Si On Jouait - A vélo en Asie

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vendredi, juin 25 2010

Tadjikistan 4 : Boucle pamirie : du 15 au 25 juin 2010

16/06 : Khorog - hameau 53 km en 3h52'
17/06 : Hameau - Jelandy 79 km en 5h24'
18/06 : Jelandy - YeshilKul 98 km en 7h16'
19/06 : YeshilKul - Khargush 77 km en 6h50'
20/06 : Khargush - Vrang 94 km en 7h11'
21/06 : Vrang - Ishkashim 95 km en 6h06'
22/06 : Ishkashim - Khorog 98 km en 5h42'
23/06 : Khorog - Dushanbe en jeep

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Mon voyage prend une tournure particulière ces derniers temps, une tournure imprévue, dictée par les contraintes administratives et les événements politiques.

N'ayant pas pu obtenir de visa chinois ici, a Dushanbe, j'avais décidé de me rendre au Kirghizistan, d'y passer un mois ou deux et, éventuellement, d'y faire une nouvelle demande de visa chinois, via une agence, a Bishkek. Mais voilà que moins de quinze jours avant mon entrée prévue au Kirghizistan, des affrontements violents ont débutés dans le sud-ouest du pays, dans la région de Osh et Jalal Abad, deux villes que traverse la seule route menant du Tadjikistan a Bishkek. Ouzbeks et Kirghizes, qui vivent depuis des décennies ensemble dans cette région, se mettent soudainement à s'entretuer. Le pays est aux portes de la guerre civile. La porte kirghize vient de se refermer brutalement devant moi.

Mon visa tadjik se terminant le 27 juin et n'ayant aucun visa pour les pays voisins, je n'ai d'autre choix que de rebrousser chemin et de quitter le pays en avion. Mais avant cela, je m'offre une dernière semaine de vélo dans les montagnes du Pamir...

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En cherchant une jeep pouvant me ramener à Khorog, j’aperçois, sur le toit d’un 4x4, un enchevêtrement de vélos et de sacoches multicolores ne laissant pas de doute sur la nature de leurs propriétaires. Je m’approche. Les trois cyclistes sont en train de discuter le prix du voyage avec leur chauffeur tout en cherchant un ou deux passagers supplémentaires. J’arrive juste au bon moment !

Le temps de faire le plein, de déposer la femme du chauffeur et son bébé, de serrer les paluches de tous les potes du voisinage, de trouver une dernière passagère et de nous soumettre à une demi-douzaine de contrôles de police et nous voilà en route !

Les 24 heures d’un chemin chaotique me permettent de faire plus ample connaissance avec mes compagnons de voyage. Il y a d’abord Julia, une blondinette d’outre-rhin âgée de tout juste 23 ans, partie de Berlin il y a moins de trois mois. A Samarqand, elle s’est séparée de son ami allemand pour suivre les roues de deux Vosgiens : Ben et Nicou. Ces derniers sont le genre de mecs avec qui on ne s’ennuie pas ! Deux joyeux lurons qui se sont donnés huit mois pour rejoindre la Mongolie. Et s’ils se trouvent avec moi dans cette jeep, c’est que, comme moi, ils ont été « refroidis » par les évènements kirghizes et ont changés leurs plans à la dernière minute. Plus question de traverser le Kirghizistan à l’heure actuelle, mais le Pamir étant une priorité de leur voyage, ils ont choisi le compromis de venir faire une petite boucle sur ce « toit du monde » - comme l’appellent les Tadjikes – quitte à faire un aller en jeep pour parcourir le chemin du retour à vélo.

Nous arrivons à Khorog de bon matin, après une nuit bien secouée où nous n’avons pu fermer l’œil qu’entre deux nids de poule… Nous n’avons cependant pas le temps de flâner – ah, ces fichus visas ! – et nous nous mettons rapidement en route, tous les quatre, pour une boucle d’une semaine, de la Pamir Highway à la vallée du Wakhan.

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Une lente et longue ascension nous attend. Trois jours nous seront nécessaires pour franchir le col de Koitezek. Trois jours assez difficiles pour moi, qui ai du mal à suivre le rythme de mes trois nouveaux compagnons, plus légers et plus affûtés que moi après plus d’un mois sans vélo ! Trois jours où nous suivons la rivière Gunt, un torrent capricieux qui se faufile bruyamment dans les méandres d’une vallée cernée par des sommets grandioses. Trois jours qui nous permettent de quitter en douceur les vallées verdoyantes et douces pour entrer dans un univers aride et inhospitalier. Trois jours pour profiter encore et encore de l’accueil pamiri qui, ici comme ailleurs, ne se dément pas. Trois jours enfin pour nous acclimater et permettre à nos corps d’emmagasiner quelques globules, étape essentielle pour nous préparer à goûter sereinement et à nous enivrer avec délice de ce parfum délicieux, « le parfum des hauteurs »…

Col de Koitezek, 4272 mètres d’altitude. La porte des étoiles. Une neige immaculée recouvre encore les paysages qu’un vent glacial se charge de garder purs. Dans les derniers kilomètres de l’ascension, les montagnes se sont arrondies, les reliefs se sont adoucis. Nos souffles se sont faits de plus en plus courts. Nous avons eu la sensation d’entrer avec douceur dans un autre monde : le monde de l’altitude, celui du soleil d’or et de l’air pur, celui du vent glacial et des espaces infinis, celui de la lumière aveuglante et des ciels étoilés...

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Le soleil brûlant peine à réchauffer l’air ambiant. Nous nous lançons avec délice dans une descente qui n’en est pourtant pas vraiment une. Nous roulons désormais sur le « Bam-i dunya », le toit du monde…

Quelques paquets de nuages noirs laissent échapper, par intermittence, de fins flocons de neige. La gifle solaire qui s’ensuit n’en est que plus piquante. Mais tout cela ne semble pas perturber les allées et venues virevoltantes des nombreuses marmottes, déjà bien grassouillettes, qui nous observent passer du coin de l’œil. Les montagnes effilées et les prairies gorgées de chlorophylle de la vallée de Gunt sont désormais bien loin derrière nous. Ici, la rondeur des reliefs et la douceur des courbes contraste avec la rudesse du climat. Rares sont les plantes qui parviennent à subsister dans cet environnement aride où l’oxygène se fait rare et où les températures nocturnes descendent largement sous zéro la quasi-totalité de l’année.

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La M41, la Pamir Highway – qui n’a, cela va sans dire, de « highway » que le nom –, nous mène jusqu'à Alichur, un village perdu sur cet immense plateau dénudé. Nous y croisons quelques bergers, de retour au bercail après une rude journée dans les vents glacés du Pamir. Mais notre journée à nous est loin d’être terminée… Il est déjà plus de 17h quand nous quittons la M41 pour nous engager sur une étroite piste de terre et de cailloux filant plein ouest, en direction du lac Yeshilkul. Le souffle d’Eole, qui jusque là nous donnait des ailes, vient maintenant nous clouer au sol et nous assèche de nos dernières forces en un rien de temps. Nous voulons avancer jusqu’au « geyser » indiqué sur nos cartes. Mais plus nous avançons, plus cet objectif semble s’éloigner de nous…

J’ai de plus en plus de mal à suivre le rythme de mes compagnons de route. Je les laisse filer. Je les ai presque perdus de vue quand, derrière une courbe du terrain, surgissent soudain deux garçons, courant dans ma direction, une roue de bicyclette à la main ! Ils sont allés faire réparer la roue de leur vélo au village et rentrent maintenant chez eux. Ils habitent dans un « gheshlagh » isolé, à quelques dizaines de minutes de marche d’ici. Et comme je ne vais guère plus vite à vélo qu’eux à pied, ils m’accompagnent. Nous ne tardons pas à retrouver Nicou, Ben et Julia, qui m’attendaient un peu plus loin. Ensemble, nous poursuivons donc jusqu’au « gheshlagh ».

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Nous y sommes accueillis avec toute la chaleur dont nous avions besoin. Nous sommes ici dans un village kirghize – environ la moitié des habitants du plateau du Pamir sont kirghizes. Seuls les deux fils les plus âgés de la famille baragouinent le tadjik – car ils sont allés à l’école. Cela nous permet de communiquer un minimum.

La maison est très rudimentaire et sensiblement différente des maisons pamiries que j’ai pu voir auparavant. Pas de piliers ni de fosse centrale dans la pièce principale. Pas d’ouverture dans le toit non plus. Le sol est recouvert de tapis et la minuscule pièce à l’entrée de la maison fait office de cuisine. C’est d’ailleurs ici que nos hotes s’entasseront pour dormir cette nuit, réservant la pièce principale pour leurs invités… L’électricité – qui ne sert qu’à l’éclairage – est fournie par un petit panneau solaire disposé sur le toit. L’eau, il faut aller la chercher dans une petite rivière qui passe tout près. On la stocke ensuite dans de grand sceaux à l’entrée de la maison. Derrière cette dernière, une yourte est installée – nous n’aurons malheureusement pas l’occasion de la visiter. Et à chaque extrémité du hameau, une tête de yak décapité accueille les visiteurs…

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Leur seule richesse et principale source de nourriture, c’est leur bétail. Une cinquantaine de chèvres et de moutons ainsi qu’une trentaine de yaks se partagent entre les deux familles qui vivent ici. Le bois est inexistant sur ces plateaux d’altitude et la cuisine se fait à la bouse de yak séchée. C’est aussi le seul – et maigre – moyen de chauffage… Soir comme matin, notre repas sera le même : « shir choy » (thé salé au lait de yak) accompagné de petits pains frais faits sur place et de yaourt au lait de yak sucré, suivi de thé noir. Un délice… même si je ne me verrais pas manger ça tous les jours de l’année…

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Au petit matin, nous sortons et avons la surprise de découvrir deux nouveaux-nés : deux petits yaks tenant à peine sur leur pattes sont venus au monde dans la nuit…

Le chemin de terre et de sable nous mène ensuite de lac en lac, dans des paysages me rappelant parfois ceux de l’Altiplano bolivien, jusqu’au pied du col de Khargush, porte d’entrée de la vallée du Wakhan.

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4344 mètres d’altitude. Voici le point culminant de mon voyage jusqu'à présent. Une longue descente s’ensuit, dotée de points de vue fantastiques sur les sommets du massif du Wakhan et de l’Hindou Kusch. Les bergers et leurs troupeaux ont désormais pris possession des lieux. Les « yaylagh » grouillent de vie. Trois mois de bonheur en perspective pour les bêtes qui se délectent des quelques brins d’herbe qu’elles arrivent à dénicher dans la caillasse…

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Nous retrouvons ensuite la vallée du Wakhan, que j’avais parcourue quelques semaines plus tôt, à pied, en compagnie de Farnaz. L’accueil y est toujours le même, les paysages aussi… La seule différence notable réside dans les villages, qui sont comme qui dirait en train de se refaire une petite beauté… Nous sommes en effet à quelques jours de la fête de l’Unité et de l’Entente Nationale. Un jour chômé qui, cette année, revêt une importance toute particulière pour cette région du pays car le Président Rakhmon ainsi que l’Aga Khan y sont attendus… Chacun s’affaire donc à donner à son village l’aspect le plus clinquant possible : on repeint les murs ici, on termine la construction d’un nouveau bâtiment là, on fixe des posters a l’effigie du Président, on bouche les trous sur la route et on y passe la niveleuse – ça c’est plutôt une bonne chose pour nous ! Les enfants des écoles répètent leur défilé, une fleur a la main, sous le regard attendri de leurs parents.

Nous retrouvons Khorog une semaine tout juste après notre départ. Il est l’heure pour moi de quitter mes nouveaux amis. Ils retournent à Dushanbe à bicyclette par la route que j’ai déjà parcourue, dans l’autre sens, il y a un mois et demi. Quant à moi, je dois refaire une dernière fois ce même trajet en jeep – mon visa tadjike se termine dans seulement trois jours.

Je quitte donc les montagnes après avoir seulement goûté quelques bribes de leur parfum. L’est du Pamir restera inconnu pour moi, tout comme les montagnes kirghizes. Je m’en vais retrouver les plaines, à contrecoeur.

De retour à Dushanbe, je me replonge dans le monde détestable de l’administration. J’ai deux jours pour obtenir un visa iranien. Je fais la navette entre l’ambassade et une agence de voyage iranienne qui gère mon dossier – qui semble n’avoir guère avance depuis une semaine… Mais après un interrogatoire plutôt tendu dans le bureau du consul, l’ambiance se détend. On m’offre un thé et me dit de patienter. Deux heures plus tard, j’ai mon visa en poche ! Inespéré !

Je m’apprête donc à quitter l’Asie Centrale avec un sentiment d’inachevé. Le Kirghizistan, tout comme le Xinjiang, resteront pour moi des rêves inaccessibles. L’Asie Centrale m’a usé. Je suis fatigué de toutes ces contraintes administratives. Je n’en peux plus de passer mon temps à courir les bureaux pour me faire renvoyer paître une fois sur deux. Je n’en peux plus de ces contrôles de police incessants et parfois malhonnêtes. Tout cela a quelque peu gâché mon voyage dans cette région du monde. Je m’attendais à autre chose. J’étais venu y chercher les grands espaces des steppes et l’air pur des montagnes. Je reste un peu sur ma faim… même si j’ai quand même passé d’excellents moments ici aussi. Je retiendrai surtout l’exceptionnel accueil que j’ai reçu ici, au Tadjikistan, et plus particulièrement dans le Pamir, tout comme les fabuleux paysages de montagnes tout au long de ma traversée du pays.

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L’Iran sera donc ma prochaine destination. Je pense y passer l’été – bien au chaud – avec pour objectif d’apprendre la langue farsi, mais aussi de prendre le temps de réfléchir à la suite de mon voyage…

dimanche, juin 13 2010

Question de la semaine : Tajikistan 3

Deux questions

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Tadjikistan 3 : Corridor de Wakhan : du 15 mai au 13 juin 2010

Frontiere naturelle entre le massif du pamirau nord et celui de l'Hindu Kuch au sud, la vallee de Wakhan apparait comme un etroit corridor, un axe de vie taille au coeur de sommets dechiquetes. La riviere Panj qui y coule, tantot paisiblement, tantot avec furie, n'est autre que le haut Amu Darya et marqe la frontiere administrative entre le Tajikistan et l'Afghanistan. Cette vallee reculee constitue aussi l'un des itineraires les plus anciens de la route de la soie. Quelques forts en ruines attestent encore du passage des caravanes de marchands. Marco Polo lui-meme a traverse cette vallee en 1274.

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Khorog, principale agglomeration du Pamir, en est le point de depart. Mon velo restera en pension ici encore quelques semaines, puisque c'est a pied et en compagnie de Farnaz, rencontree a Teheran et venue me rejoindre pour un mois, que je choisis de decouvrir ce corridor de Wakhan.

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Dans le premier village que nous traversons, un homme vient a notre rencontre :
- Vous avez faim ?
- Heu... Non, merci, ca va.
- Mais si, vous avez faim ! Allez, asseyez-vous la, on vous apporte quelque chose.
Trente secondes plus tard, nous nous retrouvons donc assis dans un abri-bus - qui n'a plus vu passer de bus depuis bien longtemps - avec une table installee devant nous et une enorme assiette remplie d'une montagne de pommes de terre sur laquelle sont poses deux oeufs au plat.

Aujourd'hui, c'est un jour special nous explique-t-on ensuite. C'est un jour ferie pour nous. C'est la fete de l'Aga Khan. Les peuples du Pamir sont en grande majorite ismaeliens. Cette religion, introduite dans la region au XIe siecle, est une branche minoritaire de l'Islam chiite qui n'utilise pas les mosquees, mais des salles de reunion denomees "janoat khane". Chaque village est dirige par un "khalifa", chef religieux qui dirige les prieres et dispense ses conseils, assiste par un "rais", le chef de la communaute. Le chef spirituel des Ismaeliens est l'Aga Khan. Karin Aga Khan IV, est ne en 1936 en Suisse et est considere par les Pamiris comme un veritable dieu vivant en sa qualite de 49eme Imam - il est un descendant direct du prophète Mahomet, par le biais de son cousin et gendre Ali (1er Imam) et de sa fille Fatima. Dans toutes les maisons que nous avons visitees, le portrait de l'Aga Khan etait present, et a chaque fois, notre hote nous precisait qui il etait et a quel point cet homme etait important pour eux. En effet, l'Aga Khan est loin d'etre une divinite abstraite car son intervention pendant la guerre civile qui secoua le pays au lendemain de son independance, dans les annees 90, a permis d'eloigner la famine qui menacait la region, grace a une aide humanitaire.

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Nous reprenons notre chemin le ventre bien plein et charges en plus d'un pain frais que l'on nous a offert. Cette premiere rencontre est a l'image de ce que l'on vivra les jours suivrants : un accueil formidable et des rencontres incoryables avec des Pamiris d'une generosite incroyable. Chaque jour, nous avons du refuser d'innombrables invitations a boire le the ou meme a passer la nuit chez des Pamiris curieux et heureux d'accueillir chez eux des etrangers... et qui plus est une Iranienne partageant leur langue - meme si, dans les vallees isolees du Pamir, de nombreux dialectes coexistent, comme par exemple le "chugnani" a Khorog ou le Wakhangi dans le Wakhan, tout le monde ou presque parle aussi le tadjiki, une langue extremement proche du persan. Et chaque fois que nous avons accepte l'invitation, l'accueil a ete excellent, sincere et fraternel, meme si la question religieuse etait parfois un peu trop presente a notre gout... Le the est ici encore la boisson par excellence, mais elle se decline en deux version : le the noir ou vert classique, consomme abondamment dans le reste de l'Asie Centrale, et le "shir choy", un the au lait (de vache ou de chevre) fortement sale, dans lequel on rajoute de l'huile figee (a defaut de beurre). Et c'est pas si mauvais que ca...

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Dans le Wakhan, ce n'est que le debut du printemps et l'alimentation est encore basee sur les reserves de l'hiver : pommes de terre, farine de ble (pain), viande et produits laitiers produits par la famille a quoi l'on ajoute du riz achete au bazar de khorog, c'est pratiquement tout ce que l'on mange ici. Les fruits et les legumes, qu'il serait trop long et couteux d'importer, ne sortiront pas de terre avant plusieurs semaines encore...

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Toutes les maisons dans lesquelles sont sommes entres sont baties selon la meme architecture. La maison pamirie traditionnelle s'organise autour d'une vaste piece centrale dotee de 5 piliers et de parties surelevees bordant les quatre cotes d'une fosse centrale. La cuisine est parfois inseree dans un angle, ou peut se trouver dans une piece attenante. Il y a aussi souvent une autres piece reservee aux invites. La piece centrale comporte peu de fenetres (souvent une seule), afin de s'isoler au mieux des rigueures de l'hiver, et la lumiere provient d'une lucarne inseree au centre du toit plat, ce dernier se composant de 4 carres concentriques representant les 4 elements du zoroastrianisme : la terre, l'air, l'air et le feu. L'ameublement se compose de tapis et de matelas - c'est la piece ou l'on dort, installant chaque soir matelas et couvertures sur le sol - d'une ou deux armoires et bien souvent d'une tele ! Les murs sont decores de photos de la famille - nombreuse, avec souvent plusieurs enfants exiles a Moscou - et de l'Aga Khan.

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Tout au long de notre remontee de la vallee de Wakhan, nous alternons marche a pied et auto-stop, profitant au maximum des fabuleux paysages qui nous entourent. Cote afghan, les sommets de l'Hindu Kuch, marquant la frontiere pakistanaise, s'elevent allegrement au-dessus de la barre des 7 000m. Dans le fond de la vallee, de nombreux cours d'eau alimentant la Panj sont autant de sources de vie autour desquelles sont installes de petits villages millenaires ou l'irrigation permet de cultiver les rares terres arables et d'elever quelques vaches, moutons et chevres.

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Beaucoup de Wakhangis nous ont parle avec regret de l'epoque sovietique. La vie y etait plus facile, les magasins mieux approvisionnes, les ventres plus remplis. Chacun avait un travail : il y avait des cultivateurs, des eleveurs, des professeurs, des macons... Chacun avait un role precis et un salaire. Aujourd'hui, chacun fait un peu tout ca a la fois pour essayer de survivre. Les magasins sont vides et chaque famille mange ce qu'elle produit. Les conditions de vie se degradent peu a peu, a l'image de la route, construite par les russes... et se degradant peu a peu pour dans un avenir proche, disparaitre totalement...

Langar, a 2800m d'altitude, est le dernier village de la vallee. Nous continuons a pied, avec l'idee de rejoindre la vallee de Chokh Dara en franchissant un col a 4400m d'altitude. Une journee de marche dans des paysages somptueux nous mene a Mitz, ou une batisse une ruines nous permet de nous abriter du vent qui souffle fort cette nuit-la.

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Nous devons ensuite bifurquer vers le nord et suivre une valle adjascente, dans laquelle une ancienne piste de 4x4 devrait nous guider vers Chokh Dara... Mais cette piste a pratiquement totalement disparue sous les eboulements et, de plus, traverse a plusieurs reprise un torrent furieux. La premiere traversee s'avere perilleuse et nous prend beaucoup de temps. Nous craignons de ne pas avoir le temps de franchir le col aujourd'hui et voyons le mauvais temps arriver, de lourds nuages noirs s'accrochant aux plus hauts sommets. Qui plus est, nous n'avons pas de carte precise de la zone - nous pensions que la piste de 4x4 serait evidente a suivre - et de la nourriture pour deux jours tout au plus. Nous prenons alors la sage decision de rebrousser chemin...

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Apres avoir marche deux bonnes heures en direction de Langar, nous appercevons, en contrebas de la route, une maison - qui semblait la veille abandonnee - grouillant de monde. Nous nous approchons. Autour d'un "shir choy", on nous explique que cette maison est un "yaylagh", une residence d'ete, pres des verts paturages de montagne. Aujourd'hui, plusieurs familles de Langar partageant ce "yaylagh" menent leurs troupeaux ici ; plus d'une centaine de betes au total, qui passeront 4 mois ici, jusqu'a fin septembre, gardees par 2 hommes, 2 femmes et deux enfants, qui resteront ici tout l'ete. Dans certains cas, ce sont les femmes et les enfants qui restent dans le "Yaylagh", tandis que les hommes restent au village pour travailler dans les champs.

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Un camion est la pour les ramener a Langar. Nous profitons de l'aubaine et grimpons dans la benne en compagnie de 35 autres personnes pour une tour de grand huit au-dessus des precipices. Le soir, alors que l'orage eclate sur les montagnes de l'Hindu Kuch, nous sommes invites par le chauffeur du camion et goutons une derniere fois a cette merveilleuse hospitalite pamirie.

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samedi, mai 15 2010

Tajikistan 2 : Dushanbe - Khorog

07/05 : Dushanbe - Farizobod 57 km en 3h32'
08/05 : Farizobod - croisement A372/M41 96 km en 8h00'
09/05 : croisement A372/M41 - route du col de Sagirdasht 80 km en 8h23'
10/05 : route du col de Sagirdasht - Darvaz 73 km en 7h15'
11/05 : Darvaz - Vallee de Vishcharb 82 km en 6h33'
12/05 : Vallee de Vishcharb - Pastchuv 92 km en 6h44'
13/05 : Pastchuv - Khorog 56 km en 4h21'
14/05 : Khorog - Dushanbe 18h de jeep !!!

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J'ai passe quatre jours a Dushanbe. Quatre jours a courrir d'une ambassade a l'autre, a faire la queue, a attendre, a perdre patience, a desesperer. Quatre jours pour rien... ou presque. Mon visa kirghize est en cours, mais n'est pas encore pret. Le consul du Pakistan m'a gentillement explique qu'etant donne qu'il n'existe pas de liaison aerienne directe entre de Tajikistan et le Pakistan, l'ambassade pakistanaise de Dushanbe ne delivre aucun visa touristique aux etrangers de passage. "Va a Beijing ou Hong Kong si tu passes par la Chine" m'a-t-il conseille ! La Chine, justement : apres trois bonnes heures d'attente sur le trottoir devant la porte de l'ambassade, j'ai enfin pu m'adresser a une aimable fonctionnaire qui, en moins de trente secondes, a regle mon dossier : "Pas de billet d'avion ? Pas de visa !". J'apprends par ailleurs que la Karakorum Highway, route qui relie le Pakistan a la Chine, est bloquee par une immense glissement de terrain qui a cree un lac de 3 km de long dans la vallee, coupant la route pour tout l'ete (au moins). Mes plans s'en retrouvent une nouvelle fois totalement chamboules. Je me retrouve dans une impasse. Il m'est desormais impossible de rejoindre l'Inde et le Nepal par voie de terre comme je l'avais initialement prevu. Prendre l'avion pour regagner l'Inde ferait perdre son sens a ce voyage. Tout ceci, ajoute a d'autres facteurs plus personnels, me fait envisager la possibilite d'un retour premature en France, a la fin de l'ete...

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Je repars donc de Dushanbe avec seulement mon permis GBAO en poche, sesame a 55 euros pour avoir acces a la region du Pamir. Heureusement, durant ces quatre jours, j'ai ete accueilli royalement par Nico et Ilona, deux Francais installes ici pour une annee. Ils m'ont permis d'oublier un peu tous ces tracas et de passer de bons moments dans la capitale tadjike.

Je quitte donc Dushanbe pour une semaine, avec l'objectif de parcourir la route me separant de Khorog, avant de revenir a Dushanbe...

Des la sortie de la capitale, la route se glisse dans des paysages montagneux d'une beaute epoustouflante. Les deux premiers jours, j'evolue dans une large vallee verdoyante. Bovins et ovins s'y delectent de l'herbe printanniere gorgee de chlorophyle, sous la surveillance attentive des bergers. Ces derniers sont souvent de jeunes enfants qui, en me voyant arriver, delaissent leur troupeau le temps d'un sprint dans ma direction, juste pour le plaisir de me saluer d'un "As salam" avec la main sur le coeur.

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La route M41 est une des principale route du pays. Elle constitue la seule voie d'acces a la region du Pamir et a la Chine. Pourtant, cette M41 n'est bien souvent qu'un maigre chemin caillouteux ou boueux taille a flanc de montagne. Je dois negocier beaucoup de passages a gue. Les torrents sont, a cette saison, gonfles par la fonte des neiges et certaines traversees se revelent perilleuses. Au milieu de l'un de ces gues, que j'avais decide de passer en poussant mon velo, le violent courant a commence a arracher mon velo du sol et a l'emporter dans ses flots dechaines. J'ai juste eu le temps de reculer pour eviter le pire. Quatre aller-retour m'ont ensuite ete necaissaires pour porter toutes mes saccoches, puis mon velo sur l'epaule, avec de l'eau glacee jusqu'a mi-cuisse.

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Dans le village de Tavildara, comme bien souvent, des enfants accourent a ma rencontre, s'approchent au plus pres et m'observent sans toutefois oser me parler, sachant que les etrangers ne comprennent pas leur langue. L'un d'eux se decide tout de meme a me demander d'ou je viens et, a sa plus grande surprise, je reponds a sa question, lui expliquant que je viens de France et que je suis parti il y a 10 mois. "Et de Dushanbe, tu as mis combien de temps ?" "3 jours". Tous les enfants me regardent alors avec des grands yeux : "Il comprend le tadjik !!! ..."

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La M41 me reserve mon premier haut col du Pamir, le col de Sagirdasht, perche a quelques 3252 metres d'altitude. La piste y est en tres mauvais etat, rendue tres boueuse par la fonte des neiges, mais les paysages qui s'offrent a moi valent largement toutes ces difficultes. J'y croise quelques marmottes et de nombreux bergers...

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De l'autre cote du col, une longue descente me mene, presque 2000 metres plus bas, dans la vallee de la riviere Panj, qui constitue la frontiere naturelle entre le Tadjikistan et l'Afghanistan. Je vais ensuite suivre cette riviere, qui n'est autre que le haut Amu-Darya, sur pres de 250 km, jusqu'a Khorog.

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La vallee est souvent etroite et extremement encaissee, herisee de pics aceres drapes de neige fraiche culminant parfois a plus de 5000 metres d'altitude. Les paysages y sont grandioses... Mais ils peuvent rapidement tourner au lugubre lorsque de lourds nuages noirs viennent s'accrocher aux sommets, plongeant la vallee dans l'ombre inquietante de ces immenses masses noires qui la dominent.

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Le l'autre cote de la Panj, parfois a a peine 50 metres de la route que je suis, se dressent de jolis petits villages afghans, batis de terre ou de pierres. Ils sont bien differents de leurs homologues tadjiks, aux maisons qui semblent plus grandes et au style architectural tres different. Cote afghan, aucune route ne relie ces petits villages. Un simple sentier, parfois taille a meme la falaise, permet aux villageois de se deplacer.

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J'y vois beaucoup de bergers guidant leurs troupeaux de chevres ou de moutons, mais aussi des "porteurs", qui remplacent les jeeps presentes du cote tadjik, ou encore des ecoliers et des ecolieres qui doivent parfois marcher plusieurs heures pour se rendre a l'ecole.

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Sur toute cette route, je recois un accueil excellent. Pour les Tadjiks, comme pour les Turcs ou les Iraniens, l'accueil de l'etranger (et du voyageur) reste ancre de la culture. Un soir, alors que je campais a l'ecart de toute habitation, un berger, qui avait du me reperer de loin avant la tombee de la nuit, est venu pour m'offrir un grand verre de lait encore chaud. Il me l'a tendu sans mot dire, a attendu que je le boive entierement, que je le remercie, puis s'en est retourne sans ouvrir la bouche.

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Un autre jour, ce sont des ouvriers qui travaillaient a la construction d'une maison dans un petit village qui m'ont invite a partager leur repas de midi : de la shorba (une soupe assez grasse avec quelques morceaux de viande de mouton, que l'on mange avec quantite de pain), accompagne de choy, mais aussi de quelques verres de vodka !!!

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J'arrive a Khorog, seule "ville" a des centaines de kilometres a la ronde, apres 7 journees de route. J'y laisse mon velo pour quelques jours, le temps de revenir a Dushanbe pour recuperer mon visa kirghize... et retrouver un etre cher...

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mercredi, mai 5 2010

Tadjikistan 1 : sur la route de Dushanbe : du 30 avril au 5 mai 2010

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Je fais mon entree au tadjikistan le 30 avril 2010, apres un passage houleux a la douane ouzbeque. La route qui doit me mener a Dushanbe remonte la vallee du Zarafchon. Des la frontiere franchie, les montagnes se redressent et la vallee devient de plus en plus etroite. Le contraste avec les vastes plaines ouzbeques est rude et je suis ravi de ratrouver les montagnes ! L'etroite route, ou alternent bitume defonce et gros galets, se fraye un passage entre la riviere et les montagnes aux pentes abruptes. En levant la tete, je peux apercevoir, jouant a cache-cache avec les nuages, des sommets culminant a plus de 5000 metres. Ici chaque parcelle de terre plus ou moins plate est cultivee et de petits villages s'eparpillent sur ces zones de verdure. L'accueil que j'y recois est excellent.

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Deux gosses d'a peine dix ans me suivent durant plusieurs kilometres, galopant a mes cotes sur leurs anes. Ils rient a en perdre haleine. Quel bonheur ! Plus loin, c'est un vieillard edente qui dans une longue cote, me suit aussi. Le rythme des anes me convient plutot bien !

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Alors que je fais une petite pause pres d'un petit village, une femme et sa fille viennent a ma rencontre. La jeune fille me tend une boule de fromage frais que je devore en quelques minutes. Elle repart alors chez elle pour m'en amener une deuxieme "pour la route".

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Les tajiks sont d'origine parsane et parlent le farsi, comme en Iran ou en Afghanistan. Ils se distinguent donc de leurs voisins ouzbeks, Turkmenes ou Kirghizes, qui sont d'origine turco-mongole et parlent des langues d'origine turque. Je parviens donc a communiquer avec les quelques mots de farsi que j'ai appris en Iran, et les tajiks sont tres surpris de voir que je peux comprendre et parler un peu leur langue, car normalement la langue de communication avec les etrangers est le russe (langue parlee par une grande majorite de la population, surtout dans les villes).

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A Aini, deux gosses me sautent dessus a l'entree du village pour me dire que deux cyclistes viennent d'arriver juste avant moi et qu'ils sont alles dans une guesthouse pour dormir. L'orage menacant, je decide de les suivre. Je fais alors la connaissance de Elyas et Reinert, un Autrichien et un Allemand. Le premier est parti en janvier dernier d'Allemagne et le second l'a rejoint recemment a Tachkent. Nous nous regalons d'un petit festin de cycliste !

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Le lendemain matin, il tombe des cordes. Nous decidons de rester a l'abri et d'attendre l'accalmie. Celle-ci arrive vers 11 heure et nous reprenons la route tous les trois. La vallee est de plus en plus etroite et aride. Les village se font de plus en plus rares. Les sommets enneiges nous surveillent du coin de l'oeil. Au village de Zarafchon, nous nous separons. Elyas et Reinart prennent une autre route que moi pour aller voir un lac dans les montagnes. Moi, je choisis de me rendre directement a Dushanbe.

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Une haute chaine de montagne me separe encore de la capitale tadjike. L'ancienne route gravit un col a 3372 metres d'altitude. Mais ce col n'a toujours pas ete ouvert depuis l'hiver et il serait trop dangereux de s'y aventurer avec mon velo. La seule autre option pour rejoindre Dushanbe est d'emprunter la nouvelle route, qui passe par un tunnel creuse sous la montagne, a quelques 2700m.

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La route s'eleve brutalement. Les paysages deviennent grandioses. La neige fait son apparition sur la bord de la chaussee. Je campe ce soir-la a 2550 metres d'altitude. Je retrouve alors la fraicheur hivernale et le ciel pur des montagnes...

Le lendemain, je dois franchir le tunnel : 6 km d'une route defoncee creusee dans la roche avec d'enormes flaques boueueses et un eclairage plus que precaire. Terrifiant ! L'air est sature de gaz d'echappement et par endroit, l'obscurite est totale. Le maigre faisceau de ma lampe frontale n'eclaire pas plus que les 2 ou 3 metres a l'avant de mon guidon. Je pedale a tatons, essayant d'eviter les plus gros trous, le coeur battant la chamade. Heureusement, la route est tellement mauvaise que les rares vehicules qui circulent ici vont tres lentement et ne representent pas le danger que je craignais en entrant dans ce tunnel. Je suis quand meme soulage lorsque je vois enfin poindre la lumiere au loin.

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Je debouche alors dans la vallee de Varzob et d'immenses montagnes enneigees me font face. Je n'ai maintenant plus qu'a me laisser descendre jusqu'a Dushanbe. Par endroits, des vestiges de coulees d'avalanches forment d'impressionnants murs de neige de plusieurs metres de haut de chaque cote de la route !

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Me voici donc a Dushanbe, la petite capitale tadjike. J'y suis accueillis par Nicolas et Ilona, deux francais installes ici depuis quelques mois. Et apres ces quatre jour de velo, le quotidien du voyageur en Asie Centrale reprend le dessus : la galere des visas ! Kirghizistan et Chine. Il me faut imperativement ces deux visas ici. Le premier est tres facile a obtenir et ne pose pas de probleme, mais pour le second, c'est une autre paire de manches ! Pour l'instant, on ma dit NIET. Mais je vais retenter ma chance vendredi... IMG_9894.JPG

jeudi, avril 29 2010

Question de la semaine : Ouzbekistan

Je vous laisse encore un peu de temps ...

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mardi, avril 27 2010

Ouzbekistan : du 02 au 29 avril 2010 : sur la route de la soie

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Voyager en Asie Centrale sur la route de la soie n'a jamais ete chose facile. Et meme au XXIeme siecle, la tache reste ardue. Dans cette region du monde, ce sont davantage les contraintes administratives et politiques que mes propres envies qui m'imposent mon parcours et me dictent le tempo a respecter. J'ai l'impression, depuis deux mois, d'avoir passe plus de temps a courrir les ambassades qu'a faire du velo. Ca m'epuise et ca m'irrite. Et en plus de toutes les difficultes a obtenir des visas, voila que mon passeport se retrouve plein ! Tous les pages sont remplies de visas. Je dois m'en procurer un nouveau. Je multiplie donc les aller-retour a l'ambassade de France de Tachkent et crains de ne pas obtenir ce fameux passeport avant l'expiration de mon visa ouzbek...

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Apres ma traversee express du Turkmenistan en cinq jours (car mon visa de transit etait limite a cinq jours), je dois rester 30 jours en Ouzbekistan, pas un de plus, pas un de moins. Dans ce pays, il est theoriquement interdit de camper ou de dormir chez l'habitant. Tous les soirs, les etrangers doivent s'enregistrer dans un hotel afin que le pouvoir puisse en surveiller tous les deplacements. Meme si certains touristes ne suivent pas cette regle, j'ai entendu trop d'histoires de voyageurs ayant eu de graves problemes pour prendre des risques, d'autant plus que j'ai moi-meme eu quelques demeles avec l'OVIR (la police des etrangers) lors de mes premiers jours en Ouzbekistan...

- Registration !
- Comment ?
- Registration ! Tickets ?!
- Mais je veux juste acheter un billet de train...
- Tickets niet ? OVIR !
Je reste plante devant le guichet de la gare de Tachkent sans bien comprendre. On me demande des tickets d'hotel pour acheter un billet de train ! La guichetiere me lance un regard noir et me fait signe de partir. Derriere-moi, on commence a me bousculer pour prendre ma place. Je sors de la file et me dirige vers le bureau de l'OVIR : la police des etrangers. Un flic puant la corruption a des kilometres a la ronde m'accueille sechement : "Passport ! Registration !". Je lui explique que je n'ai pas de tickets d'hotel, car les deux premieres nuits que j'ai passe en Ouzbekistan, je suis alle dans un B&B a Bukhara, mais que les proprietaire n'avaient plus de tickets et ne m'en ont pas donne. Ils me les donneront ce soir, quand je retournerai chez eux. Je veux justement acheter un billet de train pour retourner a Boukhara ! Et la troisieme nuit, je l'ai passee dans le train. C'est un train de nuit qui part a 19h et arrive a 7h le lendemain matin. Je lui montre ce ticket de train, mais cela ne le satisfait pas. Il s'enerve. Il ne comprend rien a ce que je lui raconte. Car cet officier de la police des etrangers ne parle que le russe ! Je lui donne la carte du B&B de Boukhara. Il me fusille du regard et me dit "This card, no registration". Je parviens finalement a lui faire comprendre que je veux qu'il appelle le B&B pour avoir confirmation que j'ai bien dormi la-bas. La conversation telephonique est houleuse. Ils se hurlent dessus plus qu'ils ne se parlent. Mais lorsqu'il repose son telephone, il me retend mon passeport et me fait signe de partir, comme on dirait a un chien de deguerpir d'un lieu ou il n'a pas de doit d'entrer. Je retourne donc au guichet, re-fait la queue une vingtaine de minutes et peut enfin acheter mon billet de train. 2 heures au total. Bienvenue en Ouzbekistan !

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La jeune republique ouzbeke, nee en 1991 a la suite de la dislocation de l'URSS, reste tres marquee par l'empreinte russe, dont l'occupation dura plus d'un siecle. Cette nouvelle "republique presidentielle, democratique et laique" est certes clairement laique, mais n'a de democratique que le nom, le pays etant tenu d'une main de fer depuis son independance par Islam Karimov. Toute opposition est fermement reprimee, tous les medias sont etroitement controles et la presence policiere est telle que l'on se sent en permanence surveille.

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Mais l'Ouzbekistan, c'est aussi trois noms, trois villes mythiques qui nourrissent depuis des siecles l'imaginaire des voyageurs. Samarqand, Boukhara, Khiva, trois noms qui font surgir dans nos esprits des images de caravanes sillonnant les sables du desert et parcourant la route de la soie au lent rythme de la marche. Trois villes qui restent encore aujourd'hui de comptueux joyaux proteges par leur isolement, au coeur de l'Asie Centrale.

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Je fais mon entree dans ce pays le 2 avril, peu apres avoir franchi l'Amou Darya. La route menant a Boukhara est parfaitement plate et bordee d'habitations paysanes et de champs verdoyants. L'irrigation, amorcee ici par les russes pour produire en masse du coton, et qui donne vie a ces steppes jadis desertiques, est responsable de la mort, quelques centaines de kilometres en aval, de la mer d'Aral, que le fleuve Amou Darya n'atteint plus que periodiquement.

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Un haut minaret dresse vers le ciel tel un phare antique m'indique que j'approche de la ville de Boukhara. Il s'agit du minaret Kalon, bati des le XIIe siecle. Il domine aujourd'hui le vieille ville qui regorge de mosquees et de madreseh (ecoles coraniques) dont la plupart ont ete abandonnees durant la periode sovietique (ou toutes les religions etaient interdites). Aujourd'hui, beaucoup ont ete transformees en musees et quelques mosquees et madresehs reprennent leur activite, comme partout en Ouzbekistan.

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En arrivant a Boukhara, j'ai la surprise d'entendre parler persan dans les rues de la ville. J'apprends alors que la ville (tout comme celle de Samarqand), est a majorite tadjik et la langue persane y est donc largement pratiquee. Ici, beaucoup de gens sont trilingues, parlant a la fois tajik, ouzbek et russe ! Historiquement, les villes de Samarqand et Boukhara etaient peuplees par des Tadjiks, mais lorsque Staline a donne naissance aux nouvelles RSS (Republiques Socialistes Sovietiques) d'Asie Centrale en 1924, il s'est attache a divise les peuples. Le decoupage de ces republiques visait alors a englober plusieurs groupes de nationalites differentes qui se disputaient le meme territoire depuis longtemps. Ainsi, tout le monde s'est vu oblige d'admettre que seul un gouvernement central fort pouvait maintenir l'ordre. La physionomie actuelle de l'Asie Centrale, avec ses frontieres trotueuses et totalement illogiques d'un point de vue geographique, date de cette periode la et est le resultat de cette technique stalinienne du "diviser pour mieux regnier".

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De Boukhara, je fais un aller-retour express en train a l'ambassade de France de Tachkent, pour engager mes demarches de renouvellement de passeport. C'est en revenant a Boukhara que m'est arrive la mesaventure que je vous ai decrite plus haut.

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Je pedale ensuite de Boukhara a Samarqand en deux jours, puis retourne a Tachkent pour accueillir mes parents, venus me rendre visite pour une quinzaine de jours. Au milieu de toutes ces galeres administratives, ils m'apporte l'oxygene dont j'avais grand besoin. Ensemble, nous partons a la visite des merveilles architecturales de la route de la soie, de Samarqand a Khiva, en passant par Boukhara, et faisons aussi deux belles randonnees dans les montagnes proches de Samarqand.

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L'accueil recu en Ouzbekistan est loin d'egaler celui auquel je m'etais habitue depuis la Turquie, et surtout en Iran. Meme si j'ai rencontre beaucoup de gens d'une extreme gentillesse, je regrete le fait qu'ici, bien souvent, seul l'argent semblait interesser mes interlocuteurs. Pour prendre un taxi, un bus ou une chambre d'hotel, il faut souvent longuement negocier pour simplement atteindre un prix correct (certainement souvent encore superieur a ce que paierait un ouzbek). Cela me fatigue et me fait regretter l'Iran, ou ce genre de choses n'existe pas (ou si peu)...

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Le 26 avril, soit 4 jours seulement avant l'expiration de mon visa ouzbek, j'ai pu recuperer mon nouveau passeport a l'ambassade de France. Je suis maintenant prets a reprendre la route en direction du Tadjikistan et des montagnes du Pamir, heureux d'enfin quitter la steppe et de reprende un peu de hauteur...

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vendredi, avril 9 2010

Question de la semaine (ou du mois...) Iran et Turkmenistan

Tout d'abord, voici les reponses aux dernieres questions...

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dimanche, avril 4 2010

TURKMENISTAN : en transit " du 29 mars au 02 avril 2010

29/03 : Sarakhs (IR) - pres de Hanhowduz (TKM) 119 km en 7h09'
30/03 : pres de Hanhowduz - Kyrkisik 141 km en 6h45'
31/03 : Kyrkisik - Garagum desert 113 km en 5h36'
01/04 : Garagum desert - Farap 118 km en 6h12'
02/04 : Farap (TKM) - Bukhara (UZB) 125 km en 6h05'

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Je suis triste ce matin en quittant l'Iran, pour plein de raisons. C'est un pays qui m'aura profondement marque et, meme si je n'aimerais pas y vivre, j'aurais aime pouvoir y rester plus longtemps.

Les formalites de sortie du pays sont expediees en quelques minutes, dans un poste de douane absolument desert... ou je crois avoir reveille le douanier au beau milieu d'une sieste monumentale ! Cote turkmene, changement de decor. De jeunes douaniers aux visages tantot russes, tantot turkmenes, chapka vissee sur la tete, me serrent la main un a un et m'invitent a venir me rechauffer pres du poele. Ils appellent la seule personne parlant anglais : une femme... sans voile ! Elle me pose plus de questions concernant mon voyage a velo que de questions d'ordre strictement professionnel, et me gratifie d'une large sourire en me souhaitant la bienvenue au Turkmenistan.

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Je n'ai pas fait 15 km qu'un homme m'arrete pour me demander : "Turkmenistan guzelme ?" (Le Turkmenistan, c'est beau ?). Et je lui reponds comme par reflexe : "Tchok guzel !" (Tres beau). La langue turkmene est tres proche du turc... et ca va grandement faciliter ma communication ici !

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Premier village. Maisons alignees le long d'une rue boueuse. Ambiance sovietique. Un homme en treillis me fait signe de m'arreter. - As salam aleikoum. Je cherche une epicerie. Il y en a ici ? Je voudrais acheter a manger. Il y a du pain ? lui dis-je dans un turc approximatif. - Vodka ? - Heu, non. Je voudrais plutot du pain ! - Vodka. - Non, du pain ! - Vodka ! Viens ! me dit'il en m'attrapant le bras. Il commence a m'enerver le bougre ! - Non, je n'ai pas soif. J'ai faim. Lache-moi ! Au meme instant, un gosse arrive et m'indique l'epicerie. Je m'y precipite.

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La route file droit a travers la steppe. Pas le moindre relief a l'horizon, pas le moindre village pour se distraire, rien. Seulement deux alignements de poteaux electriques de part et d'autre d'une chaussee constellee de nids de poules.

Apres 80 km d'ennui, une etroite route part sur la droite. D'apres ma carte, elle constitue un joli raccourci pour rejoindre Mary. Seulement, je ne suis pas sur que ca passe vraiment... et j'ai deja eu quelques mesaventures par le passe qui m'ont appris a me mefier des cartes ! Je demande donc a une femme qui attend un moyen de transport a l'intersection. Elle me repond "oui, oui", mais j'ai l'impression que c'est plus pour se debarraser de moi qu'autre chose. Tant pis, j'y vais quand meme. Plus loin, un homme me confirme que ca passe.

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L'etroit fil d'asphalte defonce longe un canal qui permet de cultiver ces terres desertiques. De petites habitations paysanes jalonnent mon avancee... et l'asphalte disparait bientot sous la boue pour 10 kilometres assez difficiles. Heureusement, le bitume reapparait bientot pour me ramener sur la route principale.

Les fleurs ont envahit la steppe en ce debut de printemps. Coquelicots et paquerettes se la coulent douce sous un soleil deja puissant, mais pas encore brulant. Je profite de la douceur de l'herbe verte pour oublier un peu les cahots de la route defoncee...

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Mary est la premiere ville que je traverse (apres plus de 200 km !). Mais c'est une cite bien etrange que je decouvre (comme l'ensemble du pays d'ailleurs). Elle debute par des faubourgs delaves ou, soigneusement alignees, des centaines de bicoques de briques aux toits de tole regardent passer le temps. Devant chacune d'entre-elles, un petit lopin de terre permet a chacun de cultiver son potager. Plus loin, les habitations individuelles laissent place a d'odieuses barres de beton crasseuses ployant sous les paraboles. C'est dans ces batiments datant de la periode sovietique que semblent s'entasser aujourd'hui une bonne partie du peuple turkmene. Encore quelques tours de roues et l'avenue s'elargit. Une mosquee monumentale me fait face. Son dome d'azur semble delicatement pose sur une base d'un blanc immacule.

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Tout autour d'eparpillent les batiments officiels : banques, administrations, hotels, musees... Tous exhibent une architecture titanesque, robuste, imposante, demesuree. Ici, pour garantir la proprete des lieux, des dizaines de femmes aux visages entierement voile (sans doute autant pour se proteger du soleil que du regard d'autrui) balayent les rues et les trottoirs sans relache. Et quelques centaines de metres plus loin, ce sont les memes immeubles atroces qui reprennent le pouvoir...

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Mais le contraste le plus frappant lorsque l'on vient d'Iran, ce sont les couleurs ! Les femmes portent ici des vetement tres colores. La tenue la plus adorable est sans doute celle des ecolieres avec leurs longues robes vertes parees de motifs colores et leurs chapeaux brodes desquels s'echappent deux tres longues nattes ou baut desquelles sont attaches deux "pompons" blancs.

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Apres la monnaie iranienne et ces petites subtilites de rials et tomans, me voici confronte aux manats turkmenes. Le premier jour, je n'ai rien compris. L'epicier me dit que je lui dois 49 manats. Je lui tends donc 2 billets de 20 et un de 10. Il me dit : "Non, non, c'est trop", prend le billet de 10 et me rend deux pieces de 10 (centimes j'imagine) ! Le deuxieme jour, j'achete des biscuits, 5500 me dit le vendeur. Il me prend un billet de 1 manat et une piece de 10 centimes. La, je comprends vraiment plus rien du tout !!! Je demande alors explication. En fait, le Turkmenistan a recemment change de monnaie, passant de l'ancien au nouveau manat. Le taux de change est de 1 pour 5000. Donc quand on me demande 5 (ou 5000), je dois donner 1. Logique, non ?

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Le desert du Garagum, qui constitue la majeure partie du territoire turkmene, est vert en ce printemps, recouvert d;une herbe tendre sortie du sable a la faveur des maigres pluies de ces derniers jours. De petits rongeurs au pelage creme batifolent dans cette prairie ephemere. Mais lorsque l'ombre d'un rapace s'immice sur leur terrain de jeux, un sifflement saccade les propulse tous dans leurs trous ! Plus loin, un troupeau de dromadaires se balade nonchalamment.

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Les villages se font rares. Les habitants y sont chaleureux et souriants. Lorsque je m'arrete pour prendre de l'eau (tiree d'un puits), on m'offre l'eternel tchay, a l'ombre, sur un "tapis sureleve" comme on en trouve souvent en Iran.

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Turkmenabad, deuxieme et derniere ville de ma traversee du pays. Je m'y arrete pour faire quelques courses dans un epicerie. Les deux vendeuses y font leur pause dejeuner... qu'elles m'invitent a partager : du "plov". Je prends ici une bonne dose de bonne humeur !

Me voici deja a la frontiere ouzbeke apres seulement 5 jours passes dans cet etrange pays...

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mardi, février 23 2010

Question de la semaine : Iran 2

Allez, je vous mets 3 questions car il n'y en a pas eu beaucoup ces derniers temps...

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Iran 2 : D'Ispahan a Yazd - Changement de decor

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Apres le rude hiver que je viens de passer, j'ai grand besoin de repos, et Ispahan est le lieu reve pour cela. Situee au point de jonction des montagnes du Zagros et du desert qui recouvre toute la moitie est de l'Iran, j'y retrouve un climat agreable et ensoleille. La cite, qui fut capitale de la Perse sous la dynastie des Safavides, regorge de merveilles et est pour moi une etape importante symboliquement de mon periple sur la route de la soie. Je me sens ici a la croisee des chemins.

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La Perse se revele etre une transition entre le Moyen Orient et l'Asie et les bazars aux petites echoppes abritant artisans penches sur leur ouvrage, soieries, delicates marqueteries et miniatures dont les personnages presentent des traits subtilement asiatiques nous renvoient a un passe riche en echanges commerciaux.

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L'atmosphere y est detendue et je prends plaisir a flaner sur la place Naghsh-e Jahan, le joyau de la ville. Elle est la plus grande place au monde apres la place Tien Anmen, en Chine. Auparavant destinee aux jeux de polo, aux marches et aux defiles militaires, elle accueille aujourd'hui en son centre des bassins et jardins, occuppes par de nombreux Iraniens qui viennent y pique-niquer, tout naturellement.

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L'accueil y est excellent et ici, ce sont autant les Iraniennes que les Iraniens qui viennent discuter avec moi... du jamais vu depuis bien longtemps ! Je fais ici quelques rencontres dont je vous parlerai plus tard...

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Apres une petite semaine de repos, je reprends la route en direction de Yazd, empruntant une petite piste qui file droit dans le desert. Rapidement, les paysages s'assechent et le desert s'impose. La neige de ces derniers jours s'est changee en sable et les montagnes immaculees en pic rocheux.

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Un silence absolu m'accompagne durant ces trois jours, rompu la nuit par les hurlement de quelques animaux que je n'ai pas su identifier.

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L'orientation est parfois delicate. Je m'arme de ma boussole et suis mon flair pour denicher la bonne piste... et la chance a ete avec moi !

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Yazd surgit soudain au milieu du desert. Selon l'UNESCO, il s'agirait de l'une des plus anciennes villes du monde. Elle etait jadis une etape importante pour les caravanes parcourant la route de la soie. La vieille ville de Yazd est entierement batie en adobe, ce qui lui donne un cachet incomparable.

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Les conditions climatiques extremes, au coeur du desert, ont amene les habitants a developper un architecture particuliere. Les maisons, souvent peu elevees, possedent bien souvent des etages souterrains permettant de se premunir de la chaleur. Elles sont en outre generalement surmontees de badgirs (tours du vent), qui permettent de faire circuler l'air pour rafraichir l'interieur des maisons... L'ancetre de la clim !

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La ville est alimentee en eau par les qanats, des canaux, souvent souterrains, qui conduisent l'eau provenant de sources parfois tres eloignees pour remplir des citernes un peu partout en ville.

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Je m'accorde ici deux jours de repos avant de me rendre a Teheran en train pour faire mes visas pour l'Asie Centrale...

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vendredi, février 19 2010

Iran 1 - faits d'hiver

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Je boucle mes derniers kilometres en Turquie sous un triste crachin. Le Mont Arart a disparu dans les nuages, la neige a fondu et la large vallee que je remonte lentement est devenue terne et austere. En franchissant la porte d'entree du poste frontiere de Bazargan, j'essaie de me vider la tete de tous les prejuges que je peux avoir sur le pays que je m'apprete a parcourir. L'Iran n'est pas un pays comme les autres. Il fascine certains, en effraie d'autres, mais il ne laisse pas indifferent.

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Une fois mes empreintes laissees sur le papier, le douanier me redonne mon passeport et me souhaite un bon voyage en Iran. C'est parti !

Pluie, neige, vent, froid et parfois un peu de soleil ont ete les ingredients de ce premier mois persan. L'hiver de l'ouest iranien n'a rien a envier a celui de l'est turc... et il ne menage pas le cyclo-voyageur !

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Jusqu'a Tabriz, je suis relativement epargne par les caprices du temps et le soleil parvient meme de temps en temps a percer l'epaisse couche nuageuse. Les paysages que je peux alors admirer sont magnifiques, faits de larges vallees brodees de montagnes enneigees.

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Dans le petit village de Hajilar aux maisons de pierre et de terre accrochees aux flancs de la vallee, je me mets en quete de pain. Un homme boitillant aux cheveux poivre et sel me conduit a la boulangerie. Le boulanger, couvert de farine de la tete aux pieds, me tend quatre pains, des galettes tres fines et seches, qu'il refuse obstinement que je lui paye. Le premier homme me prend ensuite par la main et me conduit dans une petite epicerie ou s'entasse une dizaine de jeunes hommes pour jouer au loto ! J'y achete quelques pommes, remercie l'homme qui m'a aide puis vais m'installer a la sortie du village pour casser la croute. Me voyant faire, le gars vient a ma rencontre et m'invite a venir chez lui pour manger. Je refuse poliment. En effet, il existe en Iran des regles de savoir-vivre et de politesse assez complexes. On appelle ca le "ta'arof" et cela implique que les gens peuvent exprimer des choses par simple politesse. Toutes les invitations ne sont donc pas a prendre au pied de la lettre et pour ne pas faire de boulette, il vaut mieux refuser toute offre trois fois avant de l'accepter. Si la personne continue a insister, c'est qu'elle veut vraiment vous inviter. Apres mon troisieme refus, l'homme s'en va... pour revenir deux minutes apres avec un assiette de soupe, du pain, du fromage et un thermos de the ! Cette fois, plus question de refuser !!! Le voisin, observant la scene, ne veut pas etre en reste et m'apporte une assiette de riz avec un bout de poulet ! Je mange le tout sous le ragard de quelques ecoliers curieux qui sont tout heureux de tester leurs quelques mots d'anglais. Les femmes (et les petites filles) restent en retrait et m'observent plus discretement, a une distance reglementaire d'une bonne dizaine de metres. Ici, elles ne portent pas de chador noir, mais des vetements colores.

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Ce "ta'arof" implique aussi d'autres comportement etonnants, comme ces commercants ou restaurateurs qui refusent que je les paye. A chaque fois ou presque, il me faut insister pour payer mon repas ou mes courses. Et la fois ou j'ai fait mine d'accepter et de partir sans payer, on m'a vite rattrape et indique la somme a regler avec un regard reprobateur !

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Jusqu'a Tabriz, je n'ai d'autre choix que de suivre la route numero 32, principal axe entre la Turquie et Teheran. La circulation y est beaucoup plus dense qu'en Turquie, avec beaucoup de camions, mais aussi beaucoup de vehicules prives. Il faut dire qu'ici, le litre d'essence coute environ 0,07€ (contre 1,5€ en Turquie) et le litre de gasoil encore 7 fois moins ! Cependant, une chose me surprend beaucoup : la rarete les stations services (alors qu'en Turquie elles etaient demeusurement nombreuses). Du coup, devant chacune d'entre-elles s'etire une longue file de vehicules qui patientent pour faire le plein... Un comble pour le pays qui possede la deuxieme plus grande reserve de petrole au monde !

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Mais je hais ces grandes routes, ces axes infernaux ou le moindre village se transforme en garage degoulinant de cambouis et d'huile de vidange, puant le gasoil et le pneu brule. Que ce soit en Iran, en Turquie ou en Argentine, c'est la meme chose. Les klaxons et les moteurs ronflant couvrent le chant des oiseaux et l'air des plus beaux paysages y devient parfois irrespirable...

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En arrivant dans les envrions de Tabriz, plusieurs voitures avec des drapeaux rouges accroches aux vitres me doublent en klaxonnant. Je me demande bien ce que cela peut etre... A Sufiyan, je fais une petite pause... et suis naturellement invite a boire un the. L'un de mes hotes porte un sweat rouge et me montre le logo qui y est brode : les "Tractors". C'est le club de football de Tabriz m'explique-t-il, et cet apres-midi, il y a un match important ! Au meme moment, un minibus de supporters s'arrete devant nous, avec moultes drapeaux rouges accroches de tous les cotes. C'etait donc ca !!!

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Tabriz est l'une des plus grande villes du pays. Elle fut d'ailleurs capitale de la Perse du XIIIe au XVIe siecle. Il reste de cette epoque la magnifique mosquee bleue, erigee par la dynastie des Moutons Noirs.

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La pluie et un ciel noir m'accompagnent les deux jours suivants. Je prends lentement de l'altitude et le troisieme jour, comme en Turquie, la neige succede a la pluie. La journee a commence avec quelques petits flocons gentillets, qui ont grossi au fil des heures et, a la mi-journee, c'est un veritable tempete de neige qui s'abat sur moi, avec un vent terrible. Je suis alors dans les premieres pentes d'un col que je devine assez haut. Heureusement, une petite "lokanta" providentielle est sortie du brouillard pour que je m'y refugie. On m'y offre du the delicieusement brulant. Deux minutes plus tard, un jeune homme entre a son tour et me dit que je ne pourrai pas aller plus loin a velo et qu'il m'emmene jusqu'a Takab. Amid conduit un camion de chantier dont la benne est vide. Je n'hesite pas bien longtemps et nous hissons Yana dans la benne... Et je n'ai pas regrette ! Car effectivement, j'aurais eu du mal a passer a velo. Il restait une vingtaine de kilometres d'ascension avec 15 a 20 centimetres de neige fraiche sur la chaussee, sans compter le brouillard et un vent terrible qui forme de dangereuses congeres. Amid parle seulement quelques mots d'anglais et mes trois mots de farsi ne nous menent pas bien loin ! Alors Amid appelle sa soeur, qui parle une excellent anglais, et se sert d'elle comme interprete a distance. Ce n'est pas la premiere fois que les femmes me servent d'interprete ici. Il faut dire qu'en Iran, 65% des etudiants sont des etudiantes.

Je descends a l'entree de Takab. Le soleil est revenu et je decide de poursuivre ma route immediatement, pour un aller-retour a Takht-e-Soleyman. Mais le gel a une fois de plus raison de mon derailleur. Je bivouaque dans la neige, a pres de 1900 metres d'altitude et je passe la une nuit terriblement froide. Mon thermometre (qui ne descend pas plus bas) se bloque a -10 des 20h et j'ai eu la sensation que la temperature a baisse toute la nuit. Elle est sans doute descendu autour de -15 sous la tente, peut-etre pres de -20 dehors...

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Je ne repars que vers 11 heures, laissant le soleil rechauffer doucement ma toile de tente. La route est parfaitement degagee et s'eleve lentement le long d'une large vallee ponctuee de petits villages isoles. Les montagnes sont d'un blanc eclatant. Peu avant Takht-e-Soleyman, je passe devant "la prison de Salomon", un cone volcanique d'une centaine de metres de haut, perce d'un cratere des plus impressionnants, puisque c'est un veritable gouffre de 80 metres de profondeur aux parois verticales et duquel se degage quelques emanations de souffre. Sur ce petit sommet se trouvent les ruines d'un mur d'enseinte qui renfermait un sanctuaire religieux qui daterait de 900 avant JC. En outre, la legende raconte que le Roi Salomon avait l'habitude d'y enfermer des monstres ...

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Takht-e-Soleyman est enfoui sous une epaisse couche de neige poudreuse qui ne laisse pas voir grand chose de ses ruines. Takht-e Soleyman (le trône de Salomon) etait le lieu le plus sacré du zoroastrisme sous l'empire Sassanide (IIIe - VIIe siecle). Le Zoroastrianisme etait alors la religion officielle de l'Empire Perse, une religion basee sur le culte du Dieu Mazda, force creatrice du monde et des quatre elements, l'eau, la terre, le feu et l'air, elements que les zoroastriens venerent et respectent au plus haut point puisque venant du dieu. Il a aussi cree l'homme en lui donnant son libre arbitre afin qu'il puisse toujours choisir ce qu'il a a faire entre le bien et le mal. Le site de Takht-e-Soleyman correspondait parfaitement a ce culte. En effet, il est situe autour d'un petit lac d'origine volcanique alimentee en profondeur par des sources d'eau tiedes. Pres de ce dernier, des emanations de gaz permettaient d'entretenir de flammes "eternelles". Aujourd'hui, dans l'air glacial, s'elevent des volutes de brume au-dessus des eaux sombres du lac et une atmosphere mystique s'en degage.

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Le lendemain, alors que je retraverse Takab, cette fois vers le sud, je suis invite par Suleyman a dejeuner chez lui. Suleyman est instituteur et sa femme prof de maths. Toutes les maisons iraniennes que j'aie pu voir sont agencees de la meme maniere, avec un grand salon souvent depourvu de meubles mais garni de tapis et coussins, une cuisine souvent ouverte sur le salon, une salle de bains et deux ou trois autres pieces servant a la fois de chambre et de salon, les "lits" n'etant que de simples matelas que l'on replie tous les jours dans un coin de la piece.

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Ce soir la, il fait un peu moins froid que les jours precedents (seulement -8 degres). Mais au matin, le ciel s'est couvert... et il ne tarde pas a laisser echapper quelques flocons... qui s'epaississent au fil des heures et lorsque j'arrive a Bijar, c'est une veritable tempete de neige qui me fouette le visage. Je m'y arrete pour manger un bout en attendant une accalmie...

Le lendemain, j'arrive a Qorveh, une petite ville sans grand interet dominee par des montagnes enneigees. Je m'y arrete pour faire quelques provisions. L'epicier ne me laissera pas repartir ! Il me conduit chez lui, un bel appartement ou il a nouvellement emmenage avec sa femme, Leila, puis retourne travailler, me laissant seul avec sa femme et deux voisines pour boire le traditionnel the. La place des femmes en Iran - dans la cuisine - semble etre equivalente a celle des femmes turques (de l'est), syriennes ou jordaniennes. Cependant, ici, les cuisines sont ouvertes et les femmes ne sont donc pas totalement separees. Elles discutent meme quelques fois avec moi, sans passer par l'intermediaire de leur mari.

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Les jours suivants, un vent violent souffle du sud-ouest et m'est defavorable. Ce vent m'use et me tape sur les nerfs. Tout m'irrite : les gens qui klaxonnent ou me font des appels de phares, les motards qui se calent derriere moi pour m'observer, ceux qui me crient dessus et meme ceux qui veulent m'aider a trouver mon chemin alors que je n'ai besoin de rien. Je ne supporte plus d'entendre ces moteurs vrombissants 24 heures sur 24, de voir ces chauffards balancer leurs bouteilles vides par la fenetre, de respirer ces gaz d'echappement. Je voudrais de l'air, du silence, un chemin de terre qui partirait vers les montagnes. J'en ai ma claque de ces grosses routes... Mais l'hiver rend les autres impraticables...

La pluie qui tombe les jours suivants ne m'aide pas a retrouver le moral. Mais, alors que je suis trempe jusqu'aux os, essuyant une forte averse dans la montee d'un col, je retrouve subitement le sourire lorsque j'entends derriere-moi un megaphone hurler : "Can I help you ? Can I help you ?". Je me retourne et vois un flic, dans sa belle voiture blanche, qui me double et s'arrete devant moi pour me redemander s'il peut m'aider... "Ben a part arreter la pluie, je vois pas ce que tu pourrais faire. Merci quand meme !" Et il repart. Et je ris de bon coeur durant les derniers kilometres d'ascension.

La pluie tombe toujours aussi violemment lorsque, le lendemain, j'arrive a Khorram Abad. J'y fais la rencontre de Ehsan, qui me vient en aide alors que les hotels bon marche refusent l'etranger que je suis. Ehsan travaille dans une petite entreprise qui vend des bagnoles m'invite a m'y installer. Durant les deux jours que je reste ici, je decouvre la vie de la jeunesse aisee d'une petite ville d'Iran...

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En quittant Khorram Abad, je decide de quitter au plus vite la route principale menant a Ispahan pour emprunter une petite route qui traverse les montagnes du Zagros. Je ne sais pas si la route sera ouverte jusqu'au bout. On verra bien. Les gens a qui je demandent me disent, comme toujours, que pour aller a Ispahan, il faut prendre l'autoroute, et dans lepremier bled que je traverse, on medit que plus haut il y a beaucoup de neige et des loups. Cool !!! Je continue ma route et pose le bivouac a plus de 2000 metres d'altitude, sur 15cm de neige.

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Le lendemain matin, je me reveille avec 30cm de poudreuse supplementaire. Ma tente est a moitie enssevelie sous la neige et je dois attendre le passage du chasse-neige pour pouvoir reprendre ma route. Avec la neige, c'est le silence qui est tombe sur les montagnes du Zagros. La route immaculee est deserte et louvoie entre les montagnes muettes. Le soleil rend les paysages eclatants. La serenite de ces montagnes etait ce qui me manquait depuis quelques temps, dans ce pays ou la solitude ne peut pas etre consue comme agreable et ou chacun veut venir me tenir compagnie.

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La route descend vers une somptueuse vallee. Quelques villages s'y blotissent timidement,silencieusement. Le plus gros d'entre-eux, au confluent de trois vallees, est domine par des sommets majestueux flirtant avec les 4000 metres. Me voici a Sepid Dasht.

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On m'annonce que la route s'arrete la. Plus loin, elle n'est pas deneigee en hiver et il y a plusieurs hauts cols a franchir. Heureusement, j'avais prevu le coup : Sepid Dasht est situe sur la ligne de chemin de fer reliant Teheran au golfe persique et un train peut me ramener sur une route plus importtante. Mais avant cela, Mussein m'invite a pique-niquer ! Les Iraniens sont les maitres incontestables du pique-nique. Qu'il neige ou qu'il vente, qu'il fasse moins 5 ou plus 40, ils pique-niquent ! Parfois ils n'hesitent pas a installer leur tapis sur le bord de la route ou meme sur le terre-plain entre les deux voies d'une grande nationale ! "Nous, nous pique-niquons tous les jours de l'annee" me dit Mussein.

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Nous nous installons a la sortie du village, versant sud, pour nous mettre "au chaud", et allumons un feu. Au menu : kebab (pour changer). Mussein est prof d'anglais et 3 autres profs sont avec nous. Le soir venu, ils m'invitent a les suivre au pensionnat de leur college. Une centaine d'enfants y sejourne, ages de 12 a17 ans. La plupart viennent de minuscules villages eparpilles dans les montagnes, parfois tres loin de Sepid Dasht. Certains y menent encore une vie de nomades et partent aux premiersbeaux jours, avec leurs familles, vers les hauts paturages. Sepid Dasht est au coeur du Lorestan, une des regions les plus pauvres et les plus isolees d'Iran. Ses habitants sont en majorite Loris et parlent la langue lori.

Je suis au coeur de la chaine du Zagros, dans une vallee isolee et cernee par les montagnes. Mussein m'explique que les eleves ont ete tres surpris en me voyant arriver et qu'ils voudraient que j'aille les voir dans leur dortoir car, pour certains, c'est la premiere fois qu'ils voient un occidental. J'accepte avec joie. Le dortoir ou nous entrons est compose de 32 lites rouilles. Le sol est recouvert de tapis uses et crasseux. Je m'assieds sur un lit aux cotes de Mussein. 32 paires d'yeux se fixent alors sur moi si intensement que j'en suis mal a l'aise. Mussein joue les interpretes et me traduit leurs questions, qui s'orientent rapidement sur le theme des filles,et je vois naitre des sourires genes quand je leur explique qu'en France, les ecoles et les internats sont mixtes, que les garcons et les filles peuvent manger cote a cote a la cantine et meme se rendre visite dans leurs chambres.

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Le lendemain, je vais visiter l'ecole d'un petit hameau a une trentaine de minutes de marche de Sepid Dasht. Tous les plus petits villages possedent une ecole primaire, ou les classes sont mixtes, mais l'enseignement souvent mediocre, rendant la suite de la scolarite de ces enfants bien difficile et a peine 10 pourcent d'entre-eux poursuivra des etudes au-dela du college.

L'apres-midi, le "cross" du college est organise, et Mussein m'explique que les eleves voudraient que j'y participe. Ok ! C'est une course en ligne de 5 km, entre deux petits villages, sur une route de montagne. Le depart est donne d'un coup de fusil de chasse. La meute s'elance en criant. Les profs suivent en moto ou en pick-up, le tout dans des paysages somptueux. Je me classe 4e, au pied du podium...

Je quitte Sepid Dasht le soir meme, prenant le train avec Muslim, un autre enseignant du college, qui m'invite a passer la nuit chez lui, a Dorud.

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Deux jours plus tard, je suis de nouveau dans les montagnes enneigees du Zagros et, apres un bivouac magnifique mais glacial, c'est Aria qui, dans un anglais hesitant, m'invite chez lui, dans le petit village de Dashkesan. C'est un village georgien m'explique-t-il. "Ici, tout le monde est d'origine georgienne et nous parlons le georgien. Nous ancetres se sont installes ici il y a douze generations, sous le regne du Shah Abbas."

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Le village ressemble en tous points a un village iranien et la maison dans laquelle nous entrons aussi, si ce n'est qu'aux murs sont accroches de nombreuses photos de Georgie. Aria vit ici avec sa mere, son frere et l'une de ses soeurs. Tous trois ne sont pas maries malgre qu'ils aient atteint la trentaine. Aria m'explique qu'il m'a invite parce que lui aussi est un "sportif" : il y a 3 ans, lui et son frere sont alles jusqu'a Tblisi, capitale de la Georgie, a pieds. 1700 km en 1 mois de voyage !

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Aria et un de ses amis m'invitent a aller avec eux randonner dans les montagnes le lendemain. J'accpete volontiers. Nous marchons dans des paysages grandioses et avons la chance de voir deux lievres trois aigles ainsi qu'une meute de loups !

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J'atteins Ispahan deux jours plus tard, apres avoir traverse des paysages s'assechant de plus en plus. La cite d'Isphan se devoile a moi sous un soleil eclatant. Je roule jusqu'a la place de l'Imam. Je m'assieds devant la fontaine, face a la grande mosquee de l'Imam. Quel bonheur d'etre la...

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Durant ce premier mois en Iran, j'ai traverse des regions tres differentes tant culturellement que geographiquement : aux Azeris du nord ont succede les Kurdes, puis les Loris, les Georgiens et enfin les Perses. Desormais a Ispahan, je poursuivrai ma route dans quelques jours a travers le desert du Dasht-e-Kavir...

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lundi, février 15 2010

Question de la semaine : Iran 1

Ou ai-je donc mis mes pieds ?

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lundi, janvier 18 2010

Question de la semaine : Van - Dogubeyzit

Question en image et la reponse se fera aussi en image ! J'innove encore...

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Van - Dogubeyazit : du 10 au 18 janvier 2010 : Dans un ecrin de diamants

10/01 : Van - Muradiye 96 km en 5h24'
11/01 : Muradiye - Dogubeyazit 91 km en 5h12'
du 12 au 18/01 : Dogubeyazit - Trabzon - Erzurum - Dogubeyazit en bus.

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Malgre son isolement geographique, Van est etonnament une ville moderne et active. Sa forte population estudiantine y est certainement pour quelque chose. J'y vois moins de voiles et beaucoup plus de couples main dans la main ou de jeunes gens se promenant dans les rues - pourtant glaciales - que partout ailleurs dans le sud-est anatolien. Les garcons arborent des coupes de cheveux "a la footballeur italien" et les filles tentent d'etre sexy tout en se protegeant du froid...

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En quittant Van, quelques soucis mecaniques me permettent de faire la rencontre de Ramazan et Ferhat, deux mecanos qui m'aident a reparer puis m'invitent a boire quelques thes et a partager leur kahvalti (petit dejeuener). Ils sont kurdes et, comme bien souvent, la conversation se dirige sur le terrain politique. Ils me parlent de leur "president" Ocalan emprisonne et de tout le mepris qu'ils ont pour le gouvernement turc.

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La route entre Van et Dogubeyazit est une pure merveille, encore embellie ces jours-ci par la neige et un beau soleil d'hiver. Je traverse ici des paysages d'une purete exceptionnelle. Je pedale dans un ecrin de diamants...

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Sur ma droite s'etire une longue chaine montagneuse aux formes douces, scintillant sous un soleil de glace. Sur ma gauche, les eaux outremer du lac de Van refletent l'imposante silhouette du Volcan Suphan. De temps a autres, quelques herbes d'or percent la neige pour briller de mille feux au premier plan du tableau. Devant moi, la route file droit vers des sommets immacules...

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C'est pour ces moments-la que j'aime voyager ainsi, pour ces instants de plenitude, ces fragments de bonheur, d'un bonheur simple qui me fait oublier le reste du monde et me permet de m'evader dans ces paysages d'une serenite absolue. J'en apprecie meme le froid vif qui me tire les joues et me brule le bout des doigts. Je ne vois plus les vehicules qui circulent sur la route. Je suis seul. Je suis bien.

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Lorsque je plante ma tente dans la vallee de Muradiye, a l'extremite nord du lac, le soleil est en train de se coucher et il fait deja -5 degres. Le vent se leve... Un homme passant sur le chemin pres duquel je m'installe m'invite a passer la nuit chez lui, au chaud et avec un bon repas. Mais je decline son invitation, preferant rester seul cette nuit et dormir berce par le murmure du vent qui souffle une douce melodie sur les hauteurs de la vallee.

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-10.0 degres. C'est ce que mon thermometre affiche ce matin. Il ne descend pas plus bas de toute facon ! Il fait peut etre -13 ou -15 en realite, mais -10, c'est mieux pour le moral. J'ai quitte mon bivouac il y a deux heures deja et j'ai l'impression qu'il fait de plus en plus froid. Un petit vent du nord givre tout sur son passage. Des vagues de neige dansent sur l'asphalte gele. La riviere que je remonte est figee et en arrivant dans le village de Caldiran, je vois des gosses jouer sur la glace... Quand le boulanger chez qui je m'arrete pour acheter du pain m'invite a boire un the et a me rechauffer pres du fournil, je ne dis pas non cette fois-ci...

Peu apres Caldiran, le soleil se montre un peu plus vaillant et fait remonter le mercure a -5 degres. J'ai presque chaud ! La route s'eleve lentement vers le col de Tendurek (2644m) et traverse de petits villages aux maisons camouflees derriere d'enormes meules de foin.

De l'autre cote du col se devoile l'enorme, l'immense Mont Ararat qui, avec son petit frere, domine la vallee de Dogubeyazit.

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"Dans le centre de l'Armenie se dresse une montagne excessivement large et haute sur laquelle, dit-on, se serait echoue l'Arche de Noe" (Marco Polo, Les Voyages de Marco Polo).

Culminant a 5165 metres d'altitude, le Mont Ararat est le plus haut sommet de Turquie. Selon la legende biblique c'est sur le sommet de ce volcan que l'Arche de Noe se serait echoue apres le deluge.

Dans le livre de La Genese, l'histoire de l'arche de Noé, commence lorsque Dieu observe la méchanceté et la perversité des hommes, et décide de faire tomber un Déluge sur la terre pour y détruire toute vie, « depuis l'homme, jusqu'aux bestiaux, aux bestioles et aux oiseaux du ciel ». Un homme, Noé, trouve toutefois grâce aux yeux de Dieu. Il est choisi pour survivre et perpétuer sa lignée. Dieu, pour cette raison, dit à Noé de construire une arche et d'emmener avec lui sa femme, ses fils ainsi que leurs épouses, sans oublier des spécimens de toutes les espèces animales existantes. Une fois l'arche terminée, Noé monta à bord avec toute sa famille et les animaux, et la pluie tomba ensuite sans discontinuer sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. Les eaux finirent par couvrir même les plus hautes montagnes. Toutes les créatures vivantes s'éteignirent, et seuls Noé et les siens purent survivre. Finalement, au bout d'environ 220 jours de navigation, l'arche vint s'échouer sur les monts d'Ararat.

Cette legende de l'Arche de Noe n'est finalement pas si bucolique que ca... Le premier genocide de l'humanite ce Deluge ???

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Au pied du Mont Ararat est posee la petite cite de Dogubeyazit, a 1650 metres d'altitude et a seulement 35 km de la frontiere iranienne. Mais pour obtenir le precieux sesame d'entree en Iran, je dois aller au consulat de Trabzon, a quelques 600 km de la, sur la cote de la Mer Noire. Je m'y rends en bus et obtiens un visa de 30 jours en moins de 2 heures.

Sur le chemin du retour, je fais une halte a Erzurum, la plus grande ville de l'est de la Turquie, sise a quelques 1950 metres d'altitude, dans un environnement glacial... si glacial que l'on peut y skier ! La station de ski de Palandoken, a 5 km du centre-ville, est la plus grande du pays avec huit remontees mecaniques pour une trentaine de pistes. J'y taille quelques courbes en compagnie de Mahmud, un membre de l'equipe nationale de slalom, qui se prepare pour une competition le lendemain. Malheureusement la meteo plutot "auvergnate" (= brouillard et gros vent) ne me permet pas de voir cette station sous son plus beau profil...

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Erzurum, comme Trabzon ou Van sont des villes actives, jeunes et modernes. Le contraste entre la Turquie des villes et la Turquie des campagnes et souvent extreme. La vie dans les villages reste pronfondement traditionnelle - et d'autant plus ici, dans l'est anatolien - avec une separation stricte entre hommes et femmes, des revenus minimes et pour beaucoup de rudes travaux dans de petites exploitations agricoles familiales ou les enfants doivent souvent aider leurs parents des leur plus jeune age et ne peuvent ainsi pas suivre une scolarite complete. Dans les villes, au contraire, l'evolution est rapide et les moeurs changent. Les etudiants y sont pour beaucoup et la jeunesse turque semblent vouloir de plus en plus vivre "a l'occidentale".

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De retour a Dogubeyazit, je m'apprete a quitter la Turquie, cette fois definitivement, pour poursuivre ma route vers l'est, a travers un Iran qui me fascine deja...

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samedi, janvier 9 2010

Question de la semaine : Mardin - Van : du 30/12/09 au 09/01/10

Attention il y a 3 photos...

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Mardin - Van : du 30/12/09 au 09/01/10 : Soğuk, soğuk !

31/12 : biv. avt Mardin - Mardin 14 km en 1h36'
01/01 : Mardin - Savur 61 km en 3h41'
02/01 : Savur - Mar Yakub 60 km en 3h47'
03/01 : Mar Yakub - Batman 83 km en 4h18'
04/01 : Natman - Baykan 96 km en 5h08'
05/01 : Baykan - Bitlis 48 km en 3h37'
06/01 : Bitlis - Nemrut Dağı 59 km en 4h10'
07/01 : Nemrut Dağı 13 km en 1h33'
08/01 : Nemrut Dağı - Balaban 91 km en 5h44'
09/01 : Balaban - Van 65 km en 3h24'

Apres une petite escapade de deux mois dans le monde arabe, entre Syrie, Liban et Jordanie, je retrouve avec bonheur un pays que j'ai beaucoup apprécié : La Turquie. Mais si je l'avais quittée au milieu de l'automne, je la retrouve cette fois-ci plongée au coeur de l'hiver...

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C'est le 30 décembre, a Nusaybin, que je franchis la frontiere. Une pluie glaciale m'accueille. Elle me tiendra compagnie cinq jours durant, ne me laissant qu'une journée de répit du coté de Mardin.

Mardin est un petit joyau accroché tel un nid d'aigle sur les pentes d'une colline dominée par un citadelle. La ville toute entiere regarde vers le sud et semble veiller sur les plaines fertiles de Mésopotamie quelques 700 metres en contrebas. Dans le coeur de cette cité couleur de miel, un petit bazar s'étire dans le dédalle des ruelles escarpées... tellement escarpées que seuls les anes peuvent venir ravitailler certaines échoppes.

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Je sens souffler ici un vent de fraicheur et de liberté en me laissant porter par le flot des passants dans la rue principale. J'y vois des couples se promenant main dans la main et de jeunes femmes souriantes osant dévoiler leurs cheveux. Pas l'ombre d'une burqa ou d'un tchador. Je suis pourtant dans l'une des régions les plus conservatrices de Turquie. Mais en venant de Syrie et Jordanie, le contraste est frappant !

Sur la route de Savur, je me rends compte que l'hiver est bel et bien arrivé. Lorsque j'avais quitté la Turquie il y a deux mois, les arbres étaient encore partiellement recouverts de feuilles jaunes ou orangées. Désormais, ils sont nus comme des vers ! L'air est froid et humide et la route suit le cours d'un ruisseau qui a retrouvé toute la vigueur.

Brouillard, pluie et température dépassant guere les cinq degrés sont mon lot pour les trois jours suivants. Heureusement, je retrouve l'incroyable hospitalité turque (ou plutot kurde) et peux régulierement me réchauffer avec quelques verres de thé, du pain, du miel ou du fromage. A chaque fois, on me demande ou je vais et lorsque je réponds que je me rends a Van, on me répond invariablement : "Van ? Il fait tres froid la bas, et il y a beaucoup de neige !" et certains ajoutent meme quelques gestes pour me montrer que j'aurai de la neige jusqu'aux genoux !!!

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Hasankeyf est une autre perle de la région, mais une perle en péril. Elle surgit au beau milieu d'un paysage terne, surplombant la vallée du Tigre avec sa citadelle et ses habitations troglodytiques. Mais la mort du village est programmée. Dans quelques années, cette perle sera engloutie sous les eaux du barrage d'Ilisu, dans le cadre du projet GAP: Ce barrage innondera toute la vallée sur une centaine de kilometres et provoquera le déplacement de 37 villages. Et malgré les protestations qui ont retardé le début des travaux, rien ne semble pouvoir inverser la tendance...

Chaque soir, il tombe des trombes d'eau. Mes bivouacs sont de plus en plus boueux. Apres etre passé pres de Batman (oui, oui, Batman !!!), je rejoins le cours de la riviere Bitlis, qui a pris des allures de fleuve amazonien. Je le remonte le long d'une vallée encaissée et lugubre. De rares villages s'accrochent aux pentes boueuses et les petites maisons de pierres semblent se blottir les unes contre les autres pour se protéger du froid et de la pluie. Au-dessus, les pentes se perdent dans les nuages. Le vent souffle encore fort ce soir la et je m'arrete pour bivouaquer a l'abri d'une foret de coniferes.

Apres la pluie vient le beau temps a-t-on coutume de dire. Mais parfois ce n'est pas le cas...

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Lorsque je me leve ce mardi 5 janvier, apres qu'il ait encore plu une bonne partie de la nuit, il ne tombe plus que quelques petites gouttelettes. Je crois voir venir une accalmie. C'était un leurre ! Le ciel reste désespérement gris. Je remonte en selle et reprends ma lente remontée de la vallée de Bitlis. Sur ma droite rugit un torrent boueux. La température fléchit a mesure que je m'éleve et les premiers flocons apparaissent vers 1000 metres d'altitude. La vallée blanchit a vue d'oeil. Tous les véhicules que je croise sont recouverts d'une épaisse couche de neige et les conducteurs me regardent d'un air effaré. Certains ouvent leur vitre et me crient : "Soğuk, soğuk !" (Froid, froid !).

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La chaussée commence a blanchir lorsque j'arrive a Bitlis. Je décide d'en rester la pour aujourd'hui et trouve un petit hotel pour me réchauffer.

Le lendemain matin, le ciel est clair et je me hate a reprendre la route... mais celle-ci est une véritable patinoire ! Il est tombé 20 a 30cm de neige. Je négocie au mieux quelques glissades et parviens a maintenir le cap. Mais rapidement, le brouillard tombe. Un brouillard ou il regne une température de moins cinq degrés. Tout est blanc, y compris la route ! Je franchis ainsi le col me séparant du lac de Van et descends prudemment vers Tatvan. Je me réfugie dans la premiere maison de thé venue pour me réchauffer.

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Le soleil pointe le bout de ses rayons en début d'apres-midi et j'en profite pour reprendre la route le long du lac, puis en direction du volcan Nemrut Dağı, dont je m'étais promis de faire l'ascension. Une petites route verglacée en gravis les premieres pentes. Mais je me vois obligé de m'arreter plus tot que prévu. Yana est victime du gel : dérailleur, freins et chaine sont pris dans la glace ! J'installe donc ma tente dans la poudreuse, par moins huit degrés...

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Je reprends mon ascension le lendemain quand le soleil a eu raison de la glace. La route est en grande partie enneigée, mais je suis surpris de l'adhérence que je peux avoir et parviens a avancer tant bien que mal. Dans le village de Şentee, des gosses font de la luge dans les rues. Je les croise en souriant. Un homme qui déneige le toit de sa maison me crie : "Soğuk, soğuk !"

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Yana me conduit jusqu'au bout de la route, a 2240 metres d'altıtude, ou une station de ski est en voie de construction. Je poursuis l'ascension a pied en direction du sommet.

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En 2 heures, j'arrive au bord du cratere, au fond duquel se niche un lac en forme de demi-lune. Tout autour de moi se déloie un paysages de montagnes immaculées flottant au-dessus d'une mer de nuages qui dissmule le lac de Van.

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Au nord, le volcan Süphan Dağı domine tous les autres sommets du haut de ses 4000 metres.

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De retour pres du lac, je bivouaque au meme endroit que la veille.

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Peu avant le coucher du soleil, un viel homme vient a ma rencontre et me dit que c'est dangereux de dormir ici, qu'il va faire tres froid et qu'il y a des loups. Je lui dis qu'il n'y a pas de probleme, que je suis bien équipé et que j'aimerais bien en voir un, de loup ! Mais je le vois, en s'éloignant, sortir son téléphone portable. Ca n'a pas loupé, vingt minutes plus tard, je vois les gendarmes arriver. Heureusement, ils sont moins cons que leurs collegues syriens. Ils me mettent en garde contre les loups qui descendent chasser par ici la nuit et le froid, puis finissent par me souhaiter une bonne nuit et meme par se prendre en photo avec moi avant de partir !

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Pour rejoindre Van, j'emprunte la route qui contourne le lac par le sud, s'enfonçant dans des vallées glaciales et franchissant un col a 2235 metres avant de rejoindre la cote jusqu'a Van.

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Je m'offre un nouveau bivouac enneigé aux pieds de sommets a plus de 3000 metres avant d'arriver a Van.

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dimanche, janvier 3 2010

Question de la semaine : Syrie 3 : du 19 au 30 décembre 2009

Une petite innovation pour cette nouvelle année...

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jeudi, décembre 31 2009

Syrie 3 : du 20 au 30 décembre 2009 : Sous l'oeil de Bachar

20/12 : Amman (JOR) - Syda (SYR) 127 km en 6h16'
21/12 : Syda - Mallah 70 km en 4h35'
22/12 : Mallah - Suweidah City 98 km en 4h19'
23/12 : Suweidah City - biv. avt Dmeir 101 km en 5h02'
24/12 : biv. avt Dmeir - Palmyra 65 km en 3h24' (+ 160 km en camping car !)
25/12 : Palmyra - Chateau sur l'Euphrate en camping-car !!
26/12 : Chateau sur l'Euphrate - biv. ap. Deir Ezzor 82 km en 4h11'
27/12 : biv. ap. Deir Ezzor - biv. avt Ash Sadaadah 87 km en 4h24'
28/12 : biv. avt Ash Sadaadah - biv. avt Al Hasakah 74 km en 4h20'
29/12 : biv. avt Al Hasakah - maison avt Al Qamishli 89 km en 4h40'
30/12 : maison avt Al Qamishli (SYR) - biv avt Mardin (TR) 92 km en 5h09'


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Il est partout. Omniprésent, omnipotent, omniscient. Peint, dessiné, photographié, sculpté, gravé. A l'entrée des villages, dans les restaurants, les salons de thé ou les épiceries, sur les enseignes des magasins et des mécaniciens, sur les vitres des voitures et les places des villages, sur les frontons des écoles et dans les salles de classe. Il est la. Ou que l'on soit il est la. Tantot seul, tantot avec son papa, tantot souriant, tantot le regard menaçant, en tenue de militaire ou d'homme d'affaires, un fusil d'assaut ou sa femme a la main, il trone sur son pays. Chacun de ses sujets se doit de l'aimer. Non, ce n'est pas un roi, c'est pire que cela... A son service, un nombre incalculable d'hommes en arme (et parfois sans arme) sillone le pays avec pour mission de faire regner l'ordre. Chacun doit se sentir étroitement surveillé, c'est la la clé de la sécurité... Je me retrouve alors moi aussi sous l'oeil de Bachar...

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Alors qu'en Turquie lorsque je demandais mon chemin, on s'empressait de m'inviter a boire un thé, qu'en Jordanie les policiers préféraient me prendre en photo aux checkpoints plutot que de me demander mon passeport, ici, en Syrie, lorsque je m'arrete dans un village pour demander mon chemin, bien souvent, un motard arrive et me demande mon passeport, se le mets dans la poche et me dit de le suivre jusqu'au commissariat. Parfois la plaisanterie dure 5 minutes, d'autres fois pres d'une heure ! On m'explique que c'est pour ma sécurité... Et une fois mon identité vérifiée, on me dit avec un grand sourire - un sourire du meme genre que celui qui trone, encardé au-dessus du bureau - "Welcome to Syria" et on se met a me proposer du thé et des biscuits alors que quelques minutes plus tot l'accueil était plutot glacial. Quelquesfois on vérifie que je n'aies pas rendu visite a l'ennemi, en prenant garde toutefois de ne jamais prononcer son nom : " Es-tu allé en Palestine ? " (Ce qui ımplıque d'entrer sur le territoire israélien). Israel est un mot tabou ici et meme les backpakers qui s'y rendent parlent entre-eux de "Dısneyland" ! Drole de parc d'attraction...

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Je suis entré en Syrie il y a deux jours et j'ai déja subit plusieurs controles. Mais aujourd'hui, s'en est trop. Je n'ai pas fait 500 metres depuis le commnissariat (ou j'ai passé une heure) qu'un mec a l'air louche, juché sur une vieille moto, un mégot au coın du bec, me klaxonne et se met a me suivre. Je le salue et continue ma route. L'homme me double et s'arrete. Je lui passe devant sans meme le regarder. Il me crie quelques mots que je ne comprends pas, visiblement énervé, redémarre, me redouble et s'arrete a nouveau, cette fois de maniere a me bloquer le passage. Je m'arrete.
- Ou vas-tu, me demande-t-il en arabe ?
- Mallah.
Il me pose d'autres questions que je ne comprends pas. Je lui dis que je suis français, touriste, et que je vais a Mallah.
- Passport, me répond-il.
- Pourquoi ?
- Police.
Et il me fait signe de le suivre au commissariat.
- Non ! J'en viens du commissariat. J'y ai passé une heure, je vais pas y retourner ! Je vais a Mallah, lui dis-je d'un ton décidé en remontant sur mon vélo. Mais il me bloque le passage. Il ne comprends pas un mot d'anglais le bougre. J'essaye de lui explıquer en arabe, mais il ne semble pas mieux comprendre... Je commence a m'énerver. Lui aussi. Je lui dit d'appeler le commissariat pour vérifier. Il semble comprendre et sort son téléphone, échange quelques mots... puis s'en va sans me dire quoi que se soit. Pas une excuse, rien ! Je suis sidéré !

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Je repars, cette fois pour de bon. Cette 1ere journée d'hiver avait pourtant bien débuté, sous un beau ciel bleu et avec les montagnes enneigées de l'anti Liban en toile de fond. Mais je suis maintenant passablement énervé. En colere contre ce pays tout entier ou je me sans sous étroite surveillance, une surveillance qui devient méfiance lorsque je m'éloigne des routes touristiques.

Ce soir, pour bivouaquer, je m'éloigne soigneuse de toute route ou habitation, et je peux enfin gouter a un peu de liberté face au soleil couchant, un maté brulant a la main...

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Heureusement, la suite de mon parcours sera moins cahotique... quoique... Sur ma carte, une belle route coupe a travers le désert dans le sud-est du pays, pour rejoindre la région de Palmyre et constitue un raccourcis de plus de 100 km par rapport a la route principale. Je choisis de l'emprunter. Au moins, dans le désert, je devrais etre tranquille !

Premiere surprise, c'est une route nouvellement asphaltée ! Elle descend progressivement vers un incroyable désert de basalte. Des pierres noires d'étendent a l'infini. Spectacle incroyable ! Le vent me pousse. Je suis aux anges.

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Mais c'était trop beau. Arrivé a Az Zalaf, le bel asphalte disparait comme par magie et la route se transforme en piste, puis en piste défoncée. Le village que j'attendais ici n'est composée que de ruines... Un camp de nomades est installé sur l'horizon, au milieu des pierres noires. Puis je vois une habitation. Je m'approche. C'est un puits, comme j'en ai vu d'autres sur la route. L'eau souterraine est captée ici pour abreuver une partie de la Syrie. Des ouvriers sont en train de le réparer. Je m'arrete. Il me disent alors que la route s'arrete la ! Au dela, ce n'est qu'une multitude de pistes de pierres qui se perdent dans le désert. Si je continue, au mieux j'arriverai a la frontiere irakienne, au pire je me ferai dévorer par une hyene... Ils me proposent de me ramener a Suweida en camion le soir meme. J'accepte et passe l'apres-midi avec eux, a boire du thé et du maté !

Me revoici donc sur la route principale. Je remonte plein nord et décide d'éviter Damas - que j'ai déja visitée il y a un mois - et d'emprunter un petit raccourci qui me mettra sur la route de Palmyre - apres avoir bien vérifié que ca passe pour de bon ! La route est parfaitement plate et bordée de petits villages anımés. Les espaces libres sont cultivés ou occupés par les Bédouins, qui se sédentarisent peu a peu, au plus pres de la capitale. En continuant vers le nord, ces villages sont remplacés par des camps militaires garnis de jeunes soldats qui viennent y accomplir leur service - un service duquel les juifs sont exemptés...

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Je traverse la poussiereuse Dmeir, y fais le plein de victuailles et m'enfonce a nouveau dans le désert, un désert de pierres et de sable qui se perd dans les brumes. Je m'apprete a passer un Noel en solitaire au coeur du désert... Mais voıla, l'imprévu va encore frapper a la porte !

Alors que je suis perdu dans mes pensées, pédalant sur une ligne droite infinie, un camping-car me double. Instinctivement, je jette un oeil a la plaque d'immatriculation. Des Français ! Je leur fais un signe de la main et leve les yeux. Je vois alors écrit sur le haut du véhicule : www.latortueselene.com ! Incroyable ! J'agite alors mon bras dans tous les sens et crie. Le camping-car s'immobilise. J'arrive a sa hauteur et le conducteur ouvre sa vitre :
- Salut.
- Salut ! Vous me reconnaissez ?
- Heu...
- Je suis Gael, on s'est croisé au Pérou il y a deux ans, a Arequipa et on avait feté mon anniversaire ensemble la-bas !

Denis, Nanou et leurs enfants Océane et Timothée, que j'avais donc rencontrés au Pérou, alors que je voyageais avec Yves autour de l'Amérique du Sud, voyagent en famille autour du monde depuis déja 3 ans a bord de leur "tortue". Lors de notre premiere rencontre, il en étaient au tout début de leur périple et nous nous retrouvons ici, en plein coeur du désert syrien, par le plus grand des hasards ! Ah, le monde est petit ! La preuve : on peut en faire le tour a vélo !!!

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Je monte dans leur "tortue" et nous roulons jusqu'a Palmyre. Nous fetons donc Noel ensemble, au milieu des ruines romaines de l'oasis de Palmyre, autour d'un merveilleux poulet aux patates - oui, difficile de trouver mieux par ici ! - mais avec quand meme du vin et du Champagne !!!

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Nous restons ensemble encore jusqu'au chateau d'Helabiye, sur la rive sud de l'Euphrate. Les Sélénites - c'est comme ça qu'ils s'appellent - filent jusqu'a Alep, tandis que je prends la direction opposée, cap au nord-est, vers la Turquie.

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Je descends l'Euphrate sur la rive gauche et je plonge dans l'histoire. Dans cette Mésopotamie qui a vu s'élever les premieres civilisations, la vie rurale le long du fleuve mythique semble n'avoir guere changé depuis des siecles. Dans les cours des maisons d'adobe, les femmes cuisent leur pain dans des fours a bois. Dans les champs les hommes re-confectionnent les canaux d'irrigation. Les enfants, en ce samedi, ne sont pas a l'école et aident leurs parents. Ils gardent les moutons ou ramassent du bois de chauffe. Quel bonheur de pédaler ici !

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Je passe dans les faubourgs de Deir Ezzor et quitte le cours de l'Euphrate pour mettre cap plein nord, a nouveau dans le désert. J'installe mon bivouac a l'écart de la route, dans une steppe infinie. Au loin brillent les feux de quelques puits de pétrole. Silence absolu.

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Le matin suıvant, je me réveille sous un ciel gris et terne. Le désert n'ne est que plus profond. Je repars a l'azimut a travers la steppe, tirant tout droit, parallelement a la route sur une dizaine de kilometres. Je rejoins ensuite la riviere Nahr Al Khabur, l'un des principaux affluants de l'Euphrate en Syrie. Je remonte son cours plein nord. Le long de cet axe de vie, les maisons de pierre ou d'adobe s'égrainent en un chapelet irrégulier. En irriguant la steppe le long du cours d'eau, les hommes y cultivent le coton ou le blé, ainsi que quelques légumes. Un ruban d'asphalte défoncé se déroule sur cette steppe sablonneuse. Je retrouve ici l'accueil cordial et franc que j'avais trouvé lors de ma premiere entrée en Syrie.

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Le filet sérucitaire de Bachar semble se distendre dans ce Far East syrien. Ici, on m'offre le pain que je veux acheter et on me régale de thé et d'aubergines farcies. On me salue et me sourie. Meme les femmes n'hésitent pas a me regarder dans les yeux, a me sourire et quelquefois meme a me parler ! Icı, elles portent des vetements et des voiles colorés. La vie semble ici heureuse, quoique rude et laborieuse...

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Ce soir, je m'éloigne de l'asphalte et trace plein est dans la steppe pour installer mon bivouac a une quarantaine de kilometres de la frontiere irakienne. A 16h, le soleil disparait derriere la ligne d'horizon. La nuit et le froid s'installent pour de longues heures...

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Le brouillard est tombé durant la nuit. Une nappe épaisse recouvre les steppes de Mésopotamie. Il fait trois degrés... Je me rapproche de l'hiver. je sors ma boussole pour retrouver la route de laquelle je m'étais éloigné de plusieurs kilometres la veille (j'avais pris soin de noter le cap a suivre pour la retrouver). Cap nord-ouest. Les pneus de Yana accrochent le sable humide. J'ai la sensation de ne pas avancer, de faire su sur-place dans ce décor uniforme. Un bruit de moteur me signale pourtant que j'ai avancé dans la bonne direction, maşis je ne vois la route que lorsque je suis a une dizaine de metres d'elle. Un homme vetu d'un long manteau noir lui decsendant jusqu'aux chevilles et la tete emmitouflée dans un cheich rouge me regarde sortir du néant. Je reprends ma route sans mot dire.

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Quelques éclats de vois me parviennent de temps a autre. Je tourne alors la tete dans leur direction et aperçois une masse rectangulaire qui se détache dans la grisaille : une habitation...

Ash Shadaadah, 1er village depuis Deir Ezzor. Il y regne une agitation anarchique. Quand je pose pied a terre, une foule de curieux s'empresse de m'entourer et de m'aaillir de questions. Pour acheter du pain, il faut trouver la boulangerie, tache parfois difficile par ici. Ma technique conciste a repérer les gens portant un sac de pain et a repérer d'ou ils viennent. J'arrive alors devant un endroit ou quelques personnent s'agglutinent devant une mınuscule fenetre percée dans un mur gris : la boulangerie ! Je fais la queue. On ne se gene pas pour me bousculer et me passer allegrement devant. Et quand vient mon tour, des bras posent des billets par dessus mon épaule, et le boulanger ne prete absolument pas attention a moi... Il me faut presque lui crier dessus pour qu'il me voie...

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Une centaine de kılometres plus au nord, j'arrive a Al Hasakah. A l'entrée de la ville, je reğere le merché et vais y faire un tour. Mais a peine ai-je fais quelques metres que me voıla encerclé par une foule de curieux qui s'entassent autour de moi jusqu'a ce que je ne puisse plus bouger ! On me met dans la main un verre de thé brulant.

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Chacun observe ma monture avec étonnement, tatant les pneus et touchant ma carte (que personne ne sait lire mais que tout le monde regarde avec attention). Lorsque je parviens a m'extirper de cette foule, on me tend des pommes et plus loin un gosse me demande si c'est bien moi qui viens de France !

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Ambiance du marché d'Al Hasakah : marche_syrie.WAV

En ville, c'est le meme cinéma. Lorsque je m'arrete pour acheter des figues et de l'huile, les gens - ou plutot les hommes car de femmes il n'y a pas - m'observent, plantés a 10 cm tout autour de moi ! Est-ce un avant gout de l'Inde ? En tout cas, je n'aime pas trop ça...

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Je reprends la route plein nord. Quelques gouttes s'échapent de la masse nuageuse. Au moment de trouver un lieu de bivouac (chose difficile dans ces plaines de Mésopotamie ou les fermes sont disséminées a ıntervalle régulier et ou aucune végétation ne me permet de m'abriter du vent ou des regards), un homme, me voyant chercher, m'invite chez lui pour la nuit ! C'est étonnant, les deux seules fois ou j'ai été invité en Syrie auront été mes premiere et derniere nuits dans ce pays. Et a chaque fois, c'étaient des Kurdes...

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Mercredi 30 décembre, je quitte la Syrie sous une pluie glaciale et je retrouve avec plaisir la Turquie... ou je m'apprete a affronter les rigueures de l'hiver...

samedi, décembre 19 2009

Question de la semaine : Jordanie

De quoi s'agit-il ?

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