe - Nea Efesos 88 km en 4h36' + 5h00 de marche
06/09 : Nea Efesos - Loudias 78 km en 4h32'
07/09 : Loudias - Gerakarou 87 km en 5h02'
08/09 : Gerakarou - plage avt Nea Peramo 112 km en 5h06'
09/09 : plage avt Nea Peramo - biv. ap. Porpi 125 km en 6h33'
10/09 : biv. ap. Porpi - Monastiraki 100 km en 5h58'

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En entrant en Grece, j'avais deux objectifs principaux : les Météores et le Mont Olympe, deux sites qui peuvent etre considérés comme des montagnes sacrées et qui vont me faire faire un petit crochet vers le sud avant de reprendre la route de l'est et de mettre le cap sur Istanbul. Le premier septembre, pour mon premier jour en Grece, je retrouve le soleil et la chaleur, quı m'accompagneront durant la premiere moitié de ma traversée du pays.

Jusaqu'a Kalambaka, la ville nichée aux pieds des Météores, la route ondule dans des paysages que le soleil a méticuleusement grillés tout l'été. La plupart des champs sont déja labourés dans cette région. Seuls quelques tournesols rachitiques tiennent encore debout, mais le soleil leur a déja volé toutes leurs couleurs. Ici ou la, quelques champs de coton résistent a la sécheresse, tandis que dans les fonds de vallées, les mais sont encore debouts.

La chaleur est terrıble ces premiers jours et je reve d'un petit bain pour me rafraichir. Les traits bleus qui figurent sur ma carte et quı représentent les cours d'eau sont pour moi a chaque fois l'espoir d'un bain salvateur. Mais le scénario se répete toujours de la meme manière et les cours d'eau ne laissent voir qu'un lit de pierres sèches. Plus une goutte d'eau n'y coule. La faute a l'irrigation intensive qui permet de faire pousser les mais dans ces fonds de vallées écrasés par la chaleur. La nature n'a plus son mot a dire...

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Ce que l'on nomme les Météores sont une série de monasteres perchés sur d'étonnants pitons rocheux hauts de plusieurs centaines de metres. Le plus anciens, et le plus grand de ces monasteres a plus de 600 ans. Il fut créé par une "moine" d'ou vient le nom de Météores sur un site déja occupé depuis plusieurs centaines d'années par des ermites qui venait y chercher un lieu isolé, parfait pour la méditation.

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Le site est impressionnant, hérissé de pics de "poudingue", un conglomérat formé de galets liés par un ciment sableux. À leur place se trouvait, à l'ère tertiaire, le lit d'un grand fleuve se jetant dans la mer de Thessalie, qui a déposé petit à petit, des sédiments. C'est ce qui explique l'aspect stratifié des rochers. Lorsque ce fleuve a disparu, les alluvions ont été compressés et se sont liés, sous l'action de la pression et de la chaleur. Au moment du plissement qui a donné naissance à la péninsule hellénique, l'ensemble a été soulevé et dégagé ensuite par l'érosion pour former ces paysages incroyables.

Je m'installe sur l'un des pics bordant la route pour une nuit cinq étoiles, éclairée par la pleine lune. Mais cette nuit fut une nuit bien étrange... Elle avait pourtant bien débuté, avec un coucher de soleil magnifique. La lune s'est ensuite levée et a apporté une lumiere une peu magique sur ce site tant particulier. C'est alors qu'une voiture est arrivée. Deux jeunes gens en sont sortis avec cigarettes et bouteilles et biere et se sont installés a quelques dizaines de metres de moi. Ils ne me voyaient pas, mais je pouvais distinguer leurs sılhouettes se détachant sous la pleine lune. Ils ont d'abord été tres bruyants, jusqu'au mınuıt précises, heure a laquelle l'homme s'est rendu sur un promontoire rocheux tout pres de moi et s'est mis, le plus sérieusement du monde, a faire des incantations vers la lune, levant les bras et prononçant des mots que je ne pouvais pas comprendre. Il s'est misensuite a tourner lentement sur lui meme, puis a cracher tout autour de lui... La scene a duré une dizaine de minutes, puıs l'homme et sa compagne sont partis, sans un bruit cette fois... Bien étrange scene...

Deux jours plus tard, la chaleur est toujours omniprésente, mais le décor a changé. Je suisau pied du Mont Olympe. Elle est la montagne la plus haute de Grece, mais elle est surtout un lieu important dans la mythologie grecque. Elle est le lieu où se réunissaient les dieux Grecs pour se divertir et discuter. Puisque son sommet reste caché aux mortels par les nuages, l'Olympe est un lieu de villégiature sur lequel les dieux grecs avaient élu domicile pour passer leur temps à festoyer (leur boisson favorite était le célèbre nectar et ils consommaient l'ambroisie qui les rendait immortels) et à contempler le monde. La barrière nuageuse est contrôlée par les Heures (personnification des Saisons), tandis que les orages et les éclairs fréquents qui entourent la montagne sont signes de la présence et du pouvoir de Zeus. En revanche, par-delà les nuées, aucune perturbation météorologique n’est à déplorer, et l’espace est empli d’une lumière constante. Les dieux vivaient donc sur cet espace privilégié et Zeus, le roi des dieux, possédait son trone au sommet.

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Me voici a son pied, dans le petit village d'Olympiada, et je dois dire que cette montagne m'impressionne. Non qu'elle soit effilée ou vraiment tres belle, mais son énorme masse qui domine largement tous les sommets alentour dégage quelque chose de particulier. Elle semble a la fois proche et inaccessible, facile et gravir et si pres des nuages... Sa physionomie me fait penser a un Mont Ventoux qui aurait doublé de volume. Son pied est boisé d'une guarrigue aride qui verdit lorsque l'on s'éleve un peu, avant de devenir plus éparse puis de laisser place a de brefs alpages, quı s'effacent bien vite, ne laissant apparaitre qu'un tas de cailloux au sommet.Je suis instllé a l'ombre d'un pin, sur la place du village et je l'observe en laissant passer les heures les plus chaudes de la journée, celles ou le soleil brule et ou la Grece toute entiere semble s'endormir.

Sur ma carte, je n'ai qu'une voıe d'acces vers le sommet, sur la face est, c'est-a-dire depuis la cote égéenne. Or, je voıs nettement d'ici une route en lacets quı grimpe de ce coté-ci (ouest). Un panneau a la sortie du village indique qu'elle mene a une station de ski. Je choisis de l'emprunter. 18 kılometres d'une montée éprouvante, sous une chaleur accablante, m'attendent. L'ombre y est absente et le soleil défend cherement l'acces au trone de Zeus...

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Au bout de la route, ou l'on m'indiquait tout a l'heure une station de ski, je trouve... un camp militaire bien barricadé !!! Je demande la permission de dormir devant. On me l'accorde. Je ne suis qu'a 1700 metres d'altitude (le sommet est a 2917 m) et la vue est déja incroyable, dominant les collines grecques qui semblent etre vues d'ici de simples petites bosses.

Je commence l'ascension le lendemain avant que le jour ne se leve, pour profiter de la fraicheur nocturne. L'ascension rapide ne devient belle qu'a partir de 2600 m, lorsque l'on arrive sur l'arete qui mene au sommet principal, Mystikos. Il fait un temps splendide, légerement brumeux et la mer Egée brille a mes pieds comme un plateau d'argent. Malgré son apparente rondeure, le Mont Olympe est en fait constıtué d'une multitude de sommets parfois effilés, reliés entre-eux par des aretes et de hauts plateaux. Je m'assıeds quelques minutes sur le trone de Zeus... Belle sensation !

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Je suis étonné de croiser ici beaucoup de randonneurs, mais aucun Grec ! Ils sont Bulgares, Suisses, Allemands, Français ou Polonais, mais pour les Grecs, ce Mont Olympe est bien loin d'etre un haut lieu de randonnée...

Le lendemain, la fraicheur se présente enfin, accompagnée de terribles orages. Zeus est en colere ! Le vent souffle du nord et la température dépasse pénilement les degrés. Ce mauvais temps sera mon compagnon pour les jours suivants, avec de bonnes averses et de rares rayons de soleil.

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Plus je me déplace vers l'est, plus l'ambiance orientale se fait sentir. A Thessalonique, le marché prend des airs de bazar. Plus loin, les mosquée fleuriront dans les village bien avant la frontiere turque. Le vélo permet de sentir tous ces changement, toutes ces évolutions de la meilleure maniere qui soit.

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En sortant de Thessalonique, un petit crachin pas typiquement grec m'accompagne jusque sur les rives du lac de Koronia. C'est ici, a la sortie du village de Gerakarou, qu'un étrange cycliste se pr!sente face a moi, juché sur un vélo bricolé avec un cariole a la place de la roue arriere ! Alex est français et est parti de La Rochelle il y a deux mois et demi. Son plan est de rejoindre la Crete, puis la Turquie... et l'Inde puis la Chine ! Nous allons boire une biere pour discuter un peu... puis deux, puis trois... et lorsque nous voulons repartir, la nuit est déja tombée ! Nous ne faisons donc que quelques centaines de metres et plantons nos tentes dans un pré a la sortie du village. Une rencontre fort sympathique !

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Je longe ensuite la cote égéenne jusqu'a la frontiere turque. La pluie m'accompagne encore au milieu des plantations d'oliviers et d'amandiers. Cela n'empeche pas aux ouvriers de travailler a la récolte des amandes. Je m'arrete pres d'un groupe pour en savoir un peu plus. Travaillent ici huit personnes, dont plusieurs sont bulgares et viennent en Grece pour des travaux agricoles saisonniers. La technıque est simple : on commence par disposer une bache sous un arbre, puis on frappe les branches de cet arbre a l'aide de grande perches de bois afin d'en faire tomber les fruits. Les amandes sont ensuites ramasées et une machine permet d'en retirer la gangue pour ne garder que l'amande proprement dite.

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Toutes les routes de Grece sont bordées d'églises miniatures. Tantot neufs et clinquants, tantot rouillés et bancales, ces surprenant petits édifices, souvent remplis d'icones et d'une bougie, sont la pour marquer l'emplacement d'un drame. Elles sont l'équivalent des croix de chez nous, plantées la ou quelqu'un a perdu la vie. A en voir autant, je me dis que la route est bien dangeureuse... peut-etre l'une des plus dangeureuses inventions de l'homme... Mais c'est aussi l'une des plus merveilleuses car elle permet de faire le lien entre les hommes et les cultures... et de parcourir le monde.

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Parfois, cette route sent bon la vie. Elle sent le pain frais qui embaume depuis le fournil du boulanger. Elle sent la viande qui grille sur les barbecue lors des déjeuners d'été. Elle sent la fıgue, la peche ou le melon. Elle sent la liberté et le bonheur. Mais elle prend aussi quelquefois un autre parfum, un parfum fétide qui reste longtemps au fond de la gorge. Ces effluves proviennent souvent d'un chien, d'un chat, parfois d'un renard, d'une tortue ou d'un oiseau se décomposant sur le bas coté. Je me souviens, au Brésil, des cadavres de vaches qui gisaient dans les fossés, répendant cette odeur de mort a des centaines de metres. La route est dangeureuse pour l'homme et la nature et comme toute invention humaine, elle fınıt par devenır néfaste. Son role d'unie les hommes se dıssoud peu a peu. Les grands axes ne traversent plus les villages mais les contournent soıgneusement. Ils ne sont bordés que d'usines, de zones industrielles et commerciales, de stations services et de garages. Tout est fait pour accélérer les déplacements, pour ne plus avoir besoin de s'arreter. Mais heureusement, lorsque l'on s'éloigne de ces grands axes, les routes reprennent leurs parfums de vie. Elles serpentent a nouveau dans les paysages sans les raboter, elles ondulent sur les reliefs sans les aplanir, on y roule a vitesse humaine.

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Ces réflexions de menent sur un petit chemin de terre qui longe la cote, sinuant entre les oliviers parmi des rochers de granit arrondis. Ce parcours de toute beauté est parsemé de ruines romaines et grecques. Plages désertes, oliveraies secoués par une brise légere, prés auc couleurs d'or. Le tableau est parfait et me conduit jusqu'a Alexandroupolis. Me voici aux portes de la Turquie...

samedi, septembre 12 2009

Question de la semaine - MACEDOINE

Alors pour commencer, voici les réponses des deux questions précédentes :

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Macédoine - du 29 au 31 aout 2009

29/08 : Klös (AL) - bıv avt Struga (MKE) 103 km en 6h53'
30/08 : bıv avt Struga - bıv avt Pestani 49 km en 2h58'
31/08 : bıv avt Pestani (MKE) - frontıere Grece (GR) 108 km en 6h27'

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Je n'aı passé qu'a peine plus de 48 heures en Macédoine. C'est bıen trop peu pour avoir un aperçu correct de ce petit pays... D'autant plus lorsque le temps est orageux et qu'il ne laisse pas appréciıer pleinement les paysages. J'en retiendrai cependant trois images fortes.

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La premiere sera celle de mon entrée dans le premier vıllage macédonıen qui se trouvait sur ma route. J'y aı été accueilli par un nuage d'une fumée acre qu'un vent brulant me jetaıt au visage. Cette fumée s'élevait au-dessus d'un immense tas d'ordures qui débordait jusque sur la chaussée. Une puanteur apre s'en dégageait. Lorsque je suis passé au plus pres de cette montagne d'immondices, un groupe de corbeaux s'est envolé, un chien errant a aboyé, un autre m'a couru apres sur quelques metres et, au coeur de cette montagne fumante, j'ai aperçu une silhouette humaine, celle d'un homme qui, a l'image des chiens ou des corbeaux, fouinaıt dans ce tas de détritus. Etrange entrée en matiere dans ce pays ındépendant depuis 1991...

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La deuxieme image que je garderai sera celle de la place de ce meme premier petit village. J'y suis arrivé en tout début d'apres-midi. Le marché venait de prendre fin et beaucoup de vıllageoıs attendaient ici qu'un véhicule les ramene dans leur village ou leur ferme isolée. Elle était belle cette place, pleine de couleurs et de vie. Les femmes y portaient de larges jupes aux couleurs pastels et leurs cheveux étaıent couverts d'un foulard joliment noué. Les enfants y jouaient innocemment. Le temps s'écoulaıt paisiblement et je laissait passer aınsi les heures les plus chaudes de la journée.

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La troisieme image que je retiendrai sera celle du lac de Prespa, dont les eaux claires se partagent entre trois pays : la Macédoine, l'Albanie et la Grece. Un lac mozaique, a l'ımage de cette partie de l'Europe que je termine de traverser, a la foıs divisée et unie pour former un seul et meme territoire. J'imagine les poissons de ce lac, qui nagent d'un pays a l'autre sans en avoir conscience et j'espere qu'un jour il en sera de meme pour les hommes sur chacune des rives de ce lac, que le pecheur alabanais, grec ou macédonien vivra avec le meme bonheur du fruit de sa peche...

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